L’incendie, d’Antoine Choplin et Hubert Mingarelli

Antoine Choplin - Hubert Mingarelli - L'incendie - La fosse aux ours(L’avis de Valérie)

Pavle et Jovan se sont revus après des années de séparation. Rentré en Argentine où il vit désormais, Pavle ressent le besoin de commencer une correspondance avec Jovan. Sait-il dès cette première lettre que ce sera leur manière à tous les deux d’exorciser les démons de la guerre yougoslave ? Difficile de le savoir. Mais de fil en aiguille, ces courts échanges vont s’éloigner du banal pour aller vers l’essentiel, ce moment et ce lieu qui ont fait basculer leur vie.

Si en effet, les toutes premières lettres ne mentionnent que le plaisir des retrouvailles, le lecteur sent très vite que le plaisir n’est peut-être pas si évident que ça et que ce qui motive cette correspondance, c’est le partage du poids du secret. Ce n’est que lorsque Jovan dit être allé revoir une mystérieuse maison dans les bois que le récit prend vraiment corps. Mais Hubert Mingarelli et Antoine Choplin sont suffisamment virtuoses avec les mots pour que ce roman nous étreigne dès les premières pages. On le lit avec le cœur serré, certains que ces deux-là vont nous faire partager le pire. C’est un récit très fort, comme sait les écrire Antoine Choplin (je n’ai jamais lu Hubert Mingarelli) et j’ai beaucoup pensé à la pesanteur de La nuit tombée qui tombe sur le lecteur de la même façon, comme une chape de plomb. Il en est de même ici. C’est un roman sur les souvenirs qui s’effacent ou s’altèrent, sur la nostalgie de l’amitié passée et du lien fort qui peut unir des hommes, et sur la possibilité de la rédemption par les mots. Raconter et partager, c’est survivre et c’est permettre à l’autre de le faire. Je vous conseille donc chaudement ce roman, malgré ses quatre-vingt pages. Mais pour Antoine Choplin, c’est le format idéal, il sait nous offrir des parenthèses de nostalgie à déguster en un seul repas. Et c’est assez pour nous rassasier.
L’écriture à quatre mains étant rare, sauf pour dans le domaine policier, j’ai posé quelques questions à Antoine Choplin pour tenter de comprendre comment Hubert Mingarelli et lui avaient eu l’idée de ce roman et comment ils s’étaient partagé le travail. Voici sa réponse qu’il m’a permis de partager ici:

La forme épistolaire s’est imposée avec l’idée que chacun des auteurs s’empare de l’un des deux personnages. Nous avons donc écrit nos lettres de façon séquentielle, comme pour une vraie correspondance, attendant la réponse avant de poursuivre.
Avec quelques surprises possibles, ici et là…
Mais l’essentiel a surtout reposé sur un corpus partagé, initial, longuement travaillé et retravaillé, et sans cesse remis sur le métier, jusqu’aux dernières lignes du texte.
L’idée de ce travail commun est né sur un banc de ville, devant le Musée de Résistance de Grenoble. L’endroit était peut-être prédestiné pour pétrir ces thématiques que nous partageons Hubert et moi.
Très belle et riche expérience, difficile aussi. L’amitié que nous nous portons depuis longtemps a joué un rôle déterminant, dans la genèse du projet et dans la qualité et l’exigence du travail lui-même.

Je remercie Antoine Choplin pour ces réponses. C’est une lecture que je partage avec Jérôme et Noukette.

Merci à Fabienne Reichenbach ainsi qu’à La fosse aux Ours. Publié le 7 janvier 2015. Et merci à Laure de m’accueillir.

4 coeurs

Challenge rentrée d'hiver 2015

14 réflexions sur « L’incendie, d’Antoine Choplin et Hubert Mingarelli »

  1. Un de ceux qui me tentait le plus en cette rentrée de janvier ! J’étais très curieuse de cette écriture à 4 mains, je ne suis pas du tout déçue du résultat !

  2. Si je comprends bien, ils se sont donc appropriés chacun un personnage ? Je l’ai presque terminé et moi, il m’a fait penser à « un repas en hiver » d’Hubert Mingareilli. En lisant, je n’arrivais pas à déterminer qui avait écrit quoi, ils ont la même simplicité d’écriture, sans fioritures, qui va droit à l’essentiel.

    • C’est tout à fait ça. Les univers de ces deux auteurs doivent vraiment être très proches pour que les lecteurs de l’un comme de l’autre s’y retrouvent.

  3. 80 pages et tu as aimé, la révolution est en marche ;)
    Blague à part, c’est une belle réussite. L’épistolaire, ce n’est jamais simple, surtout à quatre mains.

  4. Merci de m’accueillir Laure. En raison de l’actualité, les billets de Jérôme et Noukette ne seront en ligne que demain.

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