Mailman – J. Robert Lennon

J. Robert Lennon - Mailman - Toussaint Louverture

Mailman, c’est Albert Lippincott, un simple facteur américain, mais un facteur assez particulier quand même, qui a développé un passe-temps obsessionnel : fouiner dans la vie des autres, lire leur courrier, voire même répondre à leur place …

Albert Lippincott, on le comprend très vite, est un peu barré. Ce n’est pas vraiment Monsieur Tout le monde. Il a l’air faussement poli, ressemble à un loup solitaire, un peu perdu, sans ami ou presque, et outre son côté voyeur très développé, il dégage un côté assez malsain, renforcé par des relations avec sa soeur plus qu’étranges. On se demande à certains moments s’il est vraiment sain d’esprit et s’il ne s’agit pas d’un détraqué, d’un violeur ou d’un assassin en berne.

Et cette question s’accentue lorsque l’une des personnes dont il lit le courrier est découverte morte dans son appartement. On s’attend alors à ce qu’une intrigue se développe autour de ce sujet, comme de celui de l’ouverture du courrier, de la découverte de secrets cachés … et malheureusement, et c’est l’une des déceptions de ce roman, cette piste ne sera pas du tout exploitée. L’intrigue à laquelle on s’attendait à tort, n’existe tout simplement pas.

En réalité, il ne s’agit pas d’un livre à intrigue, et ce cadavre n’est qu’un épisode parmi d’autres, qui jalonnent la vie improbable de Mailman. Car le vrai sujet de cette comédie dramatique romanesque, c’est tout simplement la vie de Mailman. A cet effet, le roman est construit autour de plusieurs allers-retours entre le passé et le présent, et l’on découvre notre anti-héros par petites touches, au fil des pages, que ce soit dans les relations avec ses parents, sa soeur, sa femme ou ses collègues.

On note en particulier les épisodes très drôles lorsqu’il explique à son psy les événements marquants de sa jeunesse, ses relations avec l’un de ses prof (dont il a tenté de mordre l’oeil …) : certains passages sont absolument jubilatoires.

Mais même si ce livre sait être léger, voire grotesque par certains côtés, il sait aussi être triste, et c’est l’une de ses qualités, car grâce à une écriture extrêmement bien maîtrisée, J. Robert Lennon, se promène sur différents registres.

On reconnait beaucoup de qualité à ce roman, très bien écrit donc, original également, avec des passages très marquants, mais qui malgré tout cela, n’a pas permis une lecture enthousiaste du début à la fin. Après avoir eu du mal à entrer dans le livre, les instants drôles n’ont pas perduré et on s’est retrouvé à perdre de l’intérêt pour la vie de ce personnage fantasque, et donc à perdre de l’intérêt pour le roman lui-même, et c’est dommage.

Challenge rentrée d'hiver 2014BibliomaniacsA lire aussi, en cliquant sur leur nom, les avis plus enthousiastes de Coralie et d’Eva.

A écouter aussi, car on en parle dans le podcast de Bibliomaniacs de mai 2014.

Livre du Challenge de la rentrée hiver 2014

Les premières lignes de Mailman :

Et Dieu, à ce qu’on raconte, créa la Terre. Au commencement, pas vraiment de quoi crier au génie : une nébuleuse de vapeur grise, avec quelques vagues traînées de boue sur une surface informe. Une toile vierge. Dieu l’examina, décida que cela ferait l’affaire et se lança dans les détails.

La présentation de l’éditeur Monsieur Toussaint Louverture (4e de couverture) :

Publié à l’aube du vingt et unième siècle, Mailman, road movie existentiel et méchamment drôle, marque la naissance d’une nouvelle révélation de la littérature américaine. Avec ce roman tendu comme un arc, J. Robert Lennon nous entraîne – de New York à la Floride en passant par le Kazakhstan – dans l’univers d’Albert Lippincott, dit Mailman. Facteur dévoué et maniaque d’une petite ville américaine, Mailman a ses petits secrets : l’habitude compulsive de photocopier et de lire le courrier des autres, une inquiétante dépression nerveuse et la relation tordue qu’il entretient avec sa soeur. Aussi, lorsque l’un de ses usagers se suicide – à cause d’une lettre retenue trop longtemps ? -, les événements se précipitent pour Llippincott, qui va devoir faire face une fois pour toutes aux nombreuses fêlures de sa vie. Si Mailman est bien une comédie noire, c’est aussi l’ambitieuse tentative de dépeindre la destinée d’un homme à la recherche de la paix dans un pays «pétri de violence et de tristesse partagée». C’est comique et tragique à la fois. C’est dérangeant, c’est touchant. C’est la chronique survoltée d’un combat perdu d’avance.

Et si vous préférez plutôt, en audio :

J. Robert LENNON, Mailman
Traduit de l’anglais (Etats-Unis) par Marie Chabin
Parution : Février 2014 – Monsieur Toussaint Louverture (672 pages)
Original : 2001, Mailman

12 réflexions sur « Mailman – J. Robert Lennon »

    • Si ca se trouve, tu vas le dévorer sans t’arrêter … Bon, je lirai ça très vite je pense alors 😉

    • Je ne l’ai pas lu La conjuration des imbéciles, et tu devines bien qu’en te lisant, je sais maintenant que je ne vais pas le lire.

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