La parole contraire – Erri de Luca

Erri de Luca - La parole contraire - Gallimard

La parole contraire est la défense de Erri de Luca, avec ses propres phrases, les mots qu’il a choisis d’utiliser pour se défendre dans le procès qui lui est intenté pour « incitation au sabotage » des travaux de la ligne de TGV Lyon-Turin.

Pour se défendre et défendre sa liberté d’expression.

En quelques mots ? TGV Lyon-Turin = tunnel d’environ 60 km, amiante, marchés publics, soupçon de fraude, de corruption, de lien avec la mafia, appels d’offres irréguliers, milliards d’euro ….

Le projet de TGV Lyon-Turin ne fait pas l’unanimité. Des affrontements violents ont opposé les forces de l’ordre italiennes aux opposants en 2011, des sabotages ont eu lieu. Erri de Luca soutient les « NO TAV », les habitants du Val de Suze qui se battent contre ce projet. En septembre 2013, dans une interview au Huffington Post, il déclare que le projet doit être saboté. La société franco-italienne Lyon-Turin-Ferroviaire (LTF) porte plainte et Erri de Luca est mis en examen en janvier 2014. Il risque une peine de prison entre 1 et 5 ans.

Dans ce petit texte engagé, Erri de Luca défend vigoureusement sa liberté d’expression, le droit d’un écrivain à l’opposition, le droit à La parole contraire. Ces phrases sont courtes et pertinentes. Elles touchent justes, très justes. Il dresse également un portrait esquissé du projet ferroviaire, mais son projet à lui, ce n’est pas tant se battre contre la ligne TGV Lyon-Turin, que se battre pour sa liberté de penser, pour sa liberté de parole.

Lors de l’audience qui s’est tenue au Tribunal de Turin le 28 janvier 2015, Erri de Luca a exprimé son opinion, son droit de mettre en doute la pertinente de ce projet, son droit d’homme et d’écrivain de s’exprimer, sa définition extensive du terme « saboter » qui dépasse l’interprétation juridique restrictive et matérielle qu’en fait la LTF. Il ne s’agit pas de juger ici, il s’agit de lire un texte d’un grand courage un texte qu’il a choisi de publier, contre l’avis de ses avocats, pour défendre son droit à la parole contraire. Essentiel.

Si Erri de Luca est condamné, il ne fera pas appel. La prochaine audience est fixée mi-mars 2015. A noter que l’office anti-fraude européen (Olaf) a décidé d’ouvrir une enquête sur ce projet. Affaire à suivre.

L’avis de Jérôme, qui m’a donné envie de lire ce livre, qui participe au projet non-fiction de Marilyne.

Les premières lignes de La Parole contraire :

Chronologie

Septembre 2013, la LTF, société de construction de la ligne TAV Turin-Lyon, annonce qu’elle a porté plainte contre moi pour des phrases dites et publiées par le Huffington Post Italie et l’Ansa. La plainte est déposée le 10 septembre 2013 auprès du parquet de Turin.

La présentation par les éditions Gallimard :

«Je revendique le droit d’utiliser le verbe « saboter » selon le bon vouloir de la langue italienne. Son emploi ne se réduit pas au sens de dégradation matérielle, comme le prétendent les procureurs de cette affaire.
Par exemple : une grève, en particulier de type sauvage, sans préavis, sabote la production d’un établissement ou d’un service.
Un soldat qui exécute mal un ordre le sabote.
Un obstructionnisme parlementaire contre un projet de loi le sabote. Les négligences, volontaires ou non, sabotent.
L’accusation portée contre moi sabote mon droit constitutionnel de parole contraire. Le verbe « saboter » a une très large application dans le sens figuré et coïncide avec le sens d’ »entraver ».
Les procureurs exigent que le verbe « saboter » ait un seul sens. Au nom de la langue italienne et de la raison, je refuse la limitation de sens.
Il suffisait de consulter le dictionnaire pour archiver la plainte sans queue ni tête d’une société étrangère.
J’accepte volontiers une condamnation pénale, mais pas une réduction de vocabulaire.»

Le mélange des genresChallenge rentrée d'hiver 2015Erri de LUCA
La parole contraire
Traduit de l’italien par Danièle Valin
Janvier 2015, Gallimard, 48 pages

10 réflexions au sujet de « La parole contraire – Erri de Luca »

  1. J’ai fait mon billet avant le premier procès, je craignais le pire… il va falloir encore attendre un peu avant d’avoir le verdict, mais en tout cas j’admire le courage de cet homme et sa liberté d’expression.

    • Surtout quand ils s’engagent pour la liberté d’expression et la liberté de parole. Je trouve d’ailleurs ce titre, La parole contraire, particulièrement bien choisi.

  2. Je prévois de lire ce texte aussi ; j’ai vu que l’audience était reportée en mars, j’espère qu’il ne sera pas condamné, mais on ne peut jamais être sûr de rien en ces temps où seul compte le profit maximum.

    • J’espère aussi qu’il ne sera pas condamné. Même s’il a tenu les propos contestés, cela me parait hallucinant qu’une peine de prison puisse s’appliquer.

  3. Un autre livre qui est fait par un opposant français, « trafics en tous genres » aux éditions tim buctu

    «Une analyse fouillée des mécanismes et méthodes employés pour lancer les grands projets, avec l’exemple emblématique de la ligne à grande vitesse Lyon-Turin.» Reporterre

    «Daniel Ibanez, opposant au projet de liaison ferroviaire à grande vitesse entre Lyon et Turin, explique ce qui l’a motivé. Et la seule question qui vaille, pour lui, est celle de l’intérêt général et de l’utilité publique d’un projet.» Politis

    «Son témoignage est d’autant plus intéressant qu’à travers l’exemple du Lyon-Turin on découvre surtout ce que sont un «grand projet inutile» et les méthodes utilisées pour l’imposer.» Libération

    «Daniel Ibanez, vient ainsi de publier un livre dans lequel il rappelle les arguments qu’il développe depuis plusieurs années, notamment sur l’absence de rationalité économique du projet.» Les Echos

    «Ce livre donne des informations factuelles avec des documents officiels référencés et sous une forme qui s’apparente au roman policier montre comment chaque citoyen peut accomplir une telle enquête.» Le Dauphiné

    «Trafics en tous genres livre des éléments à un débat qui n’a jamais été vraiment ouvert.» Enviscope

    «Il décortique l’ensemble du projet Lyon-Turin.» L’Age de Faire

    «Dans la société civile, il représente le contradicteur le plus structuré et donc le plus redoutable pour LTF. Son livre paru récemment, « Trafics en tous genre, le projet Lyon-Turin » (2) recense les points faibles de ce projet dont le modèle économique n’est toujours pas défini.» Mobilicité

    Daniel Ibanez «s’attache à montrer les incohérences du dossier… et utilise, extraits à l’appui, les textes … pointant des  » prévisions erronées, des coûts sous-évalués et des alternatives peu ou pas étudiées « ». Le Monde

    «Pour connaître les autres arguments des opposants, les mensonges sur les chiffres, la pression des grands lobbys … l’implication de la mafia, il faut lire l’ouvrage de Daniel Ibanez…» Le Canard Enchaîné

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