Notre vie dans les forêts – Marie Darrieussecq

Marie Darrieussecq - Notre vie dans les forets - POL

Rentrée littéraire 2017. Marie Darrieussecq étonne avec un roman d’anticipation rapide, concis et mystérieux. Une ambiance post-apocalyptique en tension. Surtout, ne pas trop en dire.

La narratrice est en situation d’urgence, se cache dans une forêt. Elle monologue ou écrit un journal intime à la première personne pendant qu’elle le peut encore. Elle semble malade.

Dans un rythme bref et haletant, cette psychothérapeute raconte une fuite, une rébellion dont on ne comprendra le sens qu’au fil des pages. Elle s’inquiète pour Marie, sa « moitié », qui lui ressemble, évoque un passé disparu (le notre).

Marie Darrieussecq explique que ce roman est écrit dans la lignée de Truismes (sur la transformation des corps et notamment celui de l’héroïne en Truie), publié en 1996. Pas de transformation en animal ici, mais le corps humain reste au centre de l’histoire, tout comme l’évolution d’un monde dans lequel le développement des possibilités médicales a eu de graves conséquences. La critique de notre société est évidente. Dès la première phrase, elle nous parle de sa « moitié », de quoi s’agit-il exactement ?

Une ambiance tendue, un récit sur le fil du rasoir, une dystopie où l’humanité s’est perdue par excès d’informatique et de technique. Big brother n’est pas loin. Seule la forêt et la nature semblent être salutaires. Une trame narrative finement distillée, tout est réussi jusqu’au point final.

Après le splendide Etre ici est une splendeur, une biographie artistique romancée, Marie Darrieussecq fait le pari d’étonner et de changer totalement de registre, et réussi brillamment à rester toute aussi convaincante.


Les premières lignes :
(ou lire les 20 premières pages)

J’ai ouvert l’oeil et boum, tout m’est apparu. C’était limpide. Nous étions presque tous accompagnés par nos moitiés. Et ma moitié à moi, à quel point elle n’était pas autonome, ça faisait peur. Une chochotte.

La présentation des éditions POL :

« Il faut que je raconte cette histoire. Il faut que j’essaie de comprendre en mettant les choses bout à bout. En rameutant les morceaux. Parce que ça ne va pas. C’est pas bon, là, tout ça. Pas bon du tout. »
Ces mots sont parmi les premiers du nouveau roman de Marie Darrieussecq (roman qui s’est imposé à elle alors qu’elle travaillait sur un autre projet et qu’elle a écrit d’une seule traite, comme poussée par une nécessité impérieuse). De ce roman, ils indiquent la tonalité et le mode narratif. C’est un roman à la première personne, où l’héroïne découvre au fur et à mesure qu’elle la raconte toutes les causes et les conséquences de son histoire. Nous sommes donc dans une forêt (« nous » car la manière dont le livre est écrit impose une identification du lecteur). Le personnage principal, une femme qui fut autrefois psychothérapeute, s’y cache avec d’autres. D’autres ? Des compagnons de fuite, loin d’un monde qu’on devine menaçant pour eux et qui les traque. Mais aussi avec des êtres étranges, comme flottants, mais qui leur ressemblent de manière frappante, des sosies ? Leurs clones, en fait qu’ils ont emmenés avec eux dans leur fuite.
Cette dystopie, qui se situe dans la postérité de Le meilleur des mondes, comme dans celle de 1984 ou de Fahrenheit 451, nous raconte une histoire de trafic d’organes, de gérontocratie, de totalitarisme sanitaire et politique. Marie Darrieussecq, avec ce personnage très légèrement en retard sur les événements, et à ce titre bouleversant, renoue avec la veine de Truismes.


Marie DARRIEUSSECQ
Notre vie dans les forêts
POL, Août 2017, 192 pages.

4 réflexions au sujet de « Notre vie dans les forêts – Marie Darrieussecq »

  1. Tiens mon bibliothécaire me l’a conseillé mais honnêtement je lui ai dis que ce n’était pas pour moi. Je n’ai tellement rien compris à Il faut beaucoup aimer les hommes que je freine un pue maintenant, pourtant le sujet me paraît intéressant.

    • Tiphanie, je n’ai pas aimé du tout du tout du tout Il faut beaucoup aimer les hommes. Je pense que ça vaut la peine de retenter Darrieussecq, et je comprends le conseil de ton libraire :-)

    • Je n’ai pas tout aimé ce que j’ai lu de Darrieussecq (j’ai même détesté l’un de ses romans), mais là, avec cette 2e très bonne surprise, je vais tenter Truismes je pense.

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