Un parfum d’herbe coupée – Nicolas Delesalle

Nicolas Delesalle - Un parfum d'herbe coupée - Préludes (Avis de Valérie)

Ce roman est un peu déroutant parce qu’il ne ressemble pas du tout à un roman dans la forme. Ce n’est qu’après l’avoir lu que j’ai remarqué que les souvenirs qui sont évoqués sont ceux de Kolia, personnage d’un roman donc et non de Nicolas Delesalle, auteur. Mais les chapitres qui sont donc des extraits de vie ont tellement un goût de réel que je soupçonne l’auteur d’y avoir mis une bonne part de ses propres souvenirs. Je n’étais pas tentée par cette lecture, je n’ai pas choisi ce roman. Et comme souvent en ce moment avec ces romans dont je n’attends rien, il est parvenu à me cueillir, tout simplement parce que le lecteur se retrouve souvent dans les situations vécues et que Nicolas Delesalle parvient à y mettre de l’émotion sans jamais sombrer dans le pathos.

Je vous mets au défi de ne pas avoir une petite pensée émue pour celui ou celle avec qui vous avez échangé votre premier baiser (un fils d’italien pour moi, ce qui pendant des années, m’a donné envie d’en faire un critère de sélection pour mon futur mari, jusqu’à ce que je me rende compte que c’était finalement un critère un peu restrictif, ce jeune homme et celui qui suivit furent sans doute à l’origine de mon envie de faire italien troisième langue, langue que j’aime toujours immensément). L’auteur décrit parfaitement le mystère que peut évoquer pour deux ados cette découverte de la langue de l’autre (et là, je ne parle pas de l’italien), même si lui se souvient surtout de ce qui précède l’acte et moi surtout des papillons dans le ventre qui y restent pendant des heures.

Les mères seront sans doute émues par cette phrase :

Ma mère ne s’invente pas, aucune mère ne s’invente, mais la mienne encore moins que les autres. J’ai dix ans et j’en suis amoureux.

Vous sourirez quand Kotia goûtera sa première hostie et qu’il se rendra compte qu’il a été le jouet de la plus grande supercherie de tous les temps :

Jésus n’a aucun goût, il est fade, il colle aux dents.

Nicolas Delesalle a le sens de la formule et nous fait autant sourire qu’il nous touche. Bien sûr, le chapitre sur les profs qu’on n’oublie pas pour diverses raisons m’a séduite, on espère tous être ce prof. Nicolas Delesalle est presque parvenu à me tirer une larme dans le chapitre sur la mort du chien, et ça, je vous assure que c’est un exploit ; je pense que beaucoup d’entre vous se retrouveront dans ce passage. Et puis il y a ce très beau chapitre sur celle que l’on quitte sans ménagement, celle avec qui on a passé un an mais qu’on sent qu’il faut quitter parce qu’il y a d’autres aventures à vivre. Ce regret d’avoir manqué de tact, l’auteur le transmet parfaitement, tout comme il laisse planer le regret de ce « et si… », et si j’avais choisi de ne pas la quitter et de prendre un autre chemin. Ce chapitre, c’est comme une excuse à toutes celles, tous ceux qu’on a quitté avec l’insolence de nos quinze ans (un peu moins ou un peu plus) alors que l’adulte que nous sommes devenus serait outré que leur enfant se conduise ainsi. Et puis il y a ce chapitre terrible de la mort de l’ami disparu trop tôt.

Je suis étonnée d’avoir aimé ces tranches de vie mais ce fut le cas. Nicolas Delesalle a un vrai talent de conteur, j’espère qu’il choisira ensuite de faire un roman plus construit, moins décousu même si ce choix-ci ne m’a pas déplu.

288 p- Publié le 7 janvier 2015 chez Préludes que je remercie, ainsi qu’Anne et Arnaud.

3 coeursChallenge rentrée d'hiver 2015

18 réflexions au sujet de « Un parfum d’herbe coupée – Nicolas Delesalle »

  1. J’aime beaucoup ton billet mais je suis presque certain de beaucoup moins aimer ce livre. Je ne suis pas à un paradoxe près et comme en ce moment tu sembles aimer ce que moi je n’ai pas apprécié, je me dis que l’inverse doit fonctionner aussi…

  2. Ton billet est très intéressant et me fait changer d’avis sur ce livre ! J’ai lu beaucoup de chroniques positives, sans pour autant me décider à vraiment le noter et le lire, là je note ! ;)

    • Je pense que ça peut en effet être le cas. Ce qui fut un peu étonnant pour moi car c’est un roman écrit par un homme. Comme quoi, la sensibilité n’a pas de sexe.

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