Purge – Sofi Oksanen

Sofi Oksanen - Purge - Stock

Prix FNAC et Prix Fémina 2010, Purge de Sofi Oksanen avait fait couler beaucoup d’encre lors de sa parution, sans compter le style gothique et original de l’auteure, qui attirait également l’attention. Un livre finnois évoquant l’histoire trouble de l’Estonie, de quoi attiser la curiosité.

Une entrée en matière en mai 1949, en quelques mots avec une déclaration d’Hans Pekk, qui évoque Liide, sa fille Linda et Ingel. On n’en saura pas plus, c’est le flou et l’intérêt qui s’éveille. Premier tilt. Tout de suite après, un saut dans l’Estonie occidentale de 1992 dans la maison d’Aliide Truu, une vieille paysanne qui vit seule avec ses mouches et ses conserves. Sauf qu’en ce jour de 1992, un ballot humain est affalé dans son jardin, ce ballot se trouvant être une jeune fille sale et apeurée. Deuxième tilt.

Le mystère s’installe immédiatement autour de cette sauvageonne au nom de Zara. Grâce à une gestion habile des ellipses et des silences, Sofi Oksanen déclenche très vite un fort sentiment d’empathie envers cette jeune fille qui a visiblement vécu des moments très difficiles, dont la teneur se dévoile doucement et pudiquement. Une tension s’installe. C’est le troisième tilt.

Alors que l’on croit comprendre que Zara est le personnage principal du roman, la deuxième partie plonge le lecteur dans le passé et l’histoire de l’Estonie à travers la jeunesse d’Aliide. Commence alors un va et vient entre l’Estonie de 1992, celle de l’avant-guerre, du communisme, de la peur, de la seconde guerre mondiale, de l’après-guerre, des kolkhozes. C’est l’Histoire de l’Estonie qui est traversée au travers des vies d’Aliide et de sa soeur Ingel, au travers de leur histoire personnelle, de leurs rêves et de leurs désirs de jeunesse. C’est le quatrième tilt.

Sofi Oksanen construit un roman fouillé à la construction réfléchie et maîtrisée autour d’une histoire familiale et de l’Histoire estonienne. Elle oppose habillement les destins d’Aliide et de Zara, fait ressortir les points communs, jouent avec les sentiments de peur, les espoirs déçus, et disons le, raconte des moments où les femmes sont maltraitées, avec certains passages à vomir, et d’autres où la suggestion des non-dits a des effets plus forts que les descriptions proprement dites. C’est parfois écoeurant. Mais c’est aussi ce qui fait la puissance de ce roman.

Alors même si, à force d’allers-retours d’une période à une autre, il faut parfois se concentrer pour ne pas perdre le fil temporel, la force de caractère des deux personnages féminins mérite le détour, tout comme la découverte de l’Estonie et de son histoire, proche de la Finlande et de la Russie, abimée par le communisme et la pauvreté, un pays plein d’espoir qui garde une grande part de mystère.

A noter, pour les moins connaisseurs, qu’une carte de l’Estonie dans l’Europe du Nord depuis 1991, ainsi qu’une petite chronologie, sont ajoutés dans le livre (et sont vraiment les bienvenus).

sofi-oksanen-purge-audiolibLa version audio de Purge, lu par Marianne Epin et Frédéric Meaux (Audiolib)

La version audio de Purge est une réussite, grâce à la lecture vive et rythmée de Marianne Epin (et également celle de Frédéric Meaux, mais elle est plus rare). Je suis arrivée au bout du livre cette fois-ci. Car oui, c’est une deuxième tentative. La première lecture de Purge, lors de la parution du livre, ne m’avait pas entièrement convaincue, en dépit de l’enthousiasme qu’il avait soulevé. Je m’étais arrêtée (le post-it s’y trouve d’ailleurs encore) à la deuxième partie du roman. La lecture audio m’a permise de dépasser ce stade. Elle est efficace, convaincante, la peur ressentie est bien retranscrite, sans être trop exagérée, les différents sentiments sont bien évoqués, jusqu’à être joués parfois comme dans une pièce de théâtre (Purge a d’ailleurs été mise en scène comme pièce de théâtre). Ceci dit, si j’ai été contente de (re)découvrir Purge, et surtout de le terminer, il m’a manqué ce petit plus qui fait qu’un livre marque plus qu’un autre et je constate que malgré ce plaisir, je n’éprouve pas l’envie de poursuivre la découverte de l’oeuvre de cette auteure.

