Marx et la poupée – Maryam Madjidi

Maryam Madjidi - Marx et la poupée - Le Nouvel Attila Coup de coeur !

Prix Goncourt Premier Roman 2017. Trois parties, trois naissances. Maryam Madjidi raconte avec un talent immense, d’une grande beauté, l’exil et un pays, l’Iran. A couper le souffle.

L’exil a été raconté depuis des lustres, et le sujet n’est pas nouveau. Qu’est-ce que ce livre a donc de plus que les autres ?

Indéniablement, un talent d’écriture et de conteuse, un style personnel ancré, une signature, une marque poétique telle une cicatrice, une individualité qui marque et imprime chaque mot dans la réalité et la sincérité.

Une construction en trois parties, telle des moments de voyage d’un pays à l’autre, d’une fuite à un retour, au travers le regard d’une fillette, d’une adolescente et d’une jeune fille. Des allers-retours du passé au présent, à la manière d’une personnalité qui cherche à se construire derrière et avec une culture iranienne inculquée dès la naissance, une culture française apprise qui prend doucement beaucoup de place.

Le choix de petits détails personnels d’une vie de famille, d’un père et d’une mère qui veulent le mieux pour leur fille, quitte à s’effacer eux-même pour lui permettre d’acquérir l’indépendance d’une femme libre, pouvant aller à l’école, apprendre, se cultiver, lire et voir devant elle un avenir autre que celui ancestral des femmes de son pays.

Un début très prenant à travers les yeux d’un bébé fillette en devenir, qui assiste bien malgré elle aux premiers moments marquants de sa vie, de celle de sa mère, avec la violence et la mort en filigrane à chaque instant comme une inscription dans ses gênes et son caractère futur.

Un livre d’une finesse et d’une poésie qui laisse sans voix.

Qui est Maryam Madjidi ?
Maryam Madjidi est née en 1980 à Téhéran, et quitte l’Iran à l’âge de 6 ans pour vivre à Paris puis à Drancy. Aujourd’hui, elle enseigne le français à des mineurs étrangers isolés, après l’avoir enseigné à des collégiens et lycéens de banlieue puis des beaux quartiers, des handicapés moteur et psychiques, des étudiants chinois et turcs, et des détenus. Elle a vécu quatre ans à Pékin et deux ans à Istanbul (Source : Le Nouvel Attila)

Prix littéraires :
Prix Goncourt Premier roman 2017
Prix Ouest France Étonnants voyageurs 2017


Les premières lignes :

Un homme est assis, seul, dans une cellule.
Il tient dans une main une pierre, dans l’autre une aiguille à coudre.
Il creuse la pierre avec la pointe de l’aiguille.
Il grave un nom.

La présentation des éditions Le Nouvel Attila :

Depuis le ventre de sa mère, Maryam vit de front les premières heures de la révolution iranienne. Six ans plus tard, elle rejoint avec sa mère son père en exil à Paris.
À travers les souvenirs de ses premières années, Maryam raconte l’abandon du pays, l’éloignement de sa famille, la perte de ses jouets – donnés aux enfants de Téhéran sous l’injonction de ses parents communistes -, l’effacement progressif du persan au profit du français qu’elle va tour à tour rejeter, puis adopter frénétiquement, au point de laisser enterrée de longues années sa langue natale.

Dans ce récit qui peut être lu comme une fable autant que comme un journal, Maryam Madjidi raconte avec humour et tendresse les racines comme fardeau, rempart, moyen de socialisation, et même arme de séduction massive.


Maryam MADJIDI
Marx et la poupée
Le Nouvel Attila, janvier 2017, 208 pages.

17 réflexions au sujet de « Marx et la poupée – Maryam Madjidi »

  1. J’avais aussi été émerveillée par cette lecture, à la fois poétique et historique. Il y a un vrai génie littéraire chez Madjadi, qui est une vraie conteuse. Je repense notamment au début du roman, où elle raconte les souvenirs de sa mère à travers le fœtus qu’elle porte dans son ventre. Il fallait pensez à imaginer ce point de vue !

  2. J’ai toujours hésité à le lire, je l’avais feuilleté un jour et pas convaincue par l’écriture, reposé, mais ton article m’amène à y réfléchir à nouveau.

  3. Un beau récit, une agréable lecture, peut-être trop légère à mon goût, mais ce récit de l’exil très contemporain, est à découvrir, pour réfléchir un peu.

    • Je comprends, cette légèreté m’a plu au contraire, cela m’a donné l’impression qu’elle réussissait à traiter d’un sujet difficile de manière aérienne.

  4. Oui, c’est bien à la naissance d’un bel auteur qu’on assiste. Comme tu le soulignes à juste titre, le sujet n’est pas nouveau, mais la voix, elle, l’est. Et elle est de toute beauté.

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