Une terre d’ombre – Ron Rash

Ron Rash - Une terre d'ombre - Seuil

Ron Rash réitère avec Une terre d’ombre un beau roman terrien et âpre, dans lequel la nature et la solitude prennent une grande part, sur fond de rencontre amoureuse lente et doucereuse. C’est une nouvelle fois un très beau roman.

Laurel est maudite depuis qu’elle est toute petite, et cela n’est pas prêt de changer. Une tâche de naissance sur son visage fait d’elle la pestiférée du village. Elle n’a jamais été aimée, ni par les habitants de l’endroit perdu où elle habite, ni à l’école, qu’elle a dû quitter trop jeune pour survivre, ni à aucun moment de sa vie.

Ses parents sont morts ; son frère Hank est revenu handicapé – plus précisément amputé – de la première Guerre Mondiale. Au moins, il est vivant. Taiseux, austère, elle partage son quotidien miséreux avec lui, mais elle se sent isolée et seule.

Lorsqu’elle entend un air de flute au bord de la rivière, elle est intriguée par cette musique, et surtout par cet inconnu qui lui apporte un peu de joie simple. Il va se blesser et aura besoin de son aide. Elle fera donc sa connaissance, et comme Walter doit également vivre avec un handicap – il ne peut pas parler – ils réussiront à se comprendre, à communiquer et à s’apprécier dans les silences et les secrets de l’après-guerre.

On retrouve dans Une terre d’ombre l’univers boueux et désespéré, méchant et mystérieux des autres romans de Ron Rash. C’est l’Amérique profonde de l’après-guerre, l’absence de culture, la pauvreté, la bêtise et la méchanceté. On a l’impression de ne pas avoir encore atteint le XXe siècle, et d’être presque dans un roman de Zola, avec le puit qui se creuse à mains nues, la lessive à faire au bord de la rivière, la galère pour réussir à se nourrir, la lumière de la lampe à pétrole à économiser.

On a de la compassion pour Laurel, on lui souhaite une vie meilleure que celle qu’elle subit, mais on sent bien depuis le début du roman que tout est désespéré et que le bonheur n’est a priori pas vraiment pour elle …

Challenge rentrée d'hiver 2014Ce roman est assez lent dans le déroulé de son histoire et permet ainsi de s’imprégner totalement de l’ambiance ; c’est une chose que Ron Rash sait très bien faire et on s’y croirait. Ce déroulé petit à petit permet à l’intrigue de s’installer tranquillement, pour mieux déraper.

Et on finit en se disant, qu’on aime vraiment beaucoup les romans de Ron Rash, même si notre préféré reste encore à ce jour Un pied au paradis, une pure merveille.

Livre ajouté au Challenge de la rentrée de l’Hiver 2014.

Grand Prix de littérature policière


Grand Prix de littérature Policière
2014




Les premières lignes de Une terre d’ombre :

Les plaques d’immatriculation officielles du pick-up les informaient toujours avant même que son accent du Kansas n’en ait eu l’occasion. En dix années au service de la Tennessee Valley Authority, il avait appris qu’en matière d’accueil il ne pouvait espérer mieux qu’un sombre fatalisme. On l’avait maudit, on lui avait craché au visage, on lui avait refusé le gîte et le couvert, on avait crevé ses pneus et brisé son pare-brise.

La présentation de Une terre d’ombre par l’éditeur Le Seuil (aussi sur son site ici):

Laurel Shelton est vouée à une vie isolée avec son frère — revenu de la Première Guerre mondiale amputé d’une main —, dans la ferme héritée de leurs parents, au fond d’un vallon encaissé que les habitants de la ville considèrent comme maudit : rien n’y pousse et les malheurs s’y accumulent. Marquée par ce lieu, et par une tache de naissance qui oblitère sa beauté, la jeune femme est considérée par tous comme rien moins qu’une sorcière. Sa vie bascule lorsqu’elle rencontre au bord de la rivière un mystérieux inconnu, muet, qui joue divinement d’une flûte en argent. L’action va inexorablement glisser de l’émerveillement de la rencontre au drame, imputable exclusivement à l’ignorance et à la peur d’une population nourrie de préjugés et ébranlée par les échos de la guerre.

La splendeur de la nature, le silence et la musique apportent un contrepoint sensible à l’intolérance, à la xénophobie et à un patriotisme buté qui tourne à la violence aveugle.

Après Le Monde à l’endroit (Seuil, 2012), Une terre d’ombre prolonge une réflexion engagée par l’auteur sur la folie guerrière des hommes, tout en développant pour la première fois dans son œuvre romanesque une histoire d’amour tragique qui donne à ce récit poignant sa dimension universelle.


Et aussi, l’avis audio :

Ron RASH
Une terre d’ombre
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez
Parution : Janvier 2014 – Editions du Seuil (252 pages)
Original : 2012, The Cove

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(Dernière mise à jour : 16/05/2014)

10 réflexions au sujet de « Une terre d’ombre – Ron Rash »

    • Oui, je suis d’accord avec toi, dans l’ordre, je mettrais 1. Un pied au Paradis, 2. Le Monde à l’endroit, 3. Une terre d’ombre et en dernier 4. Serena

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