Un silence brutal – Ron rash

Ron RASH - Un silence brutal - Gallimard

Ron Rash écrit des romans proches de la terre, de la montagne ou de la rivière, à tendance âpre et rugueux. Avec Un silence brutal, il propose un « polar rural », toujours proche de la nature, un roman noir qui est d’ailleurs le premier chez Gallimard, qui relance avec ce titre sa collection « noire », suspendue depuis plusieurs années.

Les, un shérif sympathique avec trente ans de service, est habitué à gérer les affaires sans faire de vague, avec des petits arrangements si besoin. Avant de partir à la retraite dans trois semaines, il se fait fort de régler avec tact et une certaine douceur, un conflit entre deux voisins qu’il connait très bien, le riche propriétaire M. Tucker et le voisin têtu et grincheux, Gérald, le premier accusant le second d’avoir versé de l’essence dans la rivière, tuant de nombreuses truites argentées.

Ce n’est pas la première fois que Ron Rash construit une intrigue autour d’une rivière, c’était déjà le cas avec Le chant de la Tamassee et Par le vent pleuré.

Je me faisais une joie de retrouver Ron Rash et ses rivières, sa vision sombre et rurale de l’Amérique, ses coins reculés, ses personnages taiseux, parfois insaisissables, j’espérais retrouver l’ambiance et le style puissant de ses magnifiques nouvelles « Incandescences », ou de l’un de ses merveilleux romans, tel que Un pied au paradis ou Une terre d’ombre.

Je n’ai pas totalement retrouvé le Ron Rash que j’espérais.

L’histoire, en particulier les passages sur l’opération antimeth, et ses personnages sont restés assez éloignés. La narration à la première personne du singulier, avec un changement de narrateur, parfois le shérif Les, parfois la garde forestière Becky, au lieu de me rapprocher des personnages, a perturbé ma lecture. Par manque de concentration, le texte ne me tenant pas dans le récit, je me suis demandée à plusieurs reprises quelle voix intervenait dans tel ou tel chapitre.

Au début du roman, des références à Giono, Lascaux, Van Gogh, ont placé ma lecture dans une attente d’un sujet plus littéraire ou artistique. Certes, le Shérif Les et Becky apprécient la poésie, des vers parcourent le roman, mais l’émotion et la sensibilité habituelles qui ressortent des romans de Ron Rash restaient en surface, sans entrer en profondeur.

« Où donc une histoire, quelle qu’elle soit, débute-t-elle vraiment »

C’est un peu la question que je me suis posée. Je suis restée au bord de la rivière, en regardant cette histoire se dérouler en dehors de moi, de manière très factuelle, en ne cessant de tenter, en vain, de me rapprocher de la rive.

Ron Rash, Un silence brutal
Gallimard, mars 2019, 270 pages.
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Isabelle Reinharez
VO : Above the Waterfall (2015)

8 réflexions sur « Un silence brutal – Ron rash »

    • Très bon choix ! Un Pied au paradis est le premier (et le meilleur) roman que j’ai lu de Ron Rash, qui m’a donné envie de lire tous les suivants. Et malgré ma réserve sur celui là, je lirai sans faute le prochain.

  1. Moi aussi je me demandais parfois quelle voix parlait… Mon avis, bientôt sur mon blog, sera un peu moins mitigé que le tien, mais un peu quand même.

    • Une fois que l’on a saisi la construction, on trouve des indices bien sûr pour se caler à nouveau dans le personnage adéquat, mais cela ne facilite pas la plongée dans le roman de se questionner ainsi.

  2. C’est terrible à écrire mais je suis plutôt contente de lire ta déception… je me sentais un peu seule ! Comme toi, je n’ai pas lu ce que j’espérais, l’intrigue m’a paru simpliste, je n’ai pas accroché au style et oui, il manque de profondeur ce roman.

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