Nos vies – Marie-Hélène Lafon

Marie-Hélène Lafon - Nos vies - Buchet Chastel

Sélectionné dans la 1ère liste du Prix Goncourt 2017, Marie-Hélène Lafon dresse dans Nos vies différents portraits de gens simples, côtoyés au quotidien par la narratrice, qui n’ont rien de particulier. Elle réussit pourtant à dessiner des images vivantes et très marquantes.

On commencera par rencontrer Gordana, une caissière qui semble cacher de multiples secrets derrière son sourire féroce, ses cheveux blonds et cette imperfection physique qu’on ne distingue pas quand elle est assise. Puis un des clients du Franprix, Horacio Fortunato, qui semble choisir toujours la même caisse, pour tenter un contact maladroit avec une Gordana difficilement accessible.

La narratrice, Mme Sartoire, a dépassé la soixantaine, elle a toujours imaginé, inventé la vie de ses contemporains, ses voisins, les gens de sa famille, ses parents. Maintenant, elle observe avec acuité, elle se souvient, évoque Karim, qui est désormais parti, sa relation avec Isabelle, Madame Jaladis et plusieurs autres personnes qui remplissent son quotidien. Elle est attachée à de petites choses du détail, à détailler son prochain. C’est son occupation, la simplicité de la vie et des choses, une façon, en vieillissant, d’éviter de se sentir de plus en plus seule.

Cette solitude se ressent derrière le style typique de Marie-Hélène Lafon, qui évoque la campagne, les contacts rustres et âpres, des vies souvent difficiles et désabusées. Son roman Nos vies ne fait état d’aucune action incroyable, d’aucun personnage héroïque, d’aucun suspens. Comme elle le fait dans chacun de ses livres, elle s’applique à observer et décrire avec des mots joliment choisis, et souvent qui surprennent, la photographie de « petites gens ». Dans cette succession de portraits, on découvre au détour d’un mot ou d’un adjectif une caractéristique glissée là, un trait physique subtilement amené, mine de rien, mais en réalité, signe de tout.

Une très jolie galerie de portraits qui oppose l’urbain et le rural, éclaire en creux le personnage solitaire et la vie présente et passée de Madame Sartoire, une narratrice qui a le don de l’observation précise et intime de nos vies souvent solitaires, emplies d’attente et d’espoirs.

Prix littéraire :
Sélectionné pour le Prix Goncourt 2017


Les premières lignes :

Elle s’appelle Gordana. Elle est blonde. Blonde âcre, à force de vouloir, les cheveux rêches. Entre les racines noires des cheveux teints, la peau est blanche, pâle, elle luit, et le regard se détourne du crâne de Gordana, comme s’il avait surpris et arraché d’elle, à son insu, une part très intime.

La présentation des éditions Buchet Chastel :

« J’ai l’oeil, je n’oublie à peu près rien, ce que j’ai oublié, je l’invente.J’ai toujours fait ça, comme ça, c’était mon rôle dans la famille, jusqu’à la mort de grand-mère Lucie, la vraie mort, la seconde. Elle ne voulait personne d’autre pour lui raconter, elle disait qu’avec moi elle voyait mieux qu’avant son attaque. »

Le Franprix de la rue du Rendez-Vous, à Paris. Une femme, que l’on devine solitaire, regarde et imagine. Gordana, la caissière. L’homme encore jeune qui s’obstine à venir chaque vendredi matin… Silencieusement elle dévide l’écheveau de ces vies ordinaires. Et remonte le fil de sa propre histoire.

Nos vies est le nouveau roman de Marie-Hélène Lafon. Il aurait pour sujet la ville et ses solitudes.


Marie-Hélène Lafon
Nos vies
Buchet Chastel, Septembre 2017, 184 pages.

9 réflexions au sujet de « Nos vies – Marie-Hélène Lafon »

  1. Je n’ai lu qu’un seul roman d’elle et j’avais ressenti la même chose que ce que tu décris sur celui-ci : quelque chose de simple et un talent pour choisir les bons mots. Du coup, je suis certaine que ce roman devrait me plaire !

Répondre à gambadou Annuler la réponse.

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>