Le rire du grand blessé – Cécile Coulon

Cécile Coulon - Le rire du grand blessé - Viviane Hamy

Imaginez une société où les livres sont tous formatés en fonction des émotions qu’ils sont supposés procurer. Imaginez un monde où l’un des postes les plus convoités n’est accessible qu’aux illettrés. Le rire du grand blessé envisage avec stupeur et fascination une telle possibilité.

Certes, Céline Coulon n’a pas inventé le sujet d’une société où la lecture et le livre ne sont pas les bienvenus. Si vous ne les avez pas encore lus, précipitez vous sur Fahrenheit 451 de Ray Bradbury ou sur 1984 de George Orwell, mais à côté de ces classiques, on peut désormais ajouter aussi Le rire du grand blessé.

Dans cette dystopie, les spectacles les plus prisés, des « Manifestations A Haut risque » consistent à écouter dans un stade la lecture d’un Livre Frissons, d’un Livre Haine ou d’un Livre Fous rires, livres édités par les Maisons de Mots. Il ne s’agit finalement de rien d’autre qu’une lecture publique. Mais les livres « anciens » avec des fictions imaginées et créatives sont interdits et ont disparu, les émotions sont dirigées et la lecture n’est pas encouragée.

Pour monter socialement dans cette société, 1075 a une chance inouïe. Venant d’un bouge rural, il est analphabète, n’est pas éduqué, n’est pas cultivé et n’est qu’un tas de muscles. Il a tout pour réussir et pour devenir l’un des meilleurs Agents de sécurité du système, dont le rôle est de contrôler les comportements suspects. Aucun risque d’évasion intellectuelle par la lecture.

Je me suis plongée dans ce livre avec un immense régal. La société totalitaire n’est pas décrite dans son menu, mais est extrêmement bien encadrée et on ne se perd pas dans des détails descriptifs inutiles. Le personnage de 1075, la brute épaisse au cerveau réduit devient très vite attachant. Il n’est bien évidemment pas un maillon de la chaîne comme les autres, est plus curieux qu’il n’y parait, plus intelligent et plus sensible que ce que sa musculature laisse apparaître. Un séjour à l’hôpital lui ouvrira les yeux.

Le livre est assez bref et le style frigorifiant de Cécile Coulon reflète très bien le système social en place. Les adjectifs sont des appréciations ou révèlent des émotions. Vous n’en trouverez pas beaucoup dans ce livre de science fiction factuel, distancié, presque comme un documentaire qui se voudrait clair et objectif. Il en est d’autant plus percutant que s’ajoutent de la tension, du suspens et des idées malignes qui épicent vraiment ce bouquin de manière inattendue et très agréable.

Les avis de Cachou (moins enthousiaste) et de Séverine.

Les premières lignes :

Cinq uniformes, un chauffeur, une femme de ménage, un cuisinier, sept caméras fixées au plafond, cinquante heures de présence au Bureau, une Manifestation A Haut Risque par semaine, mille quatre-vingt-quinze jours de formation, un coude fracturé, trois côtes cassées, une mâchoire refaite à neuf, un certain nombre de zéros sur les feuilles de salaire, soixante-dix millions d’habitants à surveiller, deux oreillettes, trois hectares de parc arboré, soixante kilomètres de course à pied hebdomadaires, cinquante pouces d’écran plat, dix-huit minutes d’informations nationales.

La 4e de couverture des éditions Viviane Hamy :
(ou lien direct Site Viviane Hamy avec une présentation différente et possibilité de lire un extrait du livre)

Seuls circulent les livres officiels. Le choix n’existe plus. Le « Grand », à la tête du Service National, a mis au point les « Manifestations A Haut Risque », lectures publiques qui ont lieu dans les stades afin de rassembler un maximum de consommateurs. Peuvent alors s’y déchaîner les passions des citoyens dociles. Des Agents de sécurité – impérativement analphabètes – sont engagés pour veiller au déroulement du spectacle et maîtriser les débordements qui troublent l’ordre public.
1075, compétiteur exceptionnel, issu de nulle part et incapable de déchiffrer la moindre lettre, est parfait dans ce rôle. Il devient le meilleur numéro ; riche, craint et respecté. Jusqu’au jour où un molosse – monstre loué pour pallier les défaillances des Agents – le mord. A l’hôpital, où on le dorlote pourtant comme un bébé, sa vision bascule.

Cécile COULON
Le rire du grand blessé
Viviane Hamy, Août 2013, 132 pages

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