Mrs Dalloway – Virginia Woolf

Virginia Woolf - Mrs. Dalloway - Folio

Mrs Dalloway, le fameux roman de Virginia Woolf est un livre tout en intériorité qui, sous couvert de raconter la journée de Clarissa Dalloway, décrit en réalité bien plus les pensées des différents personnages, qu’une action romanesque avec de multiples péripéties.

Mrs Dalloway décontenance dès les premières pages. A peine fait-on connaissance avec Clarissa Dalloway, partant dans les rues de Londres, de Bond Street à Regent’s Park, pour acheter les fleurs de la réception qu’elle organise le soir, pensant à sa jeunesse, à ses fiançailles avec Peter, à leur dispute, à son désappointement, alors qu’on s’attend à en savoir plus, le narrateur quitte les pensées de Mrs. Dalloway pour voleter dans les pensées de l’une à l’autre des personnes qui croisent semble-t-il (jusqu’aux oiseaux) son chemin. Ce qui décontenance également, c’est la façon dont l’attention est portée sur une voiture qui passe, un avion qui survole la scène, comment la notion de temporalité, entre présent et passé, réalité et flou des pensées, reste en suspension.

Puis, en un claquement de mots, on retrouve Mrs. Dalloway à la fin de sa promenade, rentrant chez elle. Subitement, on apprend qu’elle va recevoir sous peu la visite de Peter, son ancien fiancé. L’attente d’une action reprend le dessus, mais très vite, on quitte alors une nouvelle fois Mrs. Dalloway pour se retrouver dans la tête et les pensées de Peter. Puis des pensées de Peter, on passera à celle d’un personnage, puis à un autre. Cette construction originale met en exergue le monologue intérieur des personnages au détriment de toute action au fil directeur identifié, si ce n’est le déroulement d’une journée anglaise. C’est étonnant. Le sentiment de flotter dans l’air, dans l’esprit des uns et des autres, du moment présent aux souvenirs passés jusqu’aux espoirs futurs créé une ambiance étrange, un peu « a-naturelle », hors du temps. L’impression est assez perturbante.

Virginia Woolf - Romans & nouvelles - Pochotèque Livre de pocheMrs. Dalloway est une lecture dense, qui nécessite une certaine concentration littéraire. Mais la beauté du style et des phrases explosent littéralement dans les monologues intérieurs et les idées. C’est une vraie surprise, tout comme d’ailleurs le caractère étonnamment contemporain de certaines pensées, comme celles sur le mariage et le couple ou sur l’attirance homosexuelle, alors que ce roman a été écrit après-guerre, dans l’Angleterre des années 1920.

Si Virginia Woolf utilise en effet le personnage de Clarissa comme « alter ego » pour évoquer en filigrane son attirance pour Vita Sackville-West (Sally Seton dans le roman), elle utilisera celui de Septimus pour évoquer un autre thème qui lui tient à coeur, celui des perturbations mentales et du suicide.

La conception du livre : L’idée de Mrs Dalloway a commencé en 1920. Virginia Woolf, intriguée par l’Ulysse de Joyce (qui se déroule sur un jour), décide de construire un roman qui se déroule également sur une seule journée, journée scandée par les sonneries de Big Ben. En 1922, elle hésitera d’ailleurs à intituler son roman Mrs Dalloway ou « The Hours ». Elle commence à rédiger son roman en juin 1923, qui correspond au temps fictif du roman, qui sera publié en mai 1925. Ce n’est qu’après qu’elle écrira Orlando.

Lecture commune que j’ai eu le plaisir de partager une nouvelle fois avec ClaudiaLucia.

Les premières lignes de Mrs. Dalloway :

Mrs. Dalloway dit qu’elle achèterait les fleurs elle-même.
Lucy, elle, avait du pain sur la planche. Il faudrait enlever les portes de leurs gonds; les hommes de Rumpelmayer allaient arriver. Quelle matinée, pensa Clarissa Dalloway, une matinée fraîche à offrir à des enfants sur une plage.

La présentation des éditions Folio :
(ou lien direct site Gallimard)

Le roman, publié en 1925, raconte la journée d’une femme élégante de Londres, en mêlant impressions présentes et souvenirs, personnages surgis du passé, comme un ancien amour, ou membres de sa famille et de son entourage. Ce grand monologue intérieur exprime la difficulté de relier soi et les autres, le présent et le passé, le langage et le silence, le mouvement et l’immobilité. La qualité la plus importante du livre est d’être un roman poétique, porté par la musique d’une phrase chantante et comme ailée. Les impressions y deviennent des aventures. C’est pourquoi c’est peut-être le chef-d’œuvre de l’auteur – la plus grande romancière anglaise du XXe siècle.

Virginia WOOLF
Mrs Dalloway
Editions présentées :
- Traduit de l’anglais par Marie-Claire Pasquier
Folio, octobre 1994, 368 pages
- Traduit de l’anglais par Pascale Michon
Décembre 2002, livre de poche Pochotèque, 1281 pages
VO : 1925, Mrs Dalloway

A year in EnglandChallenge un classique par moisPlan ORSEC 2015

22 réflexions au sujet de « Mrs Dalloway – Virginia Woolf »

    • Je te comprends, je n’ai sauté le pas que très récemment. Et Mrs Dalloway n’est pas le livre le plus facile pour commencer, les nouvelles sont plus accessibles, et les essais littéraires sont juste envoûtants !

  1. Un chef-d’oeuvre que ce roman de Virginia Woolf. Les courants de pensées est sa marque de fabrique, son obsession. L’autre reste un mystère qu’elle essaie de découvrir comme un continent que l’on cherche à conquérir.

    • Elle est beaucoup plus facile à suivre quand elle est critique littéraire et fixe ses pensées à elle dans un cadre précis. Vraiment, je découvre cet auteure depuis peu, et je ne vais pas m’arrêter là, c’est certain.

  2. Je vois que tu as été comme moi, surprise, décontenancée par le rythme du roman, l’originalité de la construction. Tu en parles très bien d’ailleurs. Je suis d’accord pour continuer avec la nouvelle Mrs Dalloway dans Bond Street.. On ne parle à mon retour. ET plus tard ,au printemps peut-être, j’aimerais bien lire Les vagues : Et toi? mais il faut avoir le temps, alors on s’en tient aux nouvelles de notre livre commun pour l’instant. A bientôt!

    • Oui, je ne m’y attendais pas du tout, j’ai été vraiment surprise par cette construction. Je suis contente pour la nouvelle, elle est toute petite par rapport au roman, ça permet de continuer cette découverte, tout en faisant une pause ;-) Oui, je suis entièrement d’accord pour découvrir toute son œuvre, je pensais plutôt continuer avec La Promenade au Phare, qui parait-il est super, mais les Vagues me va très bien aussi. Et tu as raison, attendons le printemps, sinon, on risquerait une surdose. Bonnes vacances et à très vite !

      • On attend donc le printemps pour Vagues et quelle date pour la nouvelle Mrs dalloway? le printemps aussi? Qu’en penses-tu? Si Eimelle veut se joindre à nous, il faut attendre qu’elle ait fini son mois italien qui doit continuer en novembre, si j’ai bien compris.

          • Voilà un rendez vous que j’ai complètement oublié : les vagues! Toi aussi peut-être?
            Je venais te signaler qu’avec Tania nous faisons un LC Virginia Woolf sur « Le voyage au phare » (voyage ou promenade? c’est le même roman?) pour la dernière semaine d’octobre! Cette fois-ci , j’y penserai!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>