Lecture audio avec « Ecoutons un livre » de Sylire, dans le cadre du mois Décembre Nordique de Cryssilda.

Prix Littéraire :
Prix Fémina Etranger 2010
Prix Roman FNAC 2010


Les premières lignes :

mai 1949
Pour une Estonie libre !

Il faut que j’essaye d’écrire quelques mots, pour ne pas perdre la raison, pour garder l’esprit d’aplomb. Je cache mon cahier ici, sous le sol du cagibi. Afin que personne ne le trouve, quand bien même on me trouverait, moi. Ce n’est pas une vie. L’être humain a besoin de ses semblables et de quelqu’un à qui parler.

La présentation des éditions Stock :

« Un vrai chef-d’oeuvre. Une merveille.
J’espère que tous les lecteurs du monde, les vrais, liront Purge. »
Nancy Huston
En 1992, l’union soviétique s’effondre et la population estonienne fête le départ des Russes. Mais la vieille Aliide, elle, redoute les pillages et vit terrée dans sa maison, au fin fond des campagnes.
Ainsi, lorsqu’elle trouve Zara dans son jardin, une jeune femme qui semble en grande détresse, elle hésite à lui ouvrir sa porte. Ces deux femmes vont faire connaissance, et un lourd secret de famille va se révéler, en lien avec le passé de l’occupation soviétique et l’amour qu’Aliide a ressenti pour Hans, un résistant. La vieille dame va alors décider de protéger Zara jusqu’au bout, quel qu’en soit le prix.
Sofi Oksanen s’empare de l’Histoire pour bâtir une tragédie familiale envoûtante. Haletant comme un film d’Hitchcock, son roman pose plusieurs questions passionnantes : peut-on vivre dans un pays occupé sans se compromettre ? Quel jugement peut-on porter sur ces trahisons ou actes de collaboration une fois disparu le poids de la contrainte ?
Des questions qui ne peuvent que résonner fortement dans la tête des lecteurs français.


Sofi OKSANEN
Purge
Traduit du finnois par Sébastien Cagnoli
Stock, Août 2010, 408 pages.
Livre de poche, Février 2012, 429 pages.

Audiolib, Janvier 2011, lu par Marianne Epin et Frédéric Meaux, 10h08.
Téléchargé via Audible.

20 réflexions au sujet de « Purge – Sofi Oksanen »

  1. Merci pour ta participation !
    Je l’avais lu également en version audio et je l’avais beaucoup apprécié notamment pour l’aspect historique de l’histoire.

    • Quelle impression étrange cela a du faire de lire ce roman juste avant de partir en Estonie ! Tu as du avoir envie de tout découvrir. Un pays à visiter, je n’en doute pas :-)

  2. Je n’ai jamais lu Sofi Oksanen et cela fait plusieurs années que j’envisage cette écrivaine sans me résoudre à la lire. Je ne sais tout simplement pas par quel roman commencer…

  3. Un roman qui m’avait frappé à sa lecture… j’en garde un souvenir très fort, notamment des passages pour lesquels tu décris bien l’effet qu’ils font, et que j’aurais préféré oublier…

  4. je l’avais lu à sa sortie et j’avais plus ou moins adhéré. Peut-être trop baroque pour moi et comme tu le dis, beaucoup d’aller-retour. Mais ça reste un roman de qualité

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>