Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby

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Le dernier Roman de Valentine Goby, Un Paquebot dans les arbres, raconte le drame de Mathilde, qui se déroule dans les années 50, jeune fille mal-aimée de son père, et qui devra se débrouiller seule face à la maladie de ses parents, des « tubards » délaissés par tous.

A force d’entendre et de lire des avis très positifs sur Un paquebot dans les arbres, l’attente était importante, d’autant plus que ma dernière lecture de Valentine Goby, Kinderzimmer, m’avait enchantée.

Si j’ai passé un agréable moment de lecture, j’ai malgré tout été déçue.

L’histoire se lit toute seule, le style est fluide et accessible, et la référence au Sanatorium d’Aincourt, ancien camp de concentration reconverti en centre médical pour le traitement de la tuberculose, un lieu inattendu autour duquel construire l’histoire de Mathilde, qui en fait toute son originalité et son intérêt.

Sinon, Mathilde est certes touchante, jeune fille qui doit se débrouiller seule face à la misère, à l’absence de toit, d’argent, d’amis, à la maladie de ses parents (Paul et Odile), au désintérêt de sa soeur (Annie) et à la volonté d’aider son jeune frère (Jacques). Une entrée dans la vie adulte trop rapide à cet âge, avec trop de responsabilités et de difficultés. Mais le traitement qu’en fait Valentine Goby, aussi triste soit cette entrée dans la vie, ne m’a pas entièrement convaincue.

Il n’était pas besoin d’entrer dans le pathos à haute dose, dans le lyrisme appuyé ou de marteler de manière aussi insistante le côté jeune fille courage faisant face avec positivisme à ce drame personnel et familial, grâce à tout l’amour qu’elle porte en elle. A certains moments, c’était tellement « sucré » pour moi, que j’étais à la limite de l’indigestion de bons-sentiments-dramatiques-pour-toucher-le-lecteur. L’effet d’empathie ne fonctionne alors plus, et l’intérêt pour Mathilde s’effrite.

Cela ne m’a pas empêchée, à d’autres moments, d’être profondément touchée et d’avoir les larmes aux yeux car cette histoire est éminemment triste. Mais ce que j’ai préféré, ce ne sont ni les personnages des parents insouciants et égoïstes de Mathilde, ni les épisodes joyeux aux cotillons avant la maladie, pas plus que les épisodes sur le racisme et l’Algérie, mais toute l’ambiance autour de la maladie, les réactions humaines, le rappel que la tuberculose était une maladie qui encore récemment tuait en France, qui faisait peur et éloignait famille, amis et voisins, et qui tue ailleurs encore aujourd’hui.

L’avis plus que mitigé de Canel, une déception aussi chez Valérie et Sandrine, et sinon, les avis de Fleur, Benoît, Noukette, Eva, Joelle, Sandrine, Jérôme, Sylire, Gambadou.


Les premières lignes d’Un paquebot dans les arbres :
(Ou lire un extrait plus long)

Mathilde Blanc traverse le cadre des fenêtres. Elle disparaît, réapparaît, chaque fois plus lente, à la façon d’un automate en fin de course. Elle s’arrête, à cause de l’arthrose. De l’effroi. Elle regarde la ruine autour d’elle. La glaise et la poussière à la pointe de ses chaussures. Son père est mort il y a cinquante ans jour pour jour, le 1er juillet 1962

La présentation des éditions Actes Sud :

Au milieu des années 1950, Mathilde sort à peine de l’enfance quand la tuberculose envoie son père et, plus tard, sa mère au sanatorium d’Aincourt. Cafetiers de La Roche-Guyon, ils ont été le coeur battant de ce village des boucles de la Seine, à une cinquantaine de kilomètres de Paris.
Doué pour le bonheur mais totalement imprévoyant, ce couple aimant est ruiné par les soins tandis que le placement des enfants fait voler la famille en éclats, l’entraînant dans la spirale de la dépossession. En ce début des Trente Glorieuses au nom parfois trompeur, la Sécurité sociale protège presque exclusivement les salariés, et la pénicilline ne fait pas de miracle pour ceux qui par insouciance, méconnaissance ou dénuement tardent à solliciter la médecine.
À l’âge où les reflets changeants du fleuve, la conquête des bois et l’insatiable désir d’être aimée par son père auraient pu être ses seules obsessions, Mathilde lutte sans relâche pour réunir cette famille en détresse, et préserver la dignité de ses parents, retirés dans ce sanatorium – modèle architectural des années 1930 –, ce grand paquebot blanc niché au milieu des arbres.


