Manifesto – Léonor de Récondo

Leonor de RECONDO - Manifesto - Sabine Wespieser

« Pour mourir libre, il faut vivre libre », la phrase qui viendrait tout définir, le Manifesto de Léonor de Récondo qui évoque le décès et la dernière nuit de son père, dans ce roman très autobiographique et personnel, dans lequel pourtant l’imagination tient toute sa place.

Un roman écrit à la première personne, un « je » qui sera l’auteure, Léonor, son père et Ernesto, les trois personnages principaux de ce roman, ce « je » qui existe en vie, dans le souvenir, ce « je » qui tente de dire et de raconter, ce que l’on ressent ou ce que l’on imagine.

Le roman est écrit dans une alternance un peu brutale de réalité précise et détaillée – lorsque Léonor (et sa mère) sont à l’hôpital, dans la chambre du père et mari Félix – et de souvenirs imaginés de l’esprit de ce père qui s’évade vers un ailleurs qui ne peut être appréhendé que par la fiction. C’est là que Léonor de Récondo va imaginer une discussion entre son père Félix, et Ernest Hemingway (Ernesto), des confidences entre amis sur l’Espagne, sur la vie, la mort, sur la création.

Ce livre m’a beaucoup touchée, en particulier dans la partie la plus autobiographique, sur la dernière nuit et la mort du père, probablement car la résonance de ce décès réveille encore en moi des souvenirs très vifs, très durs et en même temps très doux.

Les échappées vers plus de fiction ont permis des soupapes de respiration bienvenues, même si vous ne trouverez aucun pathos, ni phrases larmoyantes dans les chapitres se passant à l’Hôpital, cela reste détaillé et factuel. Le choix d’une narration précise et « clinique » en renforce le côté difficilement réel.

En revanche, lorsque Félix et Ernesto s’expriment, on entre dans plus de poésie, dans des phrases plus enrobantes, cet autre style permettant d’accentuer avec justesse la différence entre l’imaginaire et la réalité.

Ceci étant, si j’ai compris l’idée de faire intervenir Ernest Hemingway, de le faire parler, le livre étant un roman et non un seul récit personnel sur la mort du père, j’ai ressenti plusieurs fois les interventions d’Ernesto comme surabondantes. L’histoire du père sculpteur, atteint de la maladie d’Alzheimer, qui fabrique un violon pour sa fille, leur relation, les souvenirs du passé et leur présent était pour moi une matière suffisante.

Léonor de Récondo n’avait pas besoin de faire intervenir dans Manifesto le personnage d’un grand écrivain, pour que son livre entre dans la catégorie « littéraire ». Cela ne fait aucun doute, Léonor de Récondo est un écrivain, et ses livres (Manifesto, Amours, ou Point Cardinal), de la vraie littérature.

Prix littéraires :
Prix du Livre Inter 2019 – Sélection
Prix Roman France Télévision 2019 – Sélection
Prix de la Closerie des Lilas – 1ère sélection

Léonor de RECONDO, Manifesto
Sabine Wespieser, janvier 2019, 182 pages

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