Princesse Vieille Reine – Pascal Quignard

Pascal Quignard - Princesse Vieille Reine - Galilée

Princesse Vieille Reine est un faux mini roman original, une « sonate de cinq contes », un texte d’une beauté envoûtante qui fait voyager le lecteur dans le pays des légendes, des histoires merveilleuses et tristes, de celui des princesses, des histoires d’amour, des robes scintillantes, du temps qui s’écoule, du conte d’adultes d’une grande poésie, comme il est rare d’en lire d’aussi sublime.

L’attirance pour ce tout petit livre, posé au milieu des gros romans de la rentrée littéraire, a été immédiat, d’une immédiateté inexpliquée. La magie extraordinaire a dû s’échapper des pages pour se répandre tout autour de cette pépite littéraire.

Derrière le visage de la femme, de la jeune fille, de la princesse, de la vieille femme, c’est l’image de toutes les femmes, de la femme amoureuse, de la femme joyeuse, de la femme séduisante, de la femme trahie, de la femme qui se pare de tous ses atours et atouts. Les caractères se suivent et ne se ressemblent pas, les époques également tout comme les âges, elle peut être jeune enfant « adorée » par un guerrier victorieux, la jeune fille de Charlemagne ou une riche femme japonaise par exemple, elle reste insondable et mystérieuse, fascinante et intemporelle.

J’ai été éblouie par la force qui se dégage de ce texte, par sa délicatesse et sa sensualité, par la beauté des associations de mots, par les images qui ne cessent de se créer sans interruption, par la subtilité de chaque sous-entendu, par la justesse de chaque mot, par la poésie de chaque phrase, par l’enchantement de ces contes qui sont chaque fois reliés par une sorte de didascalie de changements vestimentaires.

Oui, didascalie. Car ce texte de Pascal Guignard est mis en scène par Marie Vialle. Elle a interprété Princesse Vieille Reine au Théâtre du Rond-Point à Paris du 3 au 27 septembre 2015 et poursuit ses représentations en tournée. Alors si vous avez la chance de voir cette merveille mise en scène, que j’ai malheureusement ratée, surtout, racontez-moi.

Mais ce texte est tellement envoûtant que même sans voir le spectacle, il se dévore et la magie littéraire opère.

Les premières lignes de Princesse Vieille Reine :
(lire un extrait plus long)

Danse lente dans le silence de l’habillage et du déshabillage.
Je vais enfiler une très ancienne robe qui j’aime.
Nous entrons par une porte étrange dans ce monde.

L’empereur Charlemagne eut une fille qui s’appelait Emmeen.
Eginhard était le nom du Secrétaire du Palais.
Leur attirance fut spontanée.

La présentation des éditions Galilée :

Princesse, vieille reine, tel est le destin des femmes.
Cinq contes.
Cinq merveilleuses robes : une longue tunique franque, une robe de soie de Chine longue et souple, un kimono japonais tout raide, un manteau de fourrure immense, une robe à crinoline Napoléon III.
Plus le souvenir de la fourrure d’un chat et le vestige d’une robe en serge noire d’enfant. Robes sans pareilles, ostentatoires, un peu trop volumineuses, modifiant le corps à chaque fois complètement, dont on sait quel il est, puisqu’on l’a vu, en chemise, tout mince, avant qu’il revête ces soies, ces toiles, ces cotons et ces peaux, se farde, se contemple, se coiffe devant un grand miroir absent. Mais les âmes changent avec les étoffes, les époques, le temps qu’il fait, les rôles qu’on joue, les fonctions que l’on occupe, les masques que l’on porte, les âges, les situations, les liens, les désirs. C’est tout ce qui reste de Peau d’âne.
Un vieux sac, bien réel, au fond de la scène, bien visible même s’il est sombre. Il est plus grand qu’un corps humain. Il s’appelle Tô-zâ en otomi. On pourrait d’ailleurs loger un corps humain à l’intérieur de cette grosse outre faite dans une sorte de cuir marron foncé, ou noir, derrière lequel il est possible de se dissimuler entièrement, de vivre, de se changer, de déposer ses masques, de suspendre ses robes, de délacer ses chaussures.
Une table plus ou moins réelle, côté cour, où travailler, manger, lire.
Le cadre d’un grand miroir vide, complètement imaginaire, côté jardin.
Le bord de scène est une rive abrupte, le bord d’un gouffre dangereux, au-delà duquel sont assemblés des animaux hostiles.

Challenge RL 2015Pascal Guignard
Princesse Vieille Reine
Editions Galilée, Août 2015, 64 pages

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