Pornographia – Jean-Baptiste Del Amo

Jean-Baptiste Del Amo - Pornographia - Gallimard

Avec Pornographia, récompensé par le Prix Sade 2013, Jean-Baptiste Del Amo nous offre un roman enrobé de noirceur poétique, où la violence et le sexe cohabitent avec la misère et la mort.

Pornographia est un roman dont le titre révèle parfaitement ce que le lecteur va trouver. Un homme à la dérive, qui tente de retrouver le jeune putain avec qui il a passé une nuit. Entre errance et espérance, cette quête s’effectuera dans un pays sale et miséreux – jamais cité mais qui ressemble fort à Cuba – dans un monde où gitons et putains pullulent, où la saleté et la puanteur dominent, où le sexe prédomine, entre miasmes, foutres, urines, sueurs et sécrétions de toutes sortes.

Comme le narrateur nous raconte cette quête à la première personne du singulier, cette histoire possède un côté très réaliste, et fascine d’autant plus qu’elle semble avoir été vécue. Elle est en même temps entourée d’un côté nuageux, hors du temps et de tout lieu, comme s’il s’agissait d’une vision fantasmée du narrateur.

Chaque ligne est à la fois très noire, la mort est plus présente que la vie, les blessures sont béantes, le sang et le sperme s’écoulent sans pudeur, mais la sensualité et la mélancolie qui se dégagent de chaque page font s’atténuer voire s’effacer cette première impression de déchéance. Ce monde où la pourriture et l’infection sont partout est décrit et raconté avec une poésie latente qui s’oppose aux mots crus utilisés, et fait s’éloigner toute répugnance. La sensualité qui se dégage des pages de Pornographia est réelle et enveloppe la désolation de cette histoire, d’un voile de douce tristesse et d’un charme indéniable.

La lecture de Pornographia enchantera les lecteurs qui découvriront sans jugement ce monde décadent, emporté par le style puissant et envoûtant de Jean-Baptiste Del Amo, où la volupté qui se dégage du texte l’emporte sur la triste violence qui enveloppe son contenu.

Prix Littéraires
Prix Sade 2013




Les premières lignes de Pornographia :

« Au soir des obsèques, le long du front de mer, je marche à travers les embruns, le fracas des vagues atomisées sur le béton dans le crépuscule, et je laisse mon regard errer à la surface des façades en lambeaux. Au milieu de ceux qu’il me faut désigner comme miens, dans une maison dont les recoins ternes et les odeurs du tiroir ne m’évoquent plus rien, j’ai été saisi d’un malaise. »

La présentation Gallimard de Pornographia :

« À la tombée de la nuit, je marche vers l’océan, longeant les murs parmi les ombres dans un grand silence. Je respire un effluve tenace, une essence aux notes d’abattis, de fleur pourrissante, un remugle charnel et végétal, mais je ne peux déterminer s’il émane de mon haleine ou de la ville, puisque je marche à cette heure où les murs suent et exhalent un long soupir. »

Après Une éducation libertine (2008) et Le sel (2010), on retrouve avec Pornographia, récit d’une errance hallucinée dans la nuit d’une ville tropicale, l’univers sensuel et violent de Jean-Baptiste Del Amo.


Jean-Baptiste DEL AMO
Pornographia
Parution : Mars 2013 – Gallimard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>