Où j’ai laissé mon âme – Jérôme Ferrari

Jerome Ferrari - Où j'ai laissé mon ame - Babel Actes Sud

Où j’ai laissé mon âme est un livre poignant qui ose dire les choses cachées, les choses honteuses, sous forme de confessions-souvenirs, mais dans un crescendo qui donne la chair de poule.

Le lieutenant Andreani, en revisitant ses souvenirs, s’adresse au capitaine Degorce. C’est le monde militaire, avec les règles de hiérarchie stéréotypées, la déférence envers les ordres, envers le supérieur.

Ils se sont rencontrés en Indochine, ils se retrouveront en Algérie. Leur premier point commun est d’exister par les guerres, d’abord la seconde guerre mondiale, avec les marques indélébiles du premier mort pour l’un, et celles de la résistance, des camps, de la douleur pour l’autre, puis les suivantes, qui semblent régir leurs vies.

Leur deuxième point commun est d’avoir appris à mener un interrogatoire, à se déshumaniser pour obtenir une information, au nom d’un combat qui les dépasse, pour le seul besoin du renseignement, pour répondre aux ordres. La torture, physique ou psychique, devient la norme et une chose quotidienne.

Mais le capitaine Degorce fera une rencontre qui l’affectera en son être le plus profond. Il s’appelle Tahar, c’est l’ennemi, mais il retrouve en lui des bribes de l’humanité qu’il a perdu, l’honneur, une reconnaissance de soi en cet autre qu’il admire et respecte malgré tout, admiration et respect qui sera difficilement compris par les autres, notamment par le lieutenant Andreani.

Ce livre n’est pas joyeux, ni gai, il est au contraire froid et glaçant. C’est une réelle traversée au plus profond du côté noir de l’homme. Jérome Ferrari sait jouer des mots pour donner une vraie claque à son lecteur. Le « gentil » n’est pas nécessairement celui qu’on croit, et puis, au fil des pages, cette notion même de gentil/méchant, de bien ou de mal, perd de son sens, car finalement, plus rien n’a de sens, plus rien ne semble humain.

Le titre Où j’ai laissé mon âme reflète très bien le contenu du livre, qui questionne avec une vision philosophique, ce que l’on fait de sa vie, ce qu’on devient dans des contextes qui dépassent l’entendement. C’est acerbe et grinçant, franchement, même si les images télévisuelles rendent (malheureusement) la violence et la mort plus accessible et presque habituelle, Jérome Ferrari choisit un angle qui marque profondément, et qui ne laisse pas insensible.

Ce livre est terriblement superbe.

Et Coup de coeur pour Enna, et « très grand livre » pour Valérie, toutes les deux en version audio

Prix LittérairesPrix Larbaud 2011
Prix Initiales 2011
Grand prix Poncetton SGDL 2010
Prix France télévisions 2010

Les premières lignes de Où j’ai laissé mon âme :

Je me souviens de vous, mon capitaine, je m’en souviens très bien, et je revois encore distinctement la nuit de désarroi et d’abandon tomber sur vos yeux quand je vous ai appris qu’il s’était pendu. C’était un froid matin de printemps, mon capitaine, c’était il y a longtemps, et pourtant, un court instant, j’ai vu apparaître devant moi le vieillard que vous êtes finalement devenu.

La présentation par l’éditeur Actes Sud :

1957. A Alger, le capitaine André Degorce retrouve le lieutenant Horace Andreani, avec lequel il a affronté l’horreur des combats puis de la détention en Indochine. Désormais les prisonniers passent des mains de Degorce à celles d’Andreani, d’un tortionnaire à l’autre : les victimes sont devenues bourreaux. Si Andreani assume pleinement ce nouveau statut, Degorce, dépossédé de lui-même, ne trouve l’apaisement qu’auprès de Tahar, commandant de l’ALN, retenu dans une cellule qui prend des allures de confessionnal où le geôlier se livre à son prisonnier…

Sur une scène désolée, fouettée par le vent, le sable et le sang, dans l’humidité des caves algéroises où des bourreaux se rassemblent autour des corps nus, Jérôme Ferrari, à travers trois personnages réunis par les injonctions de l’Histoire dans une douleur qui n’a, pour aucun d’eux, ni le même visage ni le même langage, trace, par-delà le bien et le mal, un incandescent chemin d’écriture vers l’impossible vérité de l’homme dès lors que l’enfer s’invite sur terre.

Jérome FERRARI
Où j’ai laissé mon âme
Parution : Août 2010 – Actes Sud / Mai 2014 – Babel n°1247

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Dernière mise à jour : 04/06/2014

9 réflexions au sujet de « Où j’ai laissé mon âme – Jérôme Ferrari »

    • Oui, tu as raison, j’aurais peut être du plus insister sur le fait que c’était dur. Je rajoute ton lien :-)

  1. J’ai eu un coup de coeur pour ce roman (que j’ai lu en audio) je l’ai trouvé fort et bouleversant! (je ne mets pas de lien pour ne pas passer en spam :-)

      • Le lecteur est formidable et il a donné une force supplémentaire au texte déjà très beau: un coup de coeur pour les deux ensemble. Merci pour le lien ;-)

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