Numéro zéro – Umberto Eco

Umberto Eco - Numéro zéro - Grasset

Malgré la couverture, Numéro zéro n’a rien d’un policier et ne contient aucune enquête. L’ombre est celle du « faux » mystère, de la « fausse » réalité, celle du doute, celle qui se cache dans les complots, les trahisons, celle qui plane sur la société et sur l’information.

L’idée d’Umberto Eco est d’utiliser le roman pour critiquer le monde de la presse, sa façon de vouloir faire du scandale, d’attirer des lecteurs, de faire du neuf avec du vieux, de créer du contenu vide de sens, de remplir du papier, en décrivant une « image grotesque de ce milieu ».

Il choisit de regrouper six journalistes en 1992, enfin plus des journalistes ratés, recrutés pour la mise en oeuvre de plusieurs « numéro zero » d’un journal en devenir Domani. En réalité, derrière ce projet annoncé, le but du Commandeur, l’actionnaire principal, est de pénétrer certains milieux économiques et politiques, nullement de lancer un nouveau journal. Le narrateur, dottor Colonna, au courant de la supercherie, est embauché comme Ghost Writer, pour écrire un témoignage arrangé de ce lancement journalistique.

L’idée est bonne, mais il faut à mon avis être un lecteur au courant de l’histoire italienne pour en saisir tous les tenants et aboutissants et les subtilités historiques et politiques. L’un des journalistes, Braggadocio, un adepte de la théorie du complot aux côtés paranoïaques assez développés, a trouvé le sujet « chaud » sur lequel il veut travailler. Il l’explique largement, mais en raison de mon manque de culture, j’ai été totalement perdue dans les références historiques et culturelles du pays, j’ai lâché en cours de route ses explications, et je n’ai pas vraiment réussi à suivre et à comprendre les subtilités de l’aberration de ce qu’il raconte (enfin, seulement en partie).

J’ai apprécié en parallèle l’amourette qui se crée entre deux protagonistes, notamment grâce au personnage de la femme, un peu fantasque, qui émet toujours des idées originales et marrantes, et surtout, totalement inattendues. Cela allège les développements conspirationnistes un peu abscons, mais ces petites parenthèses de légèreté n’ont pas suffit à compenser ma perte de repères du reste du livre.

Les premières lignes de Numéro zéro :

Ce matin, l’eau ne coulait plus au robinet.
Blop blop, deux petits rots de nouveau-né, et puis plus rien.
J’ai frappé à la porte de ma voisine : chez eux, tout est normal. Vous avez dû fermer l’arrivée d’eau, m’a-t-elle dit.

La 4e de couverture des éditions Grasset :

En 1992, à Milan, un groupe de journalistes, cinq hommes et une jeune femme, sont embauchés pour créer un nouveau quotidien qu’on leur promet dédié à la recherche de la vérité, mais qui se révèle un pur instrument de calomnie et de chantage.
Ils fouillent dans le passé pour mettre en page leur « numéro zéro », et c’est le présent qui leur saute au visage…
« L’ombre de Mussolini, donné pour mort, domine tous les événements italiens depuis 1945 » : est-ce là le délire d’un journaliste d’investigation paranoïaque ? Mais alors, pourquoi le retrouve-t-on assassiné un beau matin ?
Attentats, tentatives de coups d’Etat, empoisonnements, complots, stratégie de la manipulation, de la désinformation et de la tension : quand tout est vrai, où est le faux ?
Umberto Eco nous offre ici la tragédie burlesque de notre temps.

Le mois italienUmberto ECO
Numéro zéro
Traduit de l’italien par Jean-Noël Schifano
Grasset, Mai 2015, 224 pages
VO : 2015, Numero zero

10 réflexions au sujet de « Numéro zéro – Umberto Eco »

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