Notre-Dame du Nil – S. Mukasonga

Mukasonga Notre Dame du Nil

Il n’est pas évident de donner un avis sur un livre que l’on n’a pas aimé, et ce d’autant moins lorsque le livre a été salué par la critique et a été récompensé par plusieurs prix.

Peut-être n’avais-je pas la tête à lire ce livre ?

Il m’a été particulièrement difficile de rentrer dans l’histoire. Le début du roman peine à clarifier son objectif et son propos, en tout cas, il ne correspond pas clairement à celui que j’avais espéré. En raison du style extrêmement simple, j’ai d’abord cru qu’il s’agissait d’une narration parlée, puis ensuite du journal d’une adolescente, d’une des lycéennes dont nous allons suivre les péripéties. Mais non, il s’agissait simplement du style de tout le roman.

Le lecteur est donc projeté dans les années 1970, dans un lycée de jeunes filles privilégiées, qui ont accès à l’éducation, fait rare au Rwanda, et qui sont supposées devenir l’élite du pays. Deux lycéennes tutsi sont mises en avant ; ce sont celles qui ont « la chance » de faire partie du quota de tutsi pouvant accéder à la connaissance.

J’avais vraiment envie de m’attacher à elles, mais malgré mes efforts, je n’ai pas réussi à avoir de l’empathie ou de l’intérêt, ni pour elles, ni pour les histoires des lycéennes (garder son amoureux, la découverte des premières règles, se marier avec un homme riche et influent…). Leur personnage n’est pas vraiment creusé, les jeunes filles manquent de contours psychologiques, les échanges entre les lycéennes sont assez simplistes, peu intéressants, et les personnages secondaires sont trop caricaturaux à mon goût (le Père Herménégilde est libidineux, les lycéennes sont des pestes, le « vieux blanc » est fou …).

J’ai persévéré car le livre est cependant intéressant en ce qu’il décrit une culture et des croyances étonnantes. Par ailleurs, vers le dernier quart du livre, les personnages tenteront de prendre plus de profondeur – pas trop tout de même – lorsque le roman attaquera de front le sujet de l’opposition entre les deux ethnies, la violence des croyances et celle des hommes.

C’est une grosse déception.

Ce livre de Scholastique Mukasonga doit cependant posséder des qualités auxquelles je n’ai pas été sensible, ayant été récompensé du Prix Ahmadou Kourouma 2012, du Prix Renaudot 2012 et du Prix Océans 2013.

Anecdote :

Notre-Dame du Nil a été récompensé in extremis par le Prix Renaudot 2012. En effet, ce premier roman ne faisait pas partie des sélections, et rien de laissait donc présager de cette récompense. Ce n’est que le 7 novembre 2012 que son nom a été évoqué pour la première fois (semble-t-il par JMG Le Clézio et Jérôme Garcin, dixit Frédéric Beigbeder) et que les autres membres ont validé ce choix.

La présentation de l’éditeur :

Au Rwanda, un lycée de jeunes filles perché sur la crête Congo-Nil, à 2 500 mètres d’altitude, près des sources du grand fleuve égyptien. Les familles espèrent que dans ce havre religieusement baptisé Notre-Dame du Nil, isolé, d’accès difficile, loin des tentations de la capitale, leurs filles parviendront vierges au mariage négocié pour elles dans l’intérêt du lignage. Les transgressions menacent au cœur de cette puissante et belle nature où par ailleurs un rigoureux quota «ethnique» limite à 10 % le nombre des élèves tutsi.

Sur le même sommet montagneux, dans une plantation à demi abandonnée, un «vieux Blanc», peintre et anthropologue excentrique, assure que les Tutsi descendent des pharaons noirs de Méroé. Avec passion, il peint à fresque les lycéennes dont les traits rappellent ceux de la déesse Isis et d’insoumises reines Candace sculptées sur les stèles, au bord du Nil, il y a trois millénaires. Non sans risques pour sa jeune vie, et pour bien d’autres filles du lycée, la déesse est intronisée dans le temple qu’il a bâti pour elle.

Le huis clos où doivent vivre ces lycéennes bientôt encerclées par les nervis du pouvoir hutu, les amitiés, les désirs et les haines qui traversent ces vies en fleur, les luttes politiques, les complots, les incitations aux meurtres raciaux, les persécutions sournoises puis ouvertes, les rêves et les désillusions, les espoirs de survie, c’est, dans ce microcosme existentiel, un prélude exemplaire au génocide rwandais, fascinant de vérité, d’une écriture directe et sans faille.

Scholastique MUKASONGA, Notre-Dame du Nil
Parution : Mars 2012 – Gallimard / Février 2014 – Folio

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(Dernière mise à jour : 13/08/2014)

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