Otages intimes – Jeanne Benameur

Jeanne Benameur - Otages intimes - Actes Sud Coup de coeur !

Otages intimes est le titre parfait pour ce livre intimiste qui plonge à l’intérieur de chacun des personnages dans une introspection douce et douloureuse, profondément touchante, dans un texte d’une beauté mélancolique et bouleversante.

Etienne, photographe de guerre, est un otage qui vient d’être libéré, qui doit retrouver le monde et les siens après cet emprisonnement qui le rend au monde transformé. Son monde à lui, c’est surtout le petit cercle de sa mère secrète et toujours présente et de ses amis d’enfance, Enzo et Jofranka.

Mais sans avoir été pris en otage, chacun des siens, chaque être est prisonnier de ses douleurs, de son vécu, de ses traumatismes qui ne sont pas toujours verbalisés et qui empêche tout autant la solitude de s’effacer et la compréhension ou l’acceptation de la façon de penser de l’autre, aussi proche et intime qu’il puisse être. Mais la confiance, l’expérience, les choses vécues ensemble subliment l’amour, l’amitié et la complicité qui prennent ici une valeur et une présence décuplée.

Citer des phrases de ce livre reviendrait presque à reprendre l’ensemble de ce livre, la beauté d’écriture est tellement présente qu’elle pénètre dans chaque pore de la peau, s’infiltre pendant toute la durée de la lecture, donne des frissons, secoue, touche tellement juste et intimement qu’à chaque page, c’est une vague de sentiments bruts et vifs qui déferle et reflue, une houle de pensées et de questions silencieuses qui surgissent, de non-dits qui se dessinent. C’est un livre sur l’humain qui se ressource au centre de la nature et des siens, au centre de ce qui fait le fondement d’une existence, d’une puissance qui coupe la respiration, qui trifouille au plus profond de soi, de l’intimité de l’être, de ce qui ne se dévoile pas.

Déjà fortement marquée par Profanes, Jeanne Benameur met ici K.O par la mélancolie cotonneuse de ce bouquin vertigineux qui émeut et émerveille, qui tape dans le mille, subtilement, là, en plein coeur.

Les avis de Jérôme, Jostein, Noukette et Leiloona.

Prix Littéraires
Prix du Roman 2015 Version Fémina
Prix Libraires en Seine 2016

Les premières lignes de Otages intimes :
(ou lire un extrait plus long)

Il était une fois, il était mille et mille fois, un homme arraché à la vie par d’autres hommes.
Et il y a cette fois et c’est cet homme-là.

La 4e de couverture des éditions Actes Sud :
(ou lien direct site Actes Sud)

Photographe de guerre, Étienne a toujours su aller au plus près du danger pour porter témoignage. En reportage dans une ville à feu et à sang, il est pris en otage. Quand enfin il est libéré, l’ampleur de ce qu’il lui reste à réapprivoiser le jette dans un nouveau vertige, une autre forme de péril.
De retour au village de l’enfance, auprès de sa mère, il tente de reconstituer le cocon originel, un centre depuis lequel il pourrait reprendre langue avec le monde.
Au contact d’une nature sauvage, familière mais sans complaisance, il peut enfin se laisser retraverser par les images du chaos. Dans ce progressif apaisement se reforme le trio de toujours. Il y a Enzo, le fils de l’Italien, l’ami taiseux qui travaille le bois et joue du violoncelle. Et Jofranka, “la petite qui vient de loin”, devenue avocate à La Haye, qui aide les femmes victimes de guerres à trouver le courage de mettre en mots ce qu’elles ont vécu.
Ces trois-là se retrouvent autour des gestes suspendus du passé, dans l’urgence de la question cruciale : quelle est la part d’otage en chacun de nous ?
De la fureur au silence, Jeanne Benameur habite la solitude de l’otage après la libération. Otages intimes trace les chemins de la liberté vraie, celle qu’on ne trouve qu’en atteignant l’intime de soi.

Challenge RL 2015Jeanne BENAMEUR
Otages intimes
Actes Sud, Août 2015, 208 pages

48 réflexions au sujet de « Otages intimes – Jeanne Benameur »

  1. Et maintenant que j’ai fini ma lecture et écrit mon billet je viens te lire………………..et il est comme je l’imaginais ton billet MAGNIFIQUE
    Aura- t- il un prix?

  2. J’ai découvert récemment Les Demeurées, que j’ai beaucoup aimé. Ce nouveau titre est dans ma PAL… je lirai ton billet dans sa globalité ensuite, pour ne pas me laisser influencer. Mais a priori, je ne devrai donc pas être déçue ;-)

  3. Voilà seulement un an que j’ai découvert Jeanne Benameur, mais comme j’aime son écriture…
    Sur le sujet, j’ai lu au printemps « Et tu n’es pas revenu » de Marceline Loridans-Iven : elle raconte son retour de déportation où son père est mort alors que le reste de sa famille n’en a pas fait l’expérience… Et la difficulté de réapprendre à vivre.

  4. De très belles retrouvailles avec l’auteur en ce qui me concerne après la déception de Profanes. Un roman qui fait du bien je trouve malgré la lourdeur du sujet.

  5. Donc tu avais aimé Profanes. Je recherche un lecteur n’ayant pas aimé Profanes qui adore celui-ci (excuse-moi de passer une petite annonce chez toi ;) ).

    • N’hésite pas à passer toutes les annonces que tu veux ;-)
      Dans mon souvenir, Profanes est plus « lent » (ce qui souvent, ne me dérange pas) et donc, je me dis qu’il était plus difficile d’entrer dans Profanes, d’autant que les personnages n’avaient pas de liens entre eux au départ. Là, avec Otages intimes, ils se connaissent déjà, donc les liens sont beaucoup plus clairs, les relations plus évidentes et personnelles, de façon immédiate, donc le livre me semble moins « lent » par rapport à Profanes. C’est une grosse différence entre les deux.

  6. j’ai tenté de pénétrer l’univers de Jeanne Benameur avec Profanes mais comme certains blogueurs je n’ai pas du tout accroché. A voir si celui-ci saura me faire aimer cet auteur apparemment fort appréciée

    • Je vois en effet plusieurs réserves sur Profanes, qui est un livre qui est peut-être en effet moins prenant spontanément, alors que Otages intimes se lit d’un souffle.

    • Tant mieux ! J’ai tellement aimé, j’aimerais que tout le monde craque pour ce livre. On entre plus facilement dans celui là que dans Profanes, qui « coule » peut-être moins facilement.

  7. Et bien voila ! A lire ton billet, je suis enchantée et très tentée ! Je le rajoute dans la liste de mes envies, et je vais me replonger dans « Profanes » que je n’avais pas fini !

  8. Moi aussi j’ai prévu de le lire très prochainement. Je suis impatiente et un peu inquiète car j’en ai lu tant de bien que j’ai peur d’avoir mis la barre trop haut.

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