Le plancher de Jeannot – Ingrid Thobois

Ingrid Thobois - Le plancher de Jeannot - Buchet Chastel Coup de coeur !

A l’origine de la création du Plancher de Jeannot, la narratrice, Paule, la soeur, raconte avec la poésie des mots bruts et concis, des ellipses et de la souffrance, le drame d’une vie de famille, comme une confession, comme une déclaration intime à son frère.

La 4e de couverture vous éclairera sur l’histoire de manière académique d’une information éditeur, mais c’est presque dommage d’en savoir trop. Je vous propose aujourd’hui de ne pas vous en dire plus, vous pourrez toujours lire le résumé plus bas.

Car justement, le grand intérêt de cette histoire – issue d’un drame réel – est de se laisser découvrir, de se laisser dévoiler grâce à la construction non académique, au style merveilleusement envoûtant, au pouvoir des phrases et de la littérature.

Certains livres marquent en raison de l’originalité du style ou de la narration, de la force des mots ou de l’imagination, des personnages principaux ou secondaires, de l’ambiance ou des silences, des descriptions ou des échanges. Et puis, certains livres marquent en raison de tout cela.

C’est le cas de ce livre, un petit texte d’une très grande puissante terrienne et brutale, pure et humaine, qui retourne les sens et les sangs, sans violence et sans vulgarité, il remue, trifouille, surprend, touche et malmène la raison et le bon sens, mais aussi les mots et les phrases, les silences et les sens. C’est pertinent, concis et percutant.

Ce magnifique texte est tellement fort, que je regrette d’avoir attendu si longtemps avant de le lire d’un souffle, en apnée, et donne vraiment envie d’en savoir plus sur l’auteure, Ingrid Thobois (site internet d’Ingrid Thobois).

Merci à Jérôme et Noukette, sans qui je n’aurais jamais lu cette petite merveille, que je range dans la catégorie des textes à part, qui mettent mal à l’aise et bousculent, que je rapprocherais du dérangeant Le Puits même s’il ne s’agit pas ici d’un conte, mais d’une histoire issue d’un fait divers bien réel.

Plancher de JeannotCar le Plancher de Jeannot existe. Oeuvre d’art ou testament d’un jeune agriculteur béarnais ? Jeannot, schizophrène, gravera le plancher de la chambre en 1972 en lettres majuscules, avant de se laisser mourir d’inanition à 33 ans (1939-1972).

Les premières lignes :

Trente-trois ans, Jeannot. les gens, c’est tout ce qu’ils ont retenus.
Tu as été vite, comme du bois mort : le temps de mettre le feu au reste et puis qui disparaît avec tous ses secrets.
Moi, c’est que tu aies pu vivre si longtemps que je comprends pas.

La 4e de couverture des éditions Buchet- Chastel
(ou lien direct site Buchet Chastel)

À la mort de son père, Jeannot est contraint de quitter dans l’urgence l’Algérie et la guerre : c’est à lui, désormais, de s’occuper de la ferme, de sa mère et de sa sœur Paule. Cette famille du Béarn, réduite à un trio fusionnel, va progressivement se couper du monde et s’enfoncer dans un délire paranoïaque dont témoigne, aujourd’hui encore, le « Plancher de Jeannot », exposé à l’entrée de l’hôpital Sainte-Anne à Paris.
La voix de Paule, brute et poétique, s’élève pour nous faire entendre le récit de cette tragédie familiale, librement inspiré d’une histoire vraie. Dans une langue envoûtante, ce monologue aux résonances antiques nous mène aux frontières du silence pour nous hanter durablement.

Challenge rentrée d'hiver 2015Ingrid THOBOIS
Le plancher de Jeannot
Buchet Chastel, Mars 2015, 78 pages

12 réflexions au sujet de « Le plancher de Jeannot – Ingrid Thobois »

  1. Au début quand j’ai vu le titre, j’ai crû que tu présentais un roman pour enfants (dans ma tête Jeannot> Jeannot Lapin!)
    J’ai peur que ce soit un peu glauque pour moi, mais j’ai beaucoup aimé le Puits, donc je pense que je vais me laisser tenter…

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