Six mois, six jours – Karine Tuil

Karine Tuil - Six mois, six jours - Poche

Six mois, six jours est un roman envoûtant, histoire d’amour, de trahison, de pouvoir, entre réalité historique et fiction, basé sur un fait divers réel. Fascinant !

Six mois, six jours est présenté comme une interview, témoignage acide et grinçant de Karl Fritz, 68 ans, un ancien employé et bras droit de la famille Kant pendant près de quarante ans. Porteur des secrets de plus d’une vie, il va témoigner ou se venger, on se le demande parfois, en tout cas, raconter l’histoire de la famille Kant, famille richissime et très puissante, propriétaire de l’entreprise K&S, premier constructeur automobile allemand, et qui a su tirer profit du national socialisme dans les années trente et quarante.

Nous sommes aujourd’hui au milieu des années 2000, l’affaire scabreuse Julianna Kant a eu lieu, la presse a déjà publié les gros titres et l’humiliation est publique : « La milliardaire et le Gigolo ». Karl Fritz va faire appel à ses souvenirs pour raconter le passé, la rencontre entre Julianna Kant et Braun, l’amour naissant, la passion et la destruction.

Car la destruction, la famille de Julianna Kant connaît. Elle est proche du parti national socialiste, renie les juifs de manière éclatante, pro nazi aux yeux de tous, la deuxième femme de Günther Kant deviendra même Madga Goebbels, l’une des femmes les plus puissantes du 3e Reich, au plus près d’Hitler. Julianna avait-elle des circonstances atténuantes ? La destruction était-elle justifiée ?

Le sujet est original. Il ne s’agit pas uniquement de l’histoire d’une famille allemande richissime et antisémite du début du XXe siècle, mais d’une histoire basée sur un fait réel. Car derrière les noms de Julianna Kant et Braun, c’est le scandale réel impliquant la milliardaire Susanne Klatten, l’héritière BMW, et son maître chanteur Helg Sgarbi, qui a éclaté dans les années 2000, qui est relatée.

Si le fait divers est à l’origine de Six mois, six jours, il n’en demeure pas moins qu’il s’agit ici d’un roman, et même si le réalisme du témoignage domine, il reste parfois difficile de faire la distinction entre réalité et fiction. Six mois, six jours tire de cette confusion une puissance narrative exceptionnelle, et Karine Tuil fait de ce livre une merveille de lecture.

Les premières lignes de Six mois, six jours :

« Le corps avait été retrouvé dans la neige à quelques kilomètres de l’usine. Au sol, on discernait des traces profondes comme les abattures d’un animal. La nature semblait figée dans la glace ; le temps, objet d’un effacement temporaire. Quand reprendrait-il son cours criminel ? Au loin se dressaient les montagnes azurescentes, témoins silencieux du drame qui se déroulait là, au cœur d’un paysage lissé par le froid et la barbarie humaine. »

Karine Tuil - Six mois, six jours - GrassetLa présentation de Grasset (4e de couverture) de Six mois, six jours :

« Dans l’anonymat d’une chambre d’hôtel, l’une des femmes les plus puissantes d’Allemagne se donna à un homme dont elle ne savait rien, qu’elle n’avait vu que deux fois dans sa vie… »
Mais au bout de quelques mois, l’homme menace de révéler à la presse leur liaison : tous leurs ébats ont été filmés. Juliana Kant la milliardaire dénonce le gigolo. On l’emprisonne, la morale est presque sauve.
Une affaire de mœurs chez les riches ? Une liaison amoureuse qui tourne au chantage sordide ? Karine Tuil, dans son roman le plus troublant, dévoile l’arrière-monde de cette aventure risquée : qui est à l’origine d’une telle fortune allemande ? Pourquoi le grand-père de Juliana, premier mari de Magda Goebbels, et militant nazi, n’a-t-il pas été arrêté à la Libération ? Sait-on que le père d’adoption de Magda était un juif qu’elle a renié puis laissé mourir ? Pourquoi les Kant ont-ils gardé le silence sur leurs activités industrielles sous le Reich ? Et si humilier sexuellement la jolie bête blonde était une forme de vengeance ? Les fils ont-ils d’ailleurs reconnu la faute des pères, les vivants ont-ils pardonné aux morts ?

Karine TUIL Six mois, six jours
Parution : Septembre 2010 – Grasset / Août 2011 – Poche n°3229

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