Tabou – Ferdinand von Schirach

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Dès l’ouverture du livre, le lecteur se demande quel est l’événement Tabou du titre accrocheur de Ferdinand von Schirach. La mort du père de Sebastian von Eschburg, qui deviendra photographe ? Des histoires sexuelles cachées ? Dans le domaine de l’art, on peut s’attendre à tout.

L’originalité de Tabou apparait surtout à partir de la seconde moitié du roman. Il faut donc faire preuve d’un peu de patience, mais cela vaut la peine.

La première partie est en effet plutôt une mise en contexte, l’histoire du petit Sebastian von Eschburg, qui grandit dans une famille aristocrate assez coincée. Elle est racontée presque à la manière d’un conte hors temps, avec une narration simple classique, une histoire familiale avec ses hauts et ses bas, mais sans grande surprise.

L’ennui serait presque là au moment où la deuxième partie fait surface. Changement de registre. C’est le moment où le lecteur retrouve le von Schirach des premiers ouvrages. Avocat allemand, il a pour habitude depuis ses premiers écrits, d’utiliser son expérience personnelle, des histoires réelles, des procès ayant déjà existé comme toile de fond de ses romans et nouvelles, comme notamment dans L’affaire Collini. Qu’en sera-t-il de Tabou ?

La partie du procès est donc le point clé du roman. Elle met en scène avec une originalité marquante, le milieu artistique et le milieu judiciaire dans un jeu d’aller retour passionnant, autour des faux semblants, de la représentation, de la croyance. Sebastian von Eschburg, devenu un photographe connu et reconnu, se retrouve accusé de meurtre. En dire plus serait raconter l’histoire et dénaturer l’intérêt du roman (la 4e de couverture le fait déjà beaucoup trop…).

Mais si vous aimez être surpris, si vous êtes intéressé par l’art contemporain, si l’aberration du système judiciaire vous titille et si vous aimez les ambiances un rien kafkaïenne, venez découvrir sans hésiter Tabou, un titre phare, comme un symbole, qui montre une vision inhabituelle de notre société, à travers une plume fluide, claire, sans fioriture.

Prix littéraire : 2ème sélection du Prix Médicis 2016


Les premières lignes de Tabou :
(ou lire un extrait plus long)

Par une claire matinée du printemps 1838, à Paris, sur le boulevard du Temple, une nouvelle réalité vit le jour. Elle modifia le regard, le savoir et la mémoire des hommes. Et, au bout du compte, la vérité.

La présentation des éditions Gallimard :
! ATTENTION SPOILER !

L’énigmatique photographe Sebastian von Eschburg a certes signé des aveux complets, mais aucun corps n’a été retrouvé, ni même l’identité de la victime établie avec certitude. Son avocat met donc tout en œuvre pour démonter l’accusation de meurtre. Mais s’il n’a pas tué, pourquoi l’artiste se trouve-t-il dans cette situation? Dernier rejeton d’une vieille famille désargentée, traumatisé par le suicide de son père, cet étrange plasticien est devenu célèbre grâce à une série de nus de sa maîtresse. Cette fois, aurait-il poussé ses expérimentations artistiques un peu trop loin?

Tabou est une œuvre inclassable, roman à suspense tout autant que réflexion philosophique sur le rapport entre vérité et réalité. Sous son apparence de vraie-fausse enquête, la narration que déploie l’auteur est à l’image des travaux de von Eschburg, elle avance avec ruse pour nous séduire et nous dérouter, pour bousculer chacune de nos certitudes.


Ferdinand VON SCHIRACH
Tabou
Traduit de l’allemand par Olivier Le Lay
Gallimard, Août 2016, 228 pages.
VO : 2013, Tabu

13ème lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2016

16 réflexions au sujet de « Tabou – Ferdinand von Schirach »

  1. Lu également, j’en étais très curieuse, notamment pour le thème de la photographie. Toute une atmosphère ! C’était m

  2. Je sais que tu avais beaucoup aimé « L’Affaire Collini » mais il m’était tombé des mains…du coup, malgré ton avis très positif, celui-ci ne sera pas lu en priorité, même si je note dans un coin de ma tête qu’il pourrait valoir le coup!

    • Je ne te cache pas qu’il a en plus un peu le même « défaut », il faut attendre la 2e partie pour que l’originalité se montre pleinement. Dans celui là, le dénouement sur le jeu art/justice m’a beaucoup plu et ce n’est pas grave d’attendre un peu ;-)

  3. C’est amusant, j’ai failli le prendre hier, à la bibliothèque. Et puis j’ai renoncé : j’ai déjà tellement livres qui m’attendent chez moi… Quelle idée aussi d’aller à la bibliothèque ! Mais finalement, tu me ferais presque regretter…

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