Valentine GOBY
Un paquebot dans les arbres
Actes Sud, Août 2016, 272 pages.

21ème lecture du challenge 1% Rentrée littéraire 2016.

26 réflexions au sujet de « Un paquebot dans les arbres – Valentine Goby »

  1. Je comprends tout à fait ce que tu dis quand tu parles de trop de pathos. En temps normal, cela me gêne aussi. Mais je ne sais pas pourquoi, cela ne m’a pas agacée avec ce roman et au contraire, cela m’a complètement bouleversée. Il y a des choses qu’on ne s’explique pas…

    • C’est vrai, et d’ailleurs, je trouve toujours difficile d’expliquer pourquoi un roman franchi la limite du pathos, et pas l’autre. Je ne l’avais pas ressenti du tout de la même manière avec Kinderzimmer par exemple.

  2. C’est drôle parce que, comme cela arrive souvent, j’ai vu des avis plus qu’enthousiastes à sa sortie, et je vois de plus en plus d’avis mitigés maintenant. Le côté sucré ma fait un peu peur mais je le lirais…un jour…je l’ai dans ma PAL.

  3. Je dois avouer que j’avais un peur du côté petite fille courage et tu ne me rassures pas du tout ! Je pense que je vais passer mon tour, je ne veux pas faire une overdose de sucre juste avant Noël !

  4. C’est bizarre comme on ne ressent pas tous la même chose à la lecture d’un texte. Je n’y ai vu nul pathos, nuls bons sentiments dans ce livre… il ne m’aurait pas plu si j’en avais décelé ne serait-ce qu’une parcelle !

    • C’est exactement ce que j’adore dans la lecture de tous les avis, cette différence. J’aurais tant aimé être à ta place, et ne pas ressentir ce pathos qui a gêné ma lecture.

  5. Je n’ai pas encore commenté le livre mais comme toi, j’ai été déçue… sauf que je n’arrive pas bien à préciser pourquoi. Il me faut y réfléchir. Le sujet est pourtant très intéressant et j’ai découvert que cette maladie tuait encore dans les années 60, ce que je ne savais pas. C’est terrifiant. Moi aussi j’avais beaucoup aimé Kinderzimmer.

  6. Je suis aussi restée sur un sentiment ambivalent et comme toi j’ai été intéressée par le thème de la tuberculose, du sanatorium et des réactions de l’entourage.

  7. J’ai arrêté à la moitié, agacée par les effets appuyés, déjà à propos de l’enfance de Mathilde. Le côté garçon manqué qui fait tout pour séduire son père, OK, on a compris, pas besoin d’en remettre une dose toutes les trois pages ! (toutes les fois où elle se met en danger…) Et les années 50 m’ont donné l’impression d’une suite d’images à la limite du cliché… je suis désolée, parce que l’auteure semble sympa, mais je n’accroche pas du tout !

    • Comme toi, je trouve l’auteure sympa, et j’ai été bien ennuyée de ne pas adhérer plus que cela à son livre, j’avais tellement aimé Kinderzimmer. Merci de ton partage, ça me rassure toujours de savoir que d’autres partagent mon ressenti, mais si contrairement à toi, j’ai quand même accroché ;)

    • Oui, je sais, et je m’attendais et espérais aimé autant que toi ;-)
      Le pathos était pour moi très présent en effet, j’ai souvent eu l’impression que Valentine Goby forçait le trait pour me faire éprouver de l’émotion.

    • Je pense que cette lecture a pâti de tous les avis positifs que j’avais lus. Je m’attendais à de l’exceptionnel, et j’ai lu de l’agréable, mais sans plus. Le côté « trop sucré » pour moi – alors que l’histoire ne l’est pas – concerne l’excès de bons sentiments qui anime Mathilde, ou l’exagération que j’ai ressentie à plusieurs reprises dans certains passages, trop loin de la sincérité, et trop près de la volonté de faire vibrer la corde sensible.

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