Tropique de la violence – Nathacha Appanah

Nathacha Appanah - Tropique de la violence - Gallimard

Le Mayotte de Nathacha Appanah n’est pas qu’un département et région d’outre mer français aux accents chantants et exotiques, c’est aussi le Tropique de la violence, le bidonville crasseux et violent, le Gaza français de Kaweni, oublié et abandonné.

Et c’est un sacré coup de poing que cette vision dérangeante et affirmée d’une France lointaine que personne ne veut voir, ni vraiment admettre, à part quelques reportages télévisés frappants sur la décrépitude de certains endroits et la violence qui s’installe.

D’ailleurs, le début du roman s’inscrit dans une sorte d’urgence. Des phrases courtes et rapides d’une vie « normale ». Des événements qui s’enchaînent, une histoire d’amour, la vie de Maria qui défile, l’arrivée de son fils Moïse, le temps qui s’enfuit et s’égraine à une vitesse phénoménale, comme lorsqu’on regarde en arrière les années écoulées. Le rythme est haletant, s’enfuyant vers un avenant incertain.

Après une première claque, c’est l’entrée dans ce futur polyphonique que l’on sentait arriver à grande vitesse. C’est la deuxième claque à travers la vie de Mo, cet adolescent tentant de survivre et d’exister dans le Gaza français, un guetto où vivent Bruce, le chef d’un bande à peine pubère mais crainte, La Teigne et le chien Bosco. C’est aussi ça, la France de Mayotte. La misère crasseuse d’une population délaissée parquée et sans avenir dans un cloaque organisé où la drogue, l’alcool et la violence sont le quotidien et le futur des jeunes.

Basé sur des témoignages d’adolescents, le roman de Nathacha Appanah décrit une réalité et une vérité qui dérangent. Un message qui a toute son utilité. Malgré l’absence de forte émotion, une tension latente donne à ce roman une saveur dramatique et déroutante intéressante, qui fait frémir et rougir.

Assez proche dans l’état d’esprit de Petit pays de Gaël Faye, cette approche d’une jeunesse détruite avant même d’être vraiment vécue, par une politique locale dévastatrice, loin des intérêts des civils, de ce qui s’appelle Humanité, interpelle. Le message reste très marquant, même si Tropique de la violence n’égale pas la puissance narrative et l’originalité stylistique de Petit pays.

Pas certaine que Mayotte, avec ses îles paradisiaques et sa mer bleue translucide sera votre prochaine destination de vacances …

Prix LittérairesPrix Médicis 2016 : 2ème sélection
Prix Fémina 2016 : 2ème sélection
Prix Wepler La poste 2016 : Sélection
Prix Goncourt 2016 : 1ère sélection
Prix FNAC 2016 : Sélection


Les premières lignes de Tropique de la violence :
(Lire un extrait plus long)

Il faut me croire. De là où je vous parle, les mensonges et les faux-semblants ne servent à rien. Quand je regarde le fond de la mer, je vois des hommes et des femmes nager avec des dugongs et des coelacanthes, je vois des rêves accrochés aux algues et des bébés dormir au creux des bénitiers.

Présentation de Tropique de la violence par les éditions Gallimard :

«Ne t’endors pas, ne te repose pas, ne ferme pas les yeux, ce n’est pas terminé. Ils te cherchent. Tu entends ce bruit, on dirait le roulement des barriques vides, on dirait le tonnerre en janvier mais tu te trompes si tu crois que c’est ça. Écoute mon pays qui gronde, écoute la colère qui rampe et qui rappe jusqu’à nous. Tu entends cette musique, tu sens la braise contre ton visage balafré? Ils viennent pour toi.»

Tropique de la violence est une plongée dans l’enfer d’une jeunesse livrée à elle-même sur l’île française de Mayotte, dans l’océan Indien. Dans ce pays magnifique, sauvage et au bord du chaos, cinq destins vont se croiser et nous révéler la violence de leur quotidien.


Nathacha APPANAH
Tropique de la violence
Gallimard, Août 2016, 192 pages.

14ème lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2016

14 réflexions au sujet de « Tropique de la violence – Nathacha Appanah »

  1. Très triste que ce magnifique roman ne soit pas couronné par un prix littéraire. Beaucoup de délicatesse dans l’approche de ce sujet qui m’a révélé un drame dont je n’avais pas conscience . Un coup de poing un peu comme celui ressenti l’an passé avec le livre « les échoués » de Pascal Manoukian.

    • J’espère qu’elle va notamment parler de son travail de recherches, et de sa façon de récupérer ses témoignages, car ce roman est basé sur des faits et des vies réels.

    • Je m’attendais à être beaucoup plus enthousiaste aussi je t’avoue, à la lecture des avis que j’avais lus. L’écriture de Nathacha Appanah est peut être plus travaillée, mais elle n’a pas la personnalité et l’originalité de Gaël Faye. Ceci étant, cela reste un très bon livre, et je pense qu’il va être récompensé par un Prix !

  2. Eh bien je ne suis pas du tout d’accord avec toi Laure!
    J’ai trouvé ce livre nettement plus fort, plus puissant que petit pays que j’ai bien entendu beaucoup aimé aussi.

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