Sans état d’âme – Yves Ravey

Yves Ravey - Sans état d'âme - Minuit

Gustave Leroy, chauffeur routier que tout le monde appelle Gu, est amoureux de Stéphanie depuis toujours. Il ne peut refuser lorsqu’elle lui demande de mener l’enquête sur la disparition de son fiancé John Lloyd. Comme une femme amoureuse, elle n’imagine pas qu’il ait pu partir, la quitter et la laisser seule.

Comme tous ses derniers romans, Yves Ravey décrit une situation ambigüe et étrange, dans un milieu populaire de l’Est de la France, avec une grande concision de mots, très peu de descriptions, ni de psychologie développée des personnages. L’essentiel et le factuel sont les points forts de la narration et de la construction du récit.

Si depuis Cutter, Yves Ravey a déjà exploité à plusieurs reprises les codes du roman policier, comme par exemple dans Un notaire peu ordinaire ou Enlèvement avec rançon, si une recherche est toujours latente, aucune enquête annoncée n’a jamais été le fil directeur de l’histoire.

Voici la nouveauté, mais cette enquête paraît tout de suite assez bancale, conduite par Gu, à l’allure d’idiot du village, dont la simplicité semble bien peu adaptée à une recherche sérieuse. Il pose des questions peu cohérentes, il est trop direct, parait toujours à côté de la plaque. L’atmosphère étrange met ici un peu de temps à trouver sa place, mais s’installe de manière évidente avec l’arrivée de l’américain Mike Lloyd, le frère du disparu.

Yves Ravey a vraiment une plume qui lui est propre, un style minimaliste percutant qu’il explore à chaque fois de manière de plus en plus précise, outre des motifs liés à sa vie personnelle que l’on retrouve d’une oeuvre à l’autre comme des petits cailloux distinctifs. Un rien hypnotique et irréel, on se demande toujours quand la bombe va exploser.

En grande fan de Yves Ravey, je ne peux que recommander ce livre. Son style original, sa narration tranchante sur le fil du rasoir, son récit balançant dans une direction toujours indéterminée, donne un réel magnétisme à son atmosphère littéraire. Même lorsque la direction choisie se dévoile assez rapidement et que l’effet de surprise est moins présent, la tension toujours domine, et ici, le malaise palpable augmente crescendo dans les dernières pages dans un mélange judicieux de simplicité et d’intensité.

Les premières lignes :
(ou lire un extrait plus long)

Au moment de dormir, enfant, si le vent était à l’ouest, et quand les locomotives s’engouffraient dans le tunnel, au loin, me parvenait, chaque soir, le ferraillement saccadé des wagons de marchandises, qui reliaient les usines de construction automobile à la frontière.

La 4e de couverture des éditions Minuit :
(ou lien direct site Minuit)

John Lloyd disparaît une nuit sans laisser de trace. Stéphanie, son amie, va charger Gustave Leroy de mener l’enquête. C’est sans compter sur son dépit amoureux. Ni sur l’arrivée de Mike Lloyd qui entend bien retrouver son frère.

Challenge RL 2015Yves RAVEY
Sans état d’âme
Minuit, septembre 2015, 128 pages

6 réflexions au sujet de « Sans état d’âme – Yves Ravey »

    • Oh là là, si tu as aimé celui là, tu vas te régaler avec les autres ! Cutter est mon préféré, mais peut-être aussi parce que c’est par ce livre que j’ai découvert Yves Ravey. J’aime beaucoup également Le drap, dans lequel il parle de son père. Et puis les autres aussi, je suis une méga fan.

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