Un amour impossible – Christine Angot

Christine Angot - Un amour impossible - Flammarion

Un amour impossible est un roman récit écrit sur le fil du rasoir, qui n’est ni scandaleux, ni sulfureux, mais plutôt brutal dans son réalisme des relations entre les membres d’une même famille. Agréable et étonnante découverte.

Lire pour la première fois Christine Angot, c’est commencer un livre avec des a priori négatifs, en tête tout un passé médiatique sulfureux, l’idée d’un égocentrisme exacerbé et d’un livre accrocheur. Quelle erreur.

Certes, Christine Angot (née en 1959 Christine Schwartz, du nom de sa mère) raconte son histoire, à travers l’histoire familiale et surtout l’histoire maternelle. D’abord la rencontre de sa mère et de son père, puis la « rencontre », de la mère et de sa fille Christine, la rencontre également de Christine avec son père. De ce trio de rencontres, la narration de la première semble un peu lointaine et irréelle, peut-être justement car Christine Angot ne l’a pas vécu. Pour les deux autres, elle peut faire appel à son expérience, à ses propres souvenirs, et c’est probablement la raison pour laquelle elle est plus juste.

Son écriture est simple et brusque, pleine de silence, de non-dits et de rupture. De l’amour impossible, toute émotion et tout amour semblent exclus. Pas de circonvolutions littéraires. La difficulté des rapports humains, surtout des discussions et des dialogues, se ressent tout au long de la narration. La difficulté dans la communication à l’autre est extrêmement sensible. Certains dialogues paraissent ratés, comme dans la « vraie » vie, ils semblent manquer de réalisme, ou au contraire, être beaucoup trop ancrés dans le réel, dans un réel âpre et direct, sans diplomatie, avec des mots qui claquent directement au centre du sujet.

Le choix narratif et stylistique consistant à évoquer d’une phrase, sans pathos et presque aucune émotion, les événements les plus marquants et importants d’une vie (naissance, deuil, séparation, viol…) m’a particulièrement décontenancée. Et pourtant, les chocs de la vie se taisent et se vivent souvent en soi. Comme la forme sert le fond, les ruptures se ressentent de manière plus marquantes. L’information est balancée d’un coup, comme une claque, et l’histoire continue sans s’arrêter.

Cela donne de la force au reste du récit, qui parait pourtant très distancié et très froid, comme si cette distance était nécessaire à Christine Angot pour évoquer des sujets et des questions finalement trop personnels et intimes, qu’elle a besoin d’une barrière pour se protéger du thème qui l’intéresse et la bouleverse, sa relation avec sa mère.

La sécheresse et la brutalité des relations intimes permettent aux blessures et la solitude des êtres de paraître encore plus vives et plus touchantes. Perturbée bien plus que prévue par ce livre, et par son auteur.

Ne pas hésiter à se promener sur le site Christine Angot.

La première phrase de Un amour impossible :

Mon père et ma mère se sont rencontrés à Châteauroux, près de l’avenue de la Gare, dans la cantine qu’elle fréquentait, à vingt-six ans elle était déjà à la Sécurité sociale depuis plusieurs années, elle a commencé à travailler à dix-sept ans comme dactylo dans un garage, lui, après de longues études, à trente ans, c’était son premier poste.

La 4e de couverture des éditions Flammarion :
(ou présentation différente sur le site Flammarion)

Pierre et Rachel vivent une liaison courte mais intense à Châteauroux à la fin des années 1950. Pierre, érudit, issu d’une famille bourgeoise, fascine Rachel, employée à la Sécurité sociale. Refusant de l’épouser, il décide pourtant de lui faire un enfant, Christine, qu’il ne verra qu’épisodiquement. Rachel n’apprend que plus tard qu’il la viole depuis des années. Le choc est immense. Un sentiment de culpabilité larvé s’immisce progressivement entre la mère et la fille.

