L’Elimination – Rithy Panh et Christophe Bataille

Panh Bataille  l'elimination Coup de coeur !

Ce livre est un véritable coup de poing/coup de cœur.

Rithy Panh était encore un enfant lorsque les Khmers Rouges ont envahi Phnom Penh en 1975, au Cambodge, où il vivait tranquillement avec sa famille. Ce fut le début du génocide, le début de l’horreur, et Rithy Panh en fut un témoin direct et une victime vivante. Pendant quatre ans, il vécut l’enfer, comme sa famille, comme ses amis, comme tout son peuple. Il connaîtra les camps de travail, et en sera l’un des rescapés. S’il pourra rejoindre la France en 1980, il ne pourra jamais se libérer de ce cauchemar : il existe des souvenirs dont il est impossible de s’échapper, et qui seront la genèse de l’ensemble de son œuvre.

L’originalité étonnante de cet essai, et qui a dû requérir une force de caractère stupéfiante, est le choix d’opérer un parallèle entre, d’une part, les souvenirs de Rith Panh lorsqu’il avait treize ans et d’autre part, les propos actuels de son tortionnaire, Duch. En effet, pour transmettre la mémoire collective et tenter de comprendre, Rith Panh a interviewé Duch (le directeur de la prison Tuol Sleng, dite S-21) pendant son incarcération au Cambodge, juste avant qu’il soit jugé et condamné à la prison à vie en février 2012. Oui, il s’agit d’une véritable confrontation entre la victime et son bourreau.

Il n’existe absolument aucun pathos dans cet essai, le parti pris étant clairement de rester le plus objectif possible, de retranscrire ce qui est, ce qui a été, de rester factuel pour être précis, pour ne pas déformer et ne pas trahir l’indicible. L’effet produit en est d’autant plus glaçant. Par exemple, alors que Rithy Panh raconte ce qui se passe dans les camps, les tortures inimaginables qui sont inventés, ce qu’il a lui-même subi, Duch répond de manière extrêmement détaché : il reconnaît les tortures, mais explique qu’elles étaient nécessaires, se justifiant presque en expliquant que tout était très bien organisé : sur un cahier, un suivi précis était effectué avec un code couleur de l’encre utilisée selon le degré de torture infligée : bleue lorsque la torture était moyenne, rouge ou noire si la mort de la victime était autorisée.

Ce livre essentiel et poignant a été récompensé par de nombreux prix littéraires : Prix Joseph Kessel 2012, Grand Prix SGDL de l’essai 2012, Prix Essai France Télévision 2012 ; Prix Aujourd’hui 2012 ; Grand Prix des Lectrices de ELLE 2013. Il est paru en même temps que la sortie en salle du film de Rithy Panh, « Duch, le maître des forges de l’enfer », en janvier 2012.

Présentation Editeur :

« A treize ans, je perds toute ma famille en quelques semaines. Mon grand frère, parti seul à pied vers notre maison de Phnom Penh. Mon beau-frère médecin, exécuté au bord de la route. Mon père, qui décide de ne plus s’alimenter. Ma mère, qui s’allonge à l’hôpital de Mong, dans le lit où vient de mourir une de ses filles. Mes nièces et mes neveux. Tous emportés par la cruauté et la folie khmère rouge. J’étais sans famille. J’étais sans nom. J’étais sans visage. Ainsi je suis resté vivant, car je n’étais plus rien. »
Trente ans après la fin du régime de Pol Pot, qui fit 1.7 millions de morts, l’enfant est devenu un cinéaste réputé. Il décide de questionner un des grands responsables de ce génocide : Duch, qui n’est ni un homme banal ni un démon, mais un organisateur éduqué, un bourreau qui parle, oublie, ment, explique, travaille sa légende.
L’élimination est le récit de cette confrontation hors du commun. Un grand livre sur notre histoire, sur la question du mal, dans la lignée de Si c’est un homme de Primo Levi, et de La nuit d’Elie Wiesel.

Rithy PANH/Christophe BATAILLE, L’Elimination
Parution : Janvier 2012 – Grasset

2 réflexions au sujet de « L’Elimination – Rithy Panh et Christophe Bataille »

  1. Bonsoir à tous et à toutes.
    Lu ce weekend, je l’ai dévoré. Un petit peu de mal entre tout ces aller-retour présent-passé, reprise d’écriture et manque de chapitre…Sinon, c’est fort, très fort ! Merci MicMélo pour l’avis qui m’a, je l’avoue, incité à la lecture.

    • Merci Fred pour ce gentil message, ça me fait (très) plaisir ! C’est vrai que la structure n’est pas évidente, mais le contenu est tellement fort, que ça prend largement le dessus :-)

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