Police – Hugo Boris

hugo-boris-police-grasset

Avec Police, Hugo Boris met à mal les certitudes de trois policiers, deux hommes et une femme, qui ont pour mission d’amener un homme à l’aéroport de Charles de Gaulle, pour qu’il soit reconduit dans son pays, au Tadjikistan.

Disons le tout de suite, ce livre bien pensant et d’une grande moralité m’a agacée (l’humeur ne devait pas être au rendez-vous lors de sa lecture).

Un petit rappel du sujet. Lors du trajet, en prenant connaissance des documents relatifs à leur homme, les policiers estiment que la décision de reconduite à la frontière n’est pas justifiée. Ils vont se demander s’ils doivent ou non faire leur travail ou au contraire, faire acte de désobéissance et laisser l’homme s’échapper.

On est plus efficace quand on n’a pas trop d’empathie, la distance est plus juste.

Malgré la volonté louable de Hugo Boris d’interroger l’humanité des policiers, la lecture de Police m’a laissée l’impression d’un livre manquant (beaucoup) de consistance. Dans la vie réelle, un homme n’est pas reconduit à la frontière sur un coup de tête, après un jeu de pile ou face, à la suite d’une décision prise par des personnes nécessairement stupides. Même si l’on ne peut jamais exclure les erreurs judiciaires, le « dossier » du Tadji est assez caricatural, et il faut donc partir du principe qu’à part nos trois gentils policiers sauveurs de l’humanité, toutes les autres personnes intervenues au préalable étaient toutes méchantes ou d’une incompétence crasse.

Peut-être pour expliquer la compassion de nos trois flics « rebelles » – qui m’ont donné l’impression d’être tournés en ridicule (en particulier au moment de la scène dans la forêt avec des hésitations et des échanges d’une rare faiblesse) et leur fournir un peu d’épaisseur, Hugo Boris leur dresse un portrait aussi caricatural que le reste. Le chef Erik a des réactions exacerbées, Virginie est enceinte du troisième policier, Aristide, mais a décidé d’avorter. Aristide est donc le père de ce futur enfant avorté qui ne vivra pas. Tous ont des failles, des problèmes dans leur vie, mais au fond, ce sont des bonnes et des gentilles personnes. L’excès de bienveillance a joué sur mes nerfs.

A la fin de cette lecture, pour tenter de comprendre ce qui m’avait échappé au vu l’enthousiasme quasi unanime autour du roman, j’ai écouté la présentation du livre par Hugo Boris. Il explique avoir enquêté, avoir voulu écrire un livre qu’on ne pouvait pas lâcher et raconter une histoire portant un regard différent sur la police.

L’intention est bonne certes, mais l’explication ne m’a pas convaincue. Si la simplicité du style en facilite en effet la lecture, qui est très accessible, certains passages auraient mérité plus de subtilité. Au final, le regard porté sur la police m’a semblé bien peu flatteur et pas si différent que celui annoncé. C’est un métier dans lequel l’humanité et les doutes ont aussi leur place. Je n’en avais jamais douté.

Lire aussi l’avis réservé de Delphine et de Sandrine à qui il a manqué un je ne sais quoi.

Lecture commune avec Béa, qui a adoré, comme presque la quasi majorité des avis enthousiastes, comme ceux de Antigone, Fleur, Léa, Alex, Canel, Kathel, Virginie, Brize, Eva.


Les premières lignes de Police :
(Lire un extrait plus long)

Le sang sur son treillis n’est pas le sien. Elle est intervenue sur une bagarre plus tôt dans la journée, se sera salie à cette occasion. Elle est seule dans le vestiaire, debout à côté du lavabo, jambes nues sur le carrelage, à fouiller parmi les pantalons de son casier.

La présentation des éditions Grasset :

Ils sont gardiens de la paix. Des flics en tenue, ceux que l’on croise tous les jours et dont on ne parle jamais, hommes et femmes invisibles sous l’uniforme.

Un soir d’été caniculaire, Virginie, Érik et Aristide font équipe pour une mission inhabituelle : reconduire un étranger à la frontière. Mais Virginie, en pleine tempête personnelle, comprend que ce retour au pays est synonyme de mort. Au côté de leur passager tétanisé, toutes les certitudes explosent. Jusqu’à la confrontation finale, sur les pistes de Roissy-Charles-de-Gaulle, où ces quatre vies s’apprêtent à basculer.

En quelques heures d’un huis clos tendu à l’extrême se déploie le suspense des plus grandes tragédies. Comment être soi, chaque jour, à chaque instant, dans le monde tel qu’il va ?


Hugo BORIS
Police
Grasset, Août 2016, 198 pages.

17ème lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2016

28 réflexions au sujet de « Police – Hugo Boris »

  1. Coralie nous avait partagé ton avis lors de la dernière émission des Bibliomaniacs et cela m’avait étonnée car je n’ai pas du tout ressenti le roman de cette façon. Je n’y ai pas vu de morale mais simplement une histoire d’hommes et de femmes. En revanche, je te fais confiance quand tu dis que l’histoire de la reconduction à la frontière du tadjik est caricaturale (même si je ne l’avais pas vu ainsi).

