Rue des Boutiques Obscures – Patrick Modiano

Patrick Modiano - Rue des Boutiques Obscures - Folio 1358 Coup de coeur !

Prix Goncourt 1978, Rue des Boutiques Obscures est un chef d’oeuvre de déambulations dans les souvenirs, les rues de Paris, le passé des uns, les secrets des autres, et toujours, la recherche de soi.

Guy Roland travaille dans une agence de détectives. Lors du départ à la retraite de Hutte, son patron, il décide de mener une nouvelle enquête toute personnelle : partir à la recherche de sa propre identité. Guy est amnésique et ne sait plus quelle a été sa vie, ni comment il s’appelle réellement derrière son nom d’emprunt.

Qui est-il ? Freddie ou Pedro ? américain ou grec ? Aimait-il Gay Orlow ou Denise Coudreuse ? A travers des pistes qui vont mener d’une personne à une autre, d’une boîte de souvenirs à des photos du passé, d’une rue à un café, d’un inconnu à un autre, Patrick Modiano trace à travers Guy Roland le chemin du passé dans un somptueux brouillard parisien (et ailleurs), qui va se lever tout doucement.

Ce livre est absolument MAGISTRAL. J’ai adoré la façon dont Patrick Modiano crée un suspens toujours sur le fil, toujours dans le flou, comme une balançoire perpétuelle entre la réalité et l’incertain. On se trouve quasiment à la place et dans la tête de Guy, on se pose les mêmes questions, et on attend patiemment que les informations arrivent, toujours surprenantes, prenant des chemins inattendus.

Même s’il s’agit d’une enquête à la façon de Dora Bruder, avec Rue des Boutiques Obscures, il réussit à lever le voile sur l’identité recherchée de manière plus intime, moins directe et beaucoup plus nuageuse. Cette subtilité est un pur bonheur.

J’ai adoré voyager dans les souvenirs et le passé des uns et des autres, dans cette incertitude qui se lève grâce à des rencontres humaines, des personnes qui semblent croiser le chemin de Guy comme des êtres de hasard divins, destinés à lui montrer la voie et l’aider à se découvrir.

Cette absence de clarté et cette ambiance poussiéreuse du passé d’après-guerre – sans que la date exacte soit vraiment connue pendant longtemps – à la manière de Pour que tu ne te perdes pas dans le passé est un enchantement, avec le suspens et la profondeur peut-être en plus.

Jusqu’à ce jour, mon Modiano préféré.

Hommage / lecture commune Modiano avec Sandrine, pour l’anniversaire de Patrick Modiano, née le 30 juillet 1945.

Prix Littéraires
Prix Goncourt 1978
Prix Nobel 2014

Les premières lignes :

Je ne suis rien,. Rien qu’une silhouette claire, ce soir-là, à la terrasse d’un café. J’attendais que la pluie s’arrêtât, une averse qui avait commencé de tomber au moment où Hutte me quittait.

La 4e de couverture des éditions Folio :
(ou lien direct site Folio)

Qui pousse un certain Guy Roland, employé d’une agence de police privée que dirige un baron balte, à partir à la recherche d’un inconnu, disparu depuis longtemps ? Le besoin de se retrouver lui-même après des années d’amnésie ?
Au cours de sa recherche, il recueille des bribes de la vie de cet homme qui était peut-être lui et à qui, de toute façon, il finit par s’identifier. Comme dans un dernier tour de manège, passent les témoins de la jeunesse de ce Pedro Mc Evoy, les seuls qui pourraient le reconnaître : Hélène Coudreuse, Fredy Howard de Luz, Gay Orlow, Dédé Wildmer, Scouffi, Rubirosa, Sonachitzé, d’autres encore, aux noms et aux passeports compliqués, qui font que ce livre pourrait être l’intrusion des âmes errantes dans le roman policier.

Plan ORSEC 2015Patrick MODIANO
Rue des Boutiques Obscures
Gallimard, septembre 1978,
Folio, mars 1982, 256 pages

21 réflexions au sujet de « Rue des Boutiques Obscures – Patrick Modiano »

    • Grâce, sans aucun doute ! Je sais que pour la majorité des lecteurs, Dora Bruder est le n°1. Je l’ai beaucoup aimé également, mais rien à voir avec l’effet produit par Rue des Boutiques Obscures, qui m’a carrément emportée, et que j’ai eu tout de suite envie de relire à la dernière page, ce que je n’ai pas fait, mais je ne voulais pas que ce livre se termine ;-)

  1. La première fois que j’ai lu ce livre, j’ai adoré et j’ai lu plusieurs autres Modiano ensuite. C’est un de mes auteurs préférés. Quand je l’ai relu quelques années plus tard, je ne l’ai pas autant apprécié. Je ne sais pas pourquoi. Ton billet me dit qu’il faut que je le lise une troisième fois.

    • Ma découverte est toute récente de Modiano, je suis un peu dans ta situation, j’ai envie d’en lire d’autres. M’attendent d’ailleurs Les boulevards de ceinture, Dimanches d’août et un Pedigree. Mais je relirai celui là plus tard, j’en suis certaine.

  2. Lu, chroniqué et grandement apprécié ! La chute m’avait scotchée ( d’autant plus qu’il n’est pas facile de sortir par le haut de ce genre de récit d’ errance …)

    • Je comprends très bien qu’on puisse ne pas aimer la particularité de ce roman, il est comme même perturbant. Mais c’est tout à fait le genre d’ambiance dans laquelle je me sens très bien :-)
      Une fois qu’on connait l’histoire, je pense qu’une relecture donne vraiment une autre vision du livre, car les personnages sont posés, donc nécessairement, les doutes ne sont plus les mêmes.

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