Profanes – Jeanne Benameur

Benameur - Profanes - Actes SudCoup de coeur !

Profanes a reçu Le prix littéraire RTL-LIRE 2013, et c’est plus que largement mérité !

Octave Lassalle, chirurgien de 90 ans à la retraite, n’est pas un homme malade et en fin de vie, pas encore, l’inéluctable ne l’a pas encore atteint. Octave Lassalle est surtout un homme seul.

Il décide alors de s’entourer de quatre personnes différentes, pour l’accompagner tout au long de sa journée et de sa nuit, selon une organisation très encadrée, avec des tâches spécifiques et précises pour chacune. Marc – le seul autre homme de la troupe – sera présent dès le réveil, pour la toilette matinale, et pour s’occuper du jardin. Hélène, qui est peintre, prendra le relai l’après-midi, avant de passer la main à Yolande, puis à la jeune infirmière Béatrice pour la nuit. Chaque personne participe, à sa manière, à la vie d’Octave Lassalle, et construit parallèlement sa propre vie. Le chassé –croisé de chacun s’opèrera dès leur arrivée, dans le choix de l’attribution à chacun d’eux d’une propre chambre, dans la grande maison qu’Octave Lassalle n’occupera désormais plus seul.

La solitude d’Octave Lassalle sera expliquée doucement, par petite touche. Le grave accident de sa fille Claire, le refus d’Octave de l’opérer, l’échec d’un chirurgien, l’impossibilité d’un père, le refus de céder, d’agir en dépit des supplications de sa femme. La mort de Claire. Le départ de sa femme. A 90 ans, Octave Lassalle est seul depuis longtemps, il cherche des réponses, qu’il ne trouvera pas, se pose des questions, qu’il partagera, ou gardera pour lui, s’interroge sur la vie, sur ses peurs, sur ses échecs, sur l’humain. Octave Lassalle s’intéresse à l’homme, à ses faiblesses, à ses failles, et c’est en raison de leur fragilité, de leur caractère qu’il choisira pour l’accompagner Marc, Hélène, Yolande et Béatrice.

Petit à petit également, le destin croisé des quatre amis choisis d’Octave se lèvera, très subtilement, comme un tableau qui se dévoile doucement, avec le temps et la patience, avec la confiance et les confidences. Les paroles et les vies se croiseront, se nourriront. La force des silences et des non-dits s’alliera avec la vigueur d’un mot, la puissance d’un regard, d’un geste. La narration passera d’une personne à l’autre, du narrateur à Octave Lassalle, dans un jeu de transmission, comme la construction lente d’une histoire, où chacun participe, apporte sa touche.

Profanes est d’une sensibilité à fleur de peau, d’une justesse et d’une subtilité sur l’intime qui bouleverse. L’écriture est très fluide, et s’écoule comme une rivière, sereinement, avec une fraicheur insoupçonnée, et emporte le lecteur malgré lui dans des réflexions qui ne peuvent laisser insensibles.

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Grand Prix RTL Lire 2013






Les premières lignes de Profanes :

« Ils sont là, derrière la porte. Il ne faut pas que je rate mon entrée.
Maintenant que je les ai trouvés, tous les quatre, que je les ai rassemblés, il va falloir que je les réunisse. Réunir, ce n’est pas juste faire asseoir des gens dans la même pièce, un jour. C’est plus subtil. Il faut qu’entre eux se tisse quelque chose de fort.
Autour de moi, mais en dehors de moi. »

Si vous hésitez encore, la présentation éditeur de Profanes :

Ancien chirurgien du coeur, il y a longtemps qu’Octave Lassalle ne sauve plus de vies. À quatre-vingt-dix ans, bien qu’il n’ait encore besoin de personne, Octave anticipe : il se compose une “équipe”. Comme autour d’une table d’opération – mais cette fois-ci, c’est sa propre peau qu’il sauve. Il organise le découpage de ses jours et de ses nuits en quatre temps, confiés à quatre “accompagnateurs” choisis avec soin. Chacun est porteur d’un élan de vie aussi fort que le sien, aussi fort retenu par des ombres et des blessures anciennes. Et chaque blessure est un écho.
Dans le geste ambitieux d’ouvrir le temps, cette improbable communauté tissée d’invisibles liens autour d’indicibles pertes acquiert, dans l’être ensemble, l’élan qu’il faut pour continuer. Et dans le frottement de sa vie à d’autres vies, l’ex-docteur Lassalle va trouver un chemin.
Jeanne Benameur bâtit un édifice à la vie à la mort, un roman qui affirme un engagement farouche. Dans un monde où la complexité perd du terrain au bénéfice du manichéisme, elle investit l’inépuisable et passionnant territoire du doute. Contre une galopante toute-puissance du dogme, Profanes fait le choix déterminé de la seule foi qui vaille : celle de l’homme en l’homme.

Et aussi par ici, l’avis audio :

Jeanne Benameur, Profanes
Parution : Janvier 2013 – Actes Sud

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(Dernière mise à jour : 05/05/2014)

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