Un lieu à soi – Virginia Woolf

Virginia Woolf - Un lieu à soi - Denoël

Si Une chambre à soi de Virginia Woolf devient, avec la nouvelle traduction de Marie Darrieussecq, Un lieu à soi, il s’agit du même essai fondé sur des articles lus en octobre 1928, et publié par la Hogarth Press en 1929, la maison d’édition créée par Virginia Woolf et son mari. A noter que A Room of One’s Own a également été traduit par « Une pièce bien à soi » ou « Une pièce à soi ».

En prologue, Marie Darrieussecq explique de manière convaincante le choix de ce nouveau titre de manière extrêmement précise, fait des observations rapides sur les difficultés de la traduction et sur les choix qu’elle a opérés. Avant même d’entrer dans le vif de Virginia Woolf, Un lieu à soi semble déjà passionnant, et c’est le cas.

Virginia Woolf embarque le lecteur avec la question de la relation entre les femmes et la fiction. Elle va développer l’avis que les femmes ne produisent pas/peu d’oeuvre de littérature, en raison des contingences matérielles, de leur dépendance financière et de l’absence dans une maison d’une pièce, d’un endroit à elles, leur permettant de se retrancher, d’écrire librement et sans aucun regard. Les conditions financières, l’absence de liberté en est la raison principale, tout comme l’idée que seuls les hommes bénéficient de l’éducation.

Virginia Woolf va évoquer certains noms de la littérature féminine, tels que les soeurs Brontë, Jane Austen, George Eliot et d’autres moins connus aujourd’hui, tels que Mary Carmichael, ainsi que la créativité, les sujets qui intéressent les femmes, les différences entre les hommes, tout cela, ponctués par de nombreuses références.

A chaque nouvelle lecture de Virginia Woolf, c’est de plus en plus fascinée que j’admire le talent qui se dégage de ses textes, notamment de ses essais découverts avec Entre les livres. Elle réussit tout de suite à entrer dans le vif de son sujet, dissèque avec une facilité déconcertante ses idées et ses pensées, n’hésite pas à donner son avis personnel de manière limpide, quitte à heurter les pensées communes du début du XXe siècle.

Jamais ennuyeuse, toujours passionnante, Virginia Woolf jette un regard toujours d’une immense vivacité et modernité sur son époque, sur ses contraintes, sur l’acte d’écrire, d’inventer, de créer, sur la littérature. Ses essais sont, me semble-t-il, beaucoup plus accessibles que ses romans Orlando ou Madame Dalloway. A lire, à lire, à lire.


Les premières lignes :
(Lire un extrait plus long)

Mais, me diriez-vous, vous m’avez demandé de parler de femmes et de fiction – quel rapport avec un lieu à soi ? Je vais essayer d’expliquer. Quand vous m’avez demandé de parler des femmes et de la fiction je me suis assise sur les berges d’une rivière et je me suis interrogée sur le sens de ces mots.

La présentation des éditions Denoël :

Un lieu à soi rassemble une série de conférences sur le thème de la fiction et des femmes que Virginia Woolf prononça en 1928 à l’université de Cambridge. Ce vaste sujet a donné naissance à une tout autre question, celle du lieu et de l’argent, qui donne son titre à l’essai : «Une femme doit avoir de l’argent et un lieu à elle si elle veut écrire de la fiction.» À la manière d’un roman, et s’appuyant sur l’histoire littéraire, Virginia Woolf retrace ainsi le cheminement qui l’a conduite vers cette célèbre thèse, qui reste incontournable de nos jours.

Chef-d’œuvre de la littérature féministe, Un lieu à soi brille d’un nouvel éclat sous la plume de Marie Darrieussecq. Jouant de l’humour et de l’ironie de Virginia Woolf, cette traduction propose une remise en perspective essentielle de la question de l’écriture et des femmes au sein de la littérature contemporaine.


Virginia WOOLF (1882-1941)
Un lieu à soi
Traduit de l’anglais par Marie Darrieussecq
Denoël, Mars 2016, 174 p.
VO : 1929, A Room of One’s Own

8 réflexions au sujet de « Un lieu à soi – Virginia Woolf »

  1. Je devrais essayer de lire ses essais parc que le seul roman que j’ai lu, Mrs Dalloway, m’a laissé une impression d’ennui… profond. Là tu m’as presque donné envie.

    • Ses essais sont très différents de ses romans. Je comprends parfaitement ce que tu dis, commencer par Madame Dalloway, ce n’est pas le plus facile ! En revanche, ses essais sont vraiment très accessibles et passionnants !

    • Je ne sais pas si, avec autant d’années de différence, tu pourras te souvenir et comparer les traductions, mais si c’est le cas, je suis intéressée par ton avis. Bonne lecture à venir alors !

  2. Comme je suis d’accord avec toi, quelle femme intelligente, sensible, brillante ! Les essais de Virginia Woolf sont toujours passionnants à lire. Mais je dois reconnaître que je préfère quand même ses romans !

    • Jusqu’à aujourd’hui, ces essais ont ma préférence, mais je n’en ai lu que deux, et maintenant que je connais un peu mieux son univers, qui sait pour le prochain ?

  3. Les essais de woolf sont plus accessibles que ses romans, ce qui en fait uen excellente porté d’entrée à ceux-ci

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>