Prières pour celles qui furent volées – Jennifer Clément

Jennifer Clement - Prières pour celles qui furent volées - Flammarion

- Rentrée littéraire 2014 –

Prières pour celles qui furent volées se déroule au Sud du Mexique, dans l’état du Guerrero, dans un endroit isolé où ne vivent que les femmes et les enfants. Dans cet état, il ne nait que des garçons ; les hommes partent et ne reviennent pas.

Naître fille est tellement dangereux qu’aucune femme n’avoue avoir accouché d’une fille, jamais. Les filles sont enlaidies, cloîtrées chez elles et ne sortent jamais. La peur intrinsèque, c’est l’arrivée des 4X4 noirs, de la mafia mexicaine, des barons de la drogue, qui viennent pour enlever les belles filles de cet endroit misérable, pauvre et oublié de tous.

Lorsque les 4X4 arrivent, les filles s’enterrent dans les trous creusés à même le sol, pour se cacher, mais encore faut-il entendre les voitures arriver …

Et c’est là que vit Ladydi, très jolie jeune fille de 14 ans, avec sa mère cleptomane et alcoolique qui passe les week-end à Acapulco pour faire des ménages pour une riche famille depuis que son mari et père de Ladydi est parti, et n’est jamais revenu, comme tous les autres.

Le sujet est intéressant et original, et si l’association Mexique/drogue est attendue, celle du vol de jeunes filles, de la misère ambiante et constante, de l’absence d’espoir d’amélioration d’une vie meilleure, l’est beaucoup moins.

Les personnages sont touchants, aussi bien Ladydi et sa mère complètement paumée, que la voisine et copine Maria, avec qui Ladydi partage certains désirs et secrets, Ruth l’esthéticienne, qui donne quelques instants de féminité partagée, et surtout Paula, la plus jolie des jeunes filles volées qui, un jour, contrairement aux autres et contre toute attente, revient et … non, ne peut pas raconter.

C’est un livre facile à lire, qui ne nécessite pas une grande concentration, et qui déroule son récit de façon aérée et fluide, malgré le côté difficile du sujet traité.

Le récit est campé dans une ambiance bien rendue, on imagine très bien la misère ambiante, la chaleur étouffante et la poussière grisâtre, on voit les ignanes qui se faufilent et contournent les champs de pavots, et plus que tout, on sent flotter cette colère de l’injustice, cette pauvreté persistance et cette rage, cette rage de s’en sortir, malgré tout.

Si la deuxième partie du roman est un petit peu moins prenante, elle reste néanmoins agréable à lire, et ce roman reste un bon moment de lecture intéressant et quand même, assez étonnant.

Les premières lignes :

- Maintenant, on va te faire laide, a dit ma mère.
Elle a siffloté. Sa bouche était si près de moi qu’elle a envoyé des postillons sur mon cou. Elle sentait la bière. Dans le miroir, je l’ai regardée frotter le morceau de charbon sur mon visage.

La présentation des éditions Flammarion (4e de couverture) :

Ladydi, quatorze ans, est née dans un monde où il ne fait pas bon être une fille. Dans les montagnes du Guerrero au Mexique, les femmes doivent apprendre à se débrouiller seules, car les hommes ont les uns après les autres quitté cette région pour une vie meilleure. Les barons de la drogue y règnent sans partage. Les mères déguisent leurs filles en garçons ou les enlaidissent pour leur éviter de tomber dans les griffes des cartels qui les « volent ». Et lorsque les 4X4 patrouillent dans les villages, Ladydi et ses amies se cachent dans des trous creusés dans les arrières-cours, pareilles à des animaux qui détalent pour se mettre en sécurité. Alors que la mère de Ladydi attend en vain le retour de son mari, la jeune fille et ses amies rêvent à un avenir plein de promesses, qui ne serait pas uniquement affaire de survie.
Portrait saisissant de femmes sur fond de guerre perdue d’avance, Prières pour celles qui furent volées, écrit dans une langue brûlante et charnelle, est une histoire inoubliable d’amitié, de famille et de courage.

Jennifer CLEMENT, Prières pour celles qui furent volées
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Patricia Reznikov
Parution : Août 2014, Flammarion, 272 pages
Original : Prayers for the Stolen

Challenge RL 2014 Le Mois americain

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(Dernière mise à jour : 29/09/2014)

12 réflexions au sujet de « Prières pour celles qui furent volées – Jennifer Clément »

  1. Bon, bien que ça ait l’air follement gai et optimiste, j’y réfléchirai plus tard (déjà que j’ai du mal avec les livres de femmes et de filles, mais en plus dans ses conditions, tu vois quoi…)
    Tu sais que j’ai déjà lu un billet là dessus et impossible à retrouver…

    • Galéa, c’est un livre très « fille », donc si tu as du mal avec les livres de femmes et de filles, je dirai ….. passe ton tour ;-)

    • Jérome, j’ai oublié de dire que c’était un livre assez « féminin », et je t’avoue que je ne te le conseillerais pas avec insistance ;-)

  2. le sujet a l’air très sombre mais intéressant… peut-être pas dans ma LAL prioritaire de la rentrée littéraire, mais je note pour plus tard…

  3. Les premières lignes sont saisissantes… je verrai si je le trouve à la bibliothèque (sans doute plus facilement que la rentrée littéraire française toujours prêtée)

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