Profession du père – Sorj Chalandon

Sorj Chalandon - Profession du père - Grasset Coup de coeur !

Profession du père, cette case qu’il faut remplir enfant sur les formulaires donnés à l’école. Que dire ? Pasteur ? Espion ? Parachutiste ? Sans ? Difficile lorsqu’on est un enfant de savoir, de comprendre et d’expliquer.

Le roman commence par la crémation du père, André Chouans, mais dès le chapitre suivant, retour en arrière sur cette vie qui s’est finie, avec le putsch d’Alger du 23 avril 1961. L’histoire de cette famille constituée du père, de la mère et d’Emile, cet enfant de douze ans, va commencer sur fond de guerre, et va se poursuivre pendant des années dans un climat de cris, de baffes, de violences au quotidien et de combat permanent.

Car le lecteur entre dans l’intime et le huis clos de ce trio familial, refermé sur lui-même, qui ne reçoit personne, avec une éducation paternelle « à la dure », une mère effacée qui accepte (presque) tout et un enfant asthmatique qui regarde son père avec de grands yeux, d’étonnement ou de terreur, qui s’étouffe d’effroi et qui va prendre au sérieux la mission de son père de tuer le Général de Gaulle. Car lorsqu’on est un enfant, on croit ce que dit son père, on s’amuse de partir en mission secrète, mais on pleure de recevoir des coups et de subir la violence.

Cette histoire, qui est celle de Sorj Chalandon et de son enfance, même si certains passages sont romancés, reflète une réalité personnelle qui est bouleversante, suffocante et qui prêterait presque à rire à certains moments si une telle enfance, si une telle violence, psychologique et physique, n’était pas si effrayante.

Le premier livre de Sorj Chalandon, Le petit Bonzi, était déjà largement autobiographique, et mettait déjà en scène un enfant en souffrance, et un père difficile. Il est certain qu’une telle expérience laisse des traces indélébiles, et c’est avec tellement de force, d’implication et d’amour que Sorj Chalandon nous confie une part de ses secrets, que le lecteur ne peut être qu’enthousiasmé par cette histoire à l’écriture fluide et prenante, qui se lit d’une traite, comme dans un souffle.

Est-ce qu’un livre qui fait monter couler des larmes de tristesse et d’émotion est un bon livre ? Non, Profession du père n’est pas juste un bon livre, c’est un sacré livre, c’est un livre excellent.

Les avis coup de coeur également de Leiloona et enthousiaste de Marjorie.

Les premières lignes de Profession du père :

Nous n’étions que nous, ma mère et moi. Lorsque le cercueil de mon père est entré dans la pièce, posé sur un chariot, j’ai pensé à une desserte de restaurant. Les croque-morts étaient trois. Visages gris, vestes noires, cravates mal nouées, pantalons trop courts, chaussettes blanches et chaussures molles.

La présentation des éditions Grasset :
(ou lien direct site Grasset)

« Mon père a été chanteur, footballeur, professeur de judo, parachutiste, espion, pasteur d’une Eglise pentecôtiste américaine et conseiller personnel du général de Gaulle jusqu’en 1958. Un jour, il m’a dit que le Général l’avait trahi. Son meilleur ami était devenu son pire ennemi. Alors mon père m’a annoncé qu’il allait tuer de Gaulle. Et il m’a demandé de l’aider.
Je n’avais pas le choix.
C’était un ordre.
J’étais fier.
Mais j’avais peur aussi…
À 13 ans, c’est drôlement lourd un pistolet. »

Challenge RL 2015Sorj CHALANDON
Profession du père
Grasset, Août 2015, 320 pages

32 réflexions au sujet de « Profession du père – Sorj Chalandon »

  1. Je ne savais pas jusqu’à hier que c’était un roman en partie autobiographique, cela explique pourquoi il a l’air si réelle, si ce n’est pas un coup de coeur c’est tout de même un livre fort, rempli d’émotions (bonnes et mauvaises, surtout mauvaises, à l’égard du père, de la mère)

  2. que me voilà heureuse de lire ton enthousiasme ! Je suis tellement impatiente de le lire ! L’écriture de Sorj Chalandon me transporte c’est fou.

    • Je suis d’accord avec toi, la 2e partie est beaucoup plus émouvante que la 1ère partie, et c’est d’ailleurs celle qui m’a fait beaucoup pleurer (euh, si en fait, dans la 1ère aussi j’ai versé quelques larmes …)

  3. Définitivement pas pour moi et pourtant, je suis une fan de cet auteur. Mais là, ce n’est tout simplement pas possible. Rien que l’extrait m’énerve. Bises (et pourtant je reviens de vacances, c’est dire)

    • C’est l’effet retour de vacances, ce n’est jamais très agréable :-). Plus sérieusement, il ne peut pas plaire à tout le monde de toute façon, et je ne te cache pas que certains passages sont énervants, pas en raison du livre, mais parce que certains comportements des parents sont hallucinants et très énervants. Bon retour quand même ! Bise

  4. J’ai eu le grand plaisir de pouvoir écouter Sorj Chalandon parler de ses derniers livres dans divers endroits et à chaque fois je suis émue par cet homme, par sa profonde humanité. Je ne raterai pour rien au monde son nouveau roman et il attend dans ma PAL que j’en finisse avec mes lectures américaines !

    • Je n’oublie pas les lectures américaines, mais Sorj, c’est Sorj, j’étais comme une gamine en attendant de pouvoir lire ce dernier livre, et clairement, je n’ai pas été déçue. Je vais regarder au plus près les manifestations prévues avec lui, j’ai vraiment envie de l’entendre parler de ce livre en effet, et pour l’entendre tout court.

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