    • Je suis passée totalement à côté de ce livre. Et puis, quand l’agacement commence à prendre le dessus lors d’une lecture, c’est presque instinctif et difficile à contrôler. Même en voulant l’aimer, je n’ai pas réussi …

  2. J’ai beaucoup aimé moi aussi, ces personnages « normaux » qui , je trouve, se révèlent dans cette histoire, mais bon, je comprends, quand on passe à côté d’un livre, c’est pas agaçant

  3. …et ce n’est pas très fréquent chez toi :-)
    Hugo Boris génère des réactions…contrastées je crois ; je me souviens d’une copine du club de lecture qui n’avait pas de mots assez durs pour accabler  » la délégation norvégienne  » que d’autres, dont moi, avaient trouvé jubilatoire

    • Je choisis les livres que je lis à 99%, il est donc très rare que je me trouve à lire un livre imposé (je ne prends pas les SP imposés, mais il reste les cadeaux :-)), et je choisis des livres qui m’intéresse pour une raison ou une autre et que je pense aimer. Mais parfois, je me trompe ! Bon, la délégation norvégienne, ce sera une autre fois (au jamais …)

  4. Aaaah, voilà ce que j’aime dans la lecture des blogs : des avis diamétralement opposés et étayés, qui se complètent et se répondent. Je trouve ta chronique particulièrement intéressante et éclairante. En regard d’autres que j’ai pu lire sur ce roman, elle finit de me donner envie de m’en faire mon propre avis. Merci de cette franchise pertinente !

    • Merci Lili pour ton message, et je suis comme toi, quand les avis sont très différents, j’ai envie de me faire mon propre avis (c’est ce que j’ai fait notamment avec Céline Minard et Laurent Mauvignier, quoiqu’avec Céline Minard, les avis penchent surtout d’un côté).

  5. Oh oui la douche froide !!!! Je n’avais lu que des avis très positifs mais là .. bon et puis tu racontes une partie de l’histoire (il le relâche à la fin, la grossesse..) je pense que ça traduit une déception chez toi, non ? – je réagis comme toi – quand on entend ou on lit du très bien d’un roman et qu’à la lecture on ne cesse d’être déçue (j’ai eu la même sensation cette année avec un polar encensé) – bon là, tu parles aussi bien de la consistance des personnages que du style et là ça m’inquiète. Après je pense à l’avis d’Eva ou celui de Coralie (dans les commentaires) et je me dis que c’est intéressant cette lecture totalement à l’opposé ! Merci pour ce billet rafraichissant si tôt ce matin !

    • Je n’ai pas voulu raconter l’histoire, mais j’en dis peut-être un peu trop en effet. Comme tu dis, je suis tellement déçue par ce roman, que je me suis emballée (et j’ai même l’impression de m’être auto-limitée …). Après, je suis passée à côté de ce roman, c’est évident, et j’ai peut-être raté le sens profond du message, qui était peut-être trop enfoui pour moi … Je ne pensais pas être rafraichissante, mais tant mieux !

  6. hello ! Je ne me suis pas dit que ce livre était bien pensant dans le sens où les flics utilisent clairement cette « distraction humaniste » parce que ça les arrange sur le moment pour des raisons intimes.On voit bien que tout le long les choses n’ont rien à voir avec le réfugié. on ne parle presque pas de lui mais seulement de ce qui se joue entre les flics. Moi j’ai adoré ce livre mais pas du tout parce qu’il laissait penser ce que tu y as vu, c’est bizarre. Niveau écriture je l’ai trouvé vraiment excellent, je ne trouve pas du tout que les personnages sont caricaturaux, les descriptions se placent à chaque fois de leur côté donc sont un peu plus taillées au gros ciseaux pour le moins subtil. Je pense juste que c’est l’histoire de trois bordels émotionnels humains enfermés dans une voiture et ça marche parfaitement pour moi. Le type qu’ils reconduisent est une personne différente pour chacun d’entre eux, ils projettent ce qu’ils veulent sur lui. Je ne trouve pas que les flics en ressortent grandis, humains oui mais on savait que les flics étaient des humains, je dirais plutôt soumis à des émotions brutales et à une grande fatigue ! :) mais ton avis me passionne je me demande si j’ai encore une fois lu un livre à côté de ce qu’il était car si l’auteur a vraiment dit ce que tu dis dans un but de défense des flics c’est totalement raté pour moi ahah

    • Je n’ai pas accédé à ton niveau de lecture, je suis restée au premier niveau, notamment parce que j’avais en tête le sujet avant de le lire, et je ne suis pas allée au-delà. C’est clair que ce livre est très caricatural pour moi, et que s’il se lit très vite et très facilement, je ne dirai pas que l’écriture est excellente. Merci beaucoup de ton éclairage, je vois ce livre d’une autre facette maintenant, que je n’avais pas du tout appréhendé. :-)

      • j’ai un avis assez similaire à celui de Coralie, en fait on ne sait quasiment rien du clandestin expulsé, il pourrait être une ombre, ce serait la même chose. C’est plutôt que cette expulsion se passe une nuit où deux policiers sont sous tension pour une raison personnelle (l’avortement) et le troisième traverse une période de gros doutes professionnels et se laisse embrigader dans le pétage de plombs des deux autres –
        Si cela n’avait pas été une expulsion, mais une autre mission inhabituelle où il n’y a pas de réflexes, d’habitudes, de cadrage naturel – tout aurait basculé de la même manière je pense.
        Donc de mon point de vue, ce n’est pas un livre bien pensant, et la fin (Virginie) peut être vue comme assez immorale…

        • Mais, mais, mais, vous l’avez lu ensemble ;-) Sérieusement, c’est intéressant de voir notre différence de point de vue. A certains passages, ça dégouline vraiment de bons sentiments pour moi. Sinon, je suis d’accord en effet, on ne sait pas grand chose du clandestin, ce qui ne me choque pas vu que le sujet (me semble-t-il) est d’axer l’action autour des policiers, de leur métier et de la difficulté de l’exercer, au regard en effet de la vie personnelle et de la moralité.

  7. Encore un livre que tout le monde semble avoir lu… ça sera sans moi. Je vois aussi partout « Chanson douce », « Petit pays » : ça fait 3 livres en cette rentrée… Si certains me tentaient au départ, c’est fini… (tu vois moi aussi, je suis de méchante humeur parfois :-) )

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>