Plus haut que la mer – Francesca Melandri

Francesca Melandri - Plus haut que la mer - Gallimard

Un homme et une femme, Paolo et Luisa, vont se rencontrer dans des circonstances peu romantiques. Ils vont chacun de leur côté rendre visite à un proche sur une île, mais il ne s’agit pas d’une île de villégiature. Sur cette île se trouve, Plus haut que la mer, une prison de haute sécurité pour grands criminels.

Chacun de leur côté, ils remplissent leur devoir de visite, chacun de leur côté, ils vivent avec pudeur leur passé et leur fardeau, leur souffrance et leurs blessures. Le fils de Paolo est un révolutionnaire qui a commis plusieurs crimes politiques. Le mari de Luisa est un homme violent, qui a lui aussi déjà tué à plusieurs reprises. C’est dans cet éloignement qu’ils vont se retrouver, dans cette ambiance mêlant malheur et douceur, dans cette atmosphère de vent, de mer et de tempête enveloppante qu’une connivence va se créer.

Je dois avouer qu’à la suite des avis dithyrambiques lus sur ce roman, je m’attendais à un coup de coeur énorme, à être transportée très loin dès les premières pages. Ce transport a eu lieu, mais seulement à partir de la seconde moitié du roman. Au cours de la première partie, la lecture fut certes très plaisante, la plume de Francesca Melandri est d’une grande finesse et d’une grande beauté, mais sans démesure.

En revanche, les mots se sont infiltrés en moi petit à petit, le transport attendu est arrivé au fur et à mesure de la lecture, pour ne plus me quitter jusqu’à la dernière ligne. C’est joli, c’est subtil, les sentiments sont finement exposés, les regards deviennent brûlants, sans jamais tomber dans la romance facile, ni dans de lourds clichés. J’ai été particulièrement touchée par la sincère simplicité de Luisa, femme plus forte qu’elle ne croit, qui se retrouve seule à devoir subvenir aux besoins de ses enfants, mais qui ne se plaint pas. Grâce à cette île, Luisa verra la mer pour la première fois, grâce à cette île, elle sera bouleversée aussi par un homme pour la première fois.

Bien plus haut qu’une simple histoire d’amour, quand la pureté de la nature et des sentiments se rencontrent sous la jolie plume italienne de Francesca Melandri, cela donne un magnifique roman.

Les avis de Anne, Clara, Kathel, Krol, Dasola, Florence, Dominique et Valérie.


Les premières lignes de Plus haut que la mer :

L’air épicé, ça non, ils ne s’y attendaient pas.
Ils avaient toujours pensé qu’ils arriveraient la nuit et d’ailleurs, quand on vint les prendre dans toutes les prisons d’Italie, le ciel était noir comme une carie.

La 4e de couverture des éditions Gallimard :
(ou lien direct site Gallimard avec un extrait)

1979. Paolo et Luisa prennent le même bateau, chacun de son côté, pour se rendre sur l’Île. Mais ce n’est pas un voyage d’agrément, car c’est là que se trouve la prison de haute sécurité où sont incarcérés le fils de Paolo et le mari de Luisa. Ce dernier est un homme violent qui, après un meurtre commis sous le coup de la colère, a également tué un surveillant en prison, tandis que le premier a été reconnu coupable de plusieurs homicides politiques sur fond de révolution prolétarienne. L’homme et la femme ne se connaissent pas, Paolo est professeur de philosophie, mais il n’enseigne plus ; Luisa, elle, est agricultrice et élève seule ses cinq enfants. À l’issue du voyage et de la brève visite qu’ils font au parloir de la prison, ils ne peuvent repartir comme ils le devraient, car le mistral souffle trop fort. Ils passent donc la nuit sur l’Île, surveillés par un agent, Pierfrancesco Nitti, avec qui une étrange complicité va naître. Pour ces trois êtres malmenés par la vie, cette nuit constitue une révélation et, peut-être aussi, un nouveau départ.
Avec Plus haut que la mer, Francesca Melandri livre un deuxième roman incisif et militant, une superbe histoire d’amour et d’idées qui est aussi une subtile réflexion sur le langage, celui de la politique et celui du monde dans lequel nous vivons.


challenge italieChallenge petit bac 2015Francesca MELANDRI
Plus haut que la mer
Traduit de l’italien par Danièle Valin
Gallimard, Février 2015, 208 pages
VO : 2011, Più alto del mare

20 réflexions au sujet de « Plus haut que la mer – Francesca Melandri »

  1. Un de mes coups de cœur 2015. J’aime ta chronique qui décrit bien la subtilité de ce roman. L’auteur aurait pu tomber dans de nombreux écueils avec un tel sujet, mais il n’en n’est rien. Une plume à suivre…

  2. Bonjour Laure, merci pour le lien sur un roman qui m’a autant plu qu’à toi. J’en profite de pour te souhaiter une très bonne année 2016 avec tout plein de bonnes choses et en particulier de belles lectures.

    • Merci Dasola, j’espère que l’année serait également très bonne pour toi, et à côté des bons livres, je te souhaite aussi de très bons films, comme tu sais souvent en trouver :-)

  3. Pour moi, c’était un vrai coup de coeur, mais avoir lu des avis dithyrambiques freine parfois un peu la lecture, je comprends ça… enfin, tu l’as trouvé magnifique, c’est ce qui compte ! ;-)

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