Sérotonine – Michel Houellebecq

Michel Houellebecq - Sérotonine - Flammarion

Michel Houellebecq commence Sérotonine avec une phrase accrocheuse : « C’est un petit comprimé blanc, ovale, sécable ». Le petit comprimé, le Captorix, n’est rien d’autre qu’un antidépresseur qui augmente le taux de sérotonine, la fameuse hormone du bonheur. Et le narrateur en a bien besoin.

Florent (dont on ne cesse de se demander s’il n’est pas l’avatar de Houellebecq lui-même) vit mal le fait de vieillir, la cinquantaine le déprime, tout comme la baisse de sa libido et son intérêt décroissant pour la sexualité.

Solitaire, il fait le constat de l’échec de sa vie de couple actuelle avec Yuzu, et se remémore des instants passés, comme sa rencontre, ses instants de bonheur et sa séparation avec la jeune Camille, stagiaire vouée à devenir son amante.

Ce roman est une tranche de vie, qui finalement ne raconte rien d’exceptionnel ou de sulfureux, ce que pouvait laisser croire le nom Houellebecq associé à la première phrase du roman : allait-il parler d’excès, de drogue, sans oublier le sexe bien sûr. Cet auteur véhicule un tel ensemble de clichés et de présupposés, qu’il est attendu autour de propos tendancieux ou obscènes, comme s’il n’était que cela.

Ce roman est un livre « normal ». C’est probablement la raison pour laquelle, lors de la sortie de Sérotonine, la presse (et même le journal télévisé) n’ayant rien trouvé de tapageur à mettre en avant (il fallait bien tout de même critiquer Houellebecq) a souvent retenu et stigmatisé seulement un bout de phrase « Niort, une des villes les plus laides qu’il m’ait été donné de voir« .

En réalité, on retrouve dans ce livre toute la qualité du style fluide, souple et littéraire de Michel Houellebecq. L’histoire en elle-même ne m’a pas passionnée, mais ce n’est pas grave. Sa façon d’écrire est un régal, et j’ai adoré ses réflexions fines et drôles sur l’avancée en âge d’un homme, ses questionnements sur la vie et sur la société contemporaine.

Il ponctue l’ensemble du roman de pensées du narrateur et de développements sur le monde actuel, le comportement humain et social – il ose écrire tout haut ce que beaucoup pense tout bas -, avec justesse, intelligence, une ironie réjouissante, voire un cynisme étudié qui l’est tout autant. Il a le sens de la formule. Le sourire a souvent accompagné cette lecture, et j’ai terminé ce livre en me disant que, décidément, cela se confirme, Houellebecq est un écrivain avec beaucoup de talent.


Présentation des éditions Flammarion :

« Mes croyances sont limitées, mais elles sont violentes. Je crois à la possibilité du royaume restreint. Je crois à l’amour » écrivait récemment Michel Houellebecq.
Le narrateur de Sérotonine approuverait sans réserve. Son récit traverse une France qui piétine ses traditions, banalise ses villes, détruit ses campagnes au bord de la révolte. Il raconte sa vie d’ingénieur agronome, son amitié pour un aristocrate agriculteur (un inoubliable personnage de roman – son double inversé), l’échec des idéaux de leur jeunesse, l’espoir peut-être insensé de retrouver une femme perdue.
Ce roman sur les ravages d’un monde sans bonté, sans solidarité, aux mutations devenues incontrôlables, est aussi un roman sur le remords et le regret.


Michel HOUELLEBECQ, Sérotonine
Flammarion, Janvier 2019, 352 pages

4 réflexions sur « Sérotonine – Michel Houellebecq »

  1. Ses anciens livres avaient fait beaucoup de raffut, celui-là semble moins « trash », d’après ton analyse. Je vais peut-être me le prendre pour cet été, tiens !

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