Christine Angot entreprend ici de mettre à nu une relation des plus complexes, entre amour inconditionnel pour la mère et ressentiment, dépeignant sans concession une guerre sociale amoureuse et le parcours de cette femme, détruite par ce péché originel : la passion vouée à l’homme qui aura finalement anéanti tous les repères qu’elle s’était construits.

Challenge RL 2015Christine ANGOT
Un amour impossible
Flammarion, Août 2015, 218 pages

12 réflexions au sujet de « Un amour impossible – Christine Angot »

    • Il ne faut pas s’attendre à lire un livre au style époustouflant – j’ai constatais que tu aimais souvent les livres très bien écrits, et ce n’est pas le cas ici – mais je pense en effet qu’il mérite qu’on lui donne une chance.

  1. Je n’ai jamais lu cet auteur, j’ai juste feuilleté un de ses derniers livres dans une libraire, et sur quatre pages, j’ai été refroidie et par le style et par le contenu. Ta critique est constructive et me donne envie de feuilleter celui-ci…

  2. ton billet est bien construit et très intéressant ; néanmoins , ce livre que je viens moi ausssi de lire -car on me l’avait prêté…- ne me laisse pas du tout les mêmes impressions. « Egocentrisme exacerbé » « livre accocheur », si , tout de même ! Dialogues parfois gênants de vacuité (ou de cucuterie , l’idylle des parents…) construction à la fois linéaire et bordélique, plume peu séduisante avec une ponctuation aléatoire et certaines phrases qui ne font même pas sens (Angot se relit-elle ?) voilà pour la forme. Et le fond ? Moi et ma mère , certes, certains en ont fait de très beaux livres …mais là… encore un de ces livres français lus en deux heures et oubliés de même ? On peut se le demander…

    • Je suis d’accord Mior sur le dialogue des parents au début du livre, il est raté. Le début du livre d’ailleurs est à mon avis inférieur par rapport au reste, comme si elle était moins à l’aise avec la fiction. Ensuite, son style n’est pas « littérairement parfait », mais c’est ce qui fait justement pour moi son originalité et sa brutalité. Et ce n’est pas un livre que j’oublierais, j’en suis certaine.

  3. Ecoute, je suis exactement dans la même position que toi. Je ne l’ai jamais lue, rebutée que j’étais par cette personnalité s’affirmant si fort et avec une certaine dureté.
    Mais son dernier livre est chez moi et je compte bien le lire. Comme toi, je pense qu’elle a été profondément et durablement blessée – on le serait à moins – mais qu’elle a su surmonter et dépasser cette blessure, par son écriture et, sans doute, la possibilité qui lui a été donnée de faire entendre publiquement sa voix. Et un tel témoignage, pour celui qui l’écoute est une autre forme de violence, qu’il faut aussi, peut-être, savoir dépasser…

    • C’est vrai que j’ai été choquée d’entendre des propos très durs et violents à son encontre. Personne n’est obligé de lire un livre, le lecteur a le choix de le lire ou non, d’aller jusqu’au bout ou de l’arrêter en cours de route. En revanche, on ne choisit pas toujours les événements de sa vie. Ceci étant dit, je ne sais pas ce que valent ses autres livres, mais celui là n’est ni scabreux, ni mal écrit, ni accrocheur. C’est simplement un bon roman, d’un auteur avec un style et une voix.

  4. Je viens de lire ta chronique. Peut être que finalement il faudrait que je le lise alors!
    Pourtant… elle ne m’attire pas du tout du tout. Elle m’a même assez exaspéré sur ses passages TV.
    Merci pour ta chronique ;)

    • Contrairement à toi, elle ne m’a pas exaspérée. Je l’ai seulement vu à LGL et écouté lors de son passage à Boomerang. En fait, elle m’a touchée par sa sécheresse, certaines maladresses, j’ai vraiment le sentiment qu’elle porte en elle une vraie blessure, et ça ne me laisse pas de marbre du tout. C’est pour ça que je me suis décidée cette année à la lire. Je pense que je vais me mettre à découvrir son oeuvre maintenant.

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