Ruy Blas – Victor Hugo

Victor Hugo - Ruy Blas - Folio Théâtre

Espagne, mai 1698. A cette époque, Charles II s’est remarié avec Marie de Neubourg, nouvelle reine d’Espagne. Celle-ci qui vient de chasser Don Salluste. Pour se venger de la reine, il demande à son laquais, Ruy Blas, de se déguiser, de se faire passer pour don César de Bazan, un noble désargenté voyou sur les bords (et connu comme tel sous le surnom de Zafari) et de séduire la reine.

Ruy Blas, déjà amoureux de Reine, signe serment d’allégeance à son maître et endosse le rôle du Noble revenu après plusieurs années d’absence. La dualité du personnage de Ruy Blas – le laquais caché derrière un costume de Noble – n’apparait pas vraiment dans les scènes. Ce n’est pas le propos. La pièce n’a aucun ressort comique sur ce thème, comme on peut le voir dans d’autres pièces, comme celle de Marivaux par exemple. C’est bien un drame qui se joue ici.

Ce drame en vers qui se répondent dégage d’ailleurs une musique très présente, parfois un peu trop présente peut-être. Le style lyrique accentue tellement le côté « poétique » et rythmique du texte, que l’histoire elle-même a parfois tendance à s’estomper un peu au profit de la forme. Un peu pour cette raison, un peu en raison de la construction peut-être, mais cette pièce m’a semblé moins facilement accessible que Marie Tudor ou que Hernani.

Attention spoiler ! J’ai particulièrement aimé les références de Victor Hugo aux pratiques de l’époque (la Reine ne peut s’approcher de la fenêtre, la Reine doit faire ceci et ne pas faire cela) et surtout, la deuxième partie du texte, à partir de la fin de l’acte III, jusqu’au point final de l’acte V, moment où la duplicité se fait jour, où le vrai don César va croiser le faux don César/Ruy Blas, où le dénouement commence jusqu’à la scène finale, qui m’a un peu déçue je dois dire, même si la tension dramatique est supposée atteindre son maximum avec la mort de Ruy Blas.

Challenge Victor HugoLa petite histoire :

Datant de 1838, Ruy Blas est écrite après Hernani, qui se passe également en Espagne, mais au XVIe siècle. C’est à ce moment que Victor Hugo a commencé ses recherches historiques sur l’Espagne. Même si cette pièce était en gestation dans son esprit depuis plusieurs années, elle a été écrite très rapidement, Victor Hugo devant fournir en urgence une pièce pour l’ouverture du Théâtre de la Renaissance.

Il a commencé sa rédaction en juin 1838, pour la terminer fin août de la même année. Après deux mois de répétitions, la pièce est jouée pour la première fois le 8 novembre 1838.

Les deux Ruy Blas du cinéma

La 1er film « sérieux » de 1947, sur un scénario de Jean Cocteau, regroupe Jean Marais, pour le rôle de Ruy Blas/Don Cesar, Danielle Darrieu pour la Reine et Marcel Herrand pour Don Salluste.

Le 2e film de 1971, unanimement connu, est une parodie de Ruy Blas qui s’intitule « La Folie des grandeurs », eh oui ! Il s’agit bien de « La Folie des grandeurs » avec Louis de Funès dans le rôle de Salluste, Yves Montand dans celui de Blaze et Alice Sapritch en duègne inoubliable.

Lecture commune avec ClaudiaLucia, Moglug et Nathalie.

La 4e de couverture des éditions Folio Théâtre :
(présentation différente sur le site Gallimard)

Ruy Blas
Bon appétit ! messieurs !
- O ministres intègres ! Conseillers vertueux ! voilà votre façon
De servir, serviteurs qui pillez la maison !
Donc vous n’avez pas honte et vous choisissez [l’heure,
L’heure sombre où l’Espagne agonisante pleure !
Donc vous n’avez ici pas d’autres intérêts
Que d’emplir votre poche et vous enfuir après !
Soyez flétris, devant votre pays qui tombe,
Fossoyeurs qui venez le voler dans sa tombe !
- Mais voyez, regardez, ayez quelque pudeur.
L’Espagne et sa vertu, l’Espagne et sa grandeur,
Tout s’en va. – Nous avons, depuis Philippe Quatre,
Perdu le Portugal, le Brésil, sans combattre ;
En Alsace Brisach, Steinfort en Luxembourg ;
Et toute la Comté jusqu’au dernier faubourg ;
Le Roussillon, Ormuz, Goa, cinq mille lieues
De côte, et Fernambouc, et les Montagnes Bleues !
Mais voyez. – Du ponant jusques à l’orient,
L’Europe, qui vous hait, vous regarde en riant. (Acte III, scène II)

Victor HUGO (1802-1885)
Ruy Blas
Edition présentée :
Folio Théâtre n°37, Février 1997, 288 pages

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11 réflexions au sujet de « Ruy Blas – Victor Hugo »

  1. Je n’en parle pas dans mon billet mais j’ai bien aimé le rythme, et le style lyrique et poétique de cette pièce. C’est sans doute ce que j’ai préféré d’ailleurs, plus que la forme théâtrale… Qu’est-ce que j’ai du mal avec le théâtre, c’est fou !

    • Moi, j’ai plus de mal avec la poésie ! J’essaye pourtant (grâce à Asphodèle d’ailleurs), mais quand c’est trop lyrique, je me rends compte que je me sens souvent très éloignée du texte. Le théâtre en revanche ne me pose aucun problème ;-)

  2. Merci pour ce billet. J’aime beaucoup Ruy Blas et Hernani! Mes deux pièces préférées. J’ai vu Hernani deux fois sur scène, une fois la mise en scène soulignait le rythme des vers, le lyrisme, c’était un peu grandiloquent mais cela avait un panache… hugolien! Une autre fois très sobre, on oubliait même que la pièce était en vers, et cette sobriété faisait ressortir la cruauté en gommant le mélo.
    Moglug ne participe pas. Mais il y a Nathalie http://chezmarketmarcel.blogspot.fr/2015/12/car-lespagne-se-meurt-car-lespagne.htmlt
    et en principe Miriam.

    je publie ce soir, binetôt, après avoir laissé un peu de temps pour la lecture du poème de Hugo, participation au jeudi d’Asphodèle qui tombait le même jour.

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