Six jours – Ryan Gattis

Ryan Gattis - Six jours - Fayard

Six jours d’anarchie la plus totale, chacun pour sa peau, des morts à chaque coin de rues, ça cogne, ça crie, ça saigne, c’est un roman, mais c’est tiré d’une histoire plus que vraie. Ryan Gattis fout sacrément la frousse.

Ce livre prend aux tripes. Chaque personnage parle à la première personne, avec ses mots, son phrasé populaire, ses expressions de quartiers, dans un style qui étonnement reste littéraire. Le sentiment de se retrouver en plein milieu d’une situation de crise incomprise qui explose, d’un groupe de personnes qui se vengent, se tuent, s’enfuient, se jettent les uns sur les autres, sans comprendre vraiment de quoi il en retourne, est très réel.

Petit à petit, le fil directeur se dévoile, entre guerre des gangs, ville en feu, la violence s’installe et prend sa place. Il devient impossible d’imaginer l’arrêt de ce désastre, de cette anarchie citadine, flingues ou armes blanches dans toutes les poches, la terreur s’installe dans cette situation explosive que plus personne ne maîtrise.

Le mystère se lève au fur et à mesure. le contexte est celui des émeutes de 1992 lors du procès Rodney King (rappel : un américain noir tabassé en 1991 par quatre flics, qui sont acquittés en 1992, et dont la vidéo a été largement diffusée). Dans un quartier de la banlieue de Los Angeles, plusieurs personnages racontent leur point de vue, de l’infirmière au junkie, du pompier au mec ultraviolent en roue libre, c’est rare qu’un livre pulse autant, que chaque action se maintienne en équilibre sur une tangente si précaire, aussi longtemps. La musique à fond explose dans chaque bagnole qui déboule, ça décoiffe, le coeur s’emballe et la peur s’installe. C’est violent et flippant, on se croirait en plein milieu de ces émeutes qui durèrent Six jours, mais une chose est certaine, vous ne mettrez pas six jours pour dévorer ce livre.

Un petit conseil de lectrice parfois peu attentive : les personnages sont nombreux, se concentrer pour savoir entre noms, prénoms, surnoms, les liens de filiation, gangs ou amitiés, sinon, déjà que la perte de repères est importante, c’est le risque de la confusion la plus totale.

Lesa avis enthousiastes de Jérôme, Sandrine, Séverine.

Les premières lignes de Six jours :

A 15h15, le 29 avril 1992, un jury acquitta les agents des services de police de Los Angeles Theodore Briseno et Timothy Wind, ainsi que le sergent Stacey Koon, accusés d’usage excessif de la force pour maîtriser Rodney King. Concernant l’agent Laurence Powell, le jury ne parvint pas à obtenir de verdict pour la même accusation.

La 4e de couverture des éditions Fayard :

29 avril-4 mai 1992.
Pendant six jours, l’acquittement des policiers coupables d’avoir passé à tabac Rodney King met Los Angeles à feu et à sang.
Pendant six jours, dix-sept personnes sont prises dans le chaos.
Pendant six jours, Los Angeles a montré au monde ce qui se passe quand les lois n’ont plus cours.
Le premier jour des émeutes, en plein territoire revendiqué par un gang, le massacre d’un innocent, Ernesto Vera, déclenche une succession d’événements qui vont traverser la ville.
Dans les rues de Lynwood, un quartier éloigné du foyer central des émeutes, qui attirent toutes les forces de police et les caméras de télévision, les tensions s’exacerbent. Les membres de gangs chicanos profitent de la désertion des représentants de l’ordre pour piller, vandaliser et régler leurs comptes.
Au cœur de ce théâtre de guerre urbaine se croisent sapeurs pompiers, infirmières, ambulanciers et graffeurs, autant de personnages dont la vie est bouleversée par ces journées de confusion et de chaos.

Six jours est un roman choral magistral, une sorte de The Wire (Sur Écoute) transposé sur la côte Ouest, un texte provocant à la croisée de Short Cuts et Boyz N the Hood.
Un récit épique fascinant, une histoire de violence, de vengeance et de loyautés.

Ryan GATTIS
Six jours
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Nicolas Richard
Fayard, septembre 2015, 432 pages
VO : 2015, All involved

challenge-un-pave-par-moisLe Mois americainChallenge RL 2015

18 réflexions au sujet de « Six jours – Ryan Gattis »

    • C’est du pur roman américain, bien ficelé, qui tient en haleine, et quand même, avec la réussite – je n’ai peut être pas assez insisté – d’une très belle écriture du parlé populaire. C’est tellement réaliste, ce n’est vraiment pas souvent qu’on lit ça, vraiment.

  1. Tiens c’est bizarre, je n’ai pas eu de problèmes pour me repérer parmi les personnages. Je ne sais pas bien sûr comment c’est écrit en anglais mais cette traduction, quelle fluidité ! On les entend tous parler sans que cet argot soit pénible à lire. j’en ai justement lu un extrait à mes stagiaires en début de semaine, celui du type qui balance les cocktails molotov (je me suis beaucoup entrainée avant pour être crédible !) : et ça marche, la voix est là, on y croit.
    Ce qui est fort aussi, c’est que Gattis ne juge pas : il donne voix et c’est tout, au lecteur de comprendre.

    • Non, ce n’est pas bizarre, c’est moi qui me mélange, ça m’arrive souvent. Avec la littérature russe, je note tout de suite car les chances que le même personnage ait plusieurs patronymes sont nombreuses. C’est surtout au début que je me suis demandée qui était qui, ensuite, j’ai vite retrouvée mes marques. Tu as raison, le réalisme est totalement hallucinant, c’est une grande force de ce roman, on est dans l’action en plein dedans. Oui, aucun jugement, des pensées, des points de vue, et de l’action. C’est une belle réussite ce livre.

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