L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir – Rosa Montero

Rosa Montero - L'idée ridicule de ne plus jamais te revoir - Métailié
(Avis de Valérie)

Lorsqu’on lui demande d’écrire une préface au journal que Marie Curie écrivît après la mort de Pierre, Rosa Montero accepte. Elle-même vient de perdre son mari, elle se retrouve donc dans les maux et les mots de cette femme qu’on disait sèche mais qui, dans son journal, se révèle être une femme amoureuse, avide de retrouver le contact du corps de son défunt mari. Rosa Montero comprend très bien ce besoin de parler à celui qu’on ne reverra plus jamais. Ce roman parle donc du deuil mais pas seulement et tant mieux parce que ce n’est pas ce que j’ai préféré (vu que bien sûr, je n’ai pas de cœur). J’ai surtout aimé le portrait de Marie Curie, sa volonté de se faire un nom dans un milieu cruellement masculin, d’ailleurs il fallut que son mari menace pour qu’elle obtînt elle aussi le prix Nobel de physique. Lorsqu’elle reçut son prix Nobel de chimie, on lui demanda de ne pas venir le chercher parce qu’elle était la maîtresse d’un homme marié. Bien sûr, c’est lui qui trompait sa femme, pas elle son mari (elle était veuve) mais c’est sur elle que fut jetée l’opprobre.
Je ne connaissais pas grand-chose sur Marie Curie, j’ai vraiment apprécié de la découvrir et j’ai trouvé touchant qu’elle soit tant attachée au radium, son « bébé » qu’elle refusait d’en reconnaître les dangers et ne se protégeait pas assez. Par contre, plusieurs aspects m’ont gênée dans ce roman. D’abord cette manie d’utiliser le code des tweets avec des mots comme Une # Mutante. J’ai fini par trouver ça insupportable. Ensuite, on nous parle régulièrement des photos de Marie Curie mais il n’y en a pas dans la version française (j’ai cru comprendre grâce à Marilyne qu’il y en avait dans la version espagnole) et c’est bien dommage. D’ailleurs, petite anecdote à ce sujet, j’ai souri quand Rosa Montero parle de la beauté de Paul Langevin et de Pierre Curie, je n’arrive pas à voir de la beauté en regardant leurs photos, mais bien sûr les critères de la beauté ont bien changé. J’ai souvent aussi été agacée par ce que je perçois comme des clichés avec des phrases comme « Nous les femmes nous avons ce fichu syndrome de la rédemption », signifiant dans le contexte que les femmes veulent toujours changer l’homme de leur vie alors que l’ homme accepte la femme de leur vie avec ses défauts. Quand elle écrit ce genre de clichés, c’est simple, je n’ai pas l’impression d’être une femme tellement je ne me reconnais pas. L’histoire de l’index plus long que l’annulaire chez la femme alors que c’est le contraire chez l’homme m’a intriguée. J’ai d’abord cru être un homme pour finir par découvrir que si je regarde l’intérieur de ma paume et non l’extérieur, mon index est effectivement plus long (je sais, je vous livre là une information capitale, merci de la garder secrète). Mais là n’est pas le cœur de ce livre qui n’a de roman que le nom bien sûr.

Merci à la Librairie Dialogues. Traduit par Myriam Chirousse. Publié en janvier 2015. 177 pages.

Challenge rentrée d'hiver 20153 coeurs

36 réflexions au sujet de « L’idée ridicule de ne plus jamais te revoir – Rosa Montero »

  1. J’avais beaucoup aimé « Des larmes sous la pluie » de R. Montero mais en ce qui concerne la bio de Marie Curie, je pense rester sur celle de Françoise Giroud que j’avais dévoré (Une femme honorable).

  2. ça ne me tente pas particulièrement mais la prochaine fois que je croise un homme (mon collègue qui m’amènera à la gare demain) je regarde son index et son annulaire! (je vais éviter de demander à voir la main de mon voisin de train si c’est un homme)

  3. Bonjour à toutes ! C’est la traductrice qui s’incruste… ;-)
    D’habitude, je n’interviens pas dans les commentaires des lecteurs des livres que je traduis, mais là, je peux vous apporter une explication sur les hashtags, parce que j’ai moi-même interrogé Rosa Montero à ce sujet. Comme beaucoup d’entre vous, à la première lecture du texte j’ai été surprise : pourquoi est-ce qu’elle avait mis ça , ça signifiait quoi pour elle, ça apportait quoi de plus ? Et sa réponse est intéressante : chaque fois qu’elle met un #, c’est pour marquer qu’elle suit « une pensée en construction » autour de ce thème. Au lieu d’une structure classique (chapitre 1=thème 1, chapitre 2=thème 2, etc.), ce livre est parcouru par des thématiques, comme une tapisserie est parcourue par des fils de différentes couleurs, et les # montrent les endroits où ces trames de fond réapparaissent et se rejoignent pour former un motif… C’est pour ça que vous voyez qu’à la fin, dans le dernier chapitre, beaucoup de ces thèmes se regroupent, comme un bouquet final, un aboutissement… Enfin voilà, j’ai pensé que cette explication était intéressante. On peut être d’accord ou pas, mais ce n’est pas un tic superficiel de la part de Rosa Montero : il y a une véritable intention.
    Quant aux photos, oui, je regrette aussi que l’édition française ne les ai pas reprises, car elle ouvraient vraiment le livre sur un côté « multimédia », texte et image, très moderne et universel. Et, comme vous, j’ai été enchantée d’en apprendre plus sur Marie Curie.
    En tout cas, merci à vous toutes pour la passion avec laquelle vous lisez et commentez !
    (et pardon pour l’intrusion…)
    Myriam :-)

  4. j’ai aimé car j’ai découvert Marie Curie sous un autre aspect. Bon pour l’histoire des doigts, c’est autre chose: je suis un homme:)

  5. Ce qui m’a intéressée dans ce livre est le côté miroir des sentiments de deuil entre Marie Curie et Rosa Montero. On retrouve cette forme de thérapie dans le dernier roman de Laurence Tardieu ( ou un peu aussi dans le livre de Claudie Gallay sur Opalka). Deux très bons livres sûrement plus aboutis.
    Sinon, je reconnais que le style avec ces # est étonnant, peu littéraire et que les références sur la condition féminine sont assez basiques. Citez Arthur est tout de même une sacrée référence littéraire!

  6. Ah, dommage. Mais je comprends tes réserves, notamment l’histoire des #. Mais, comme tu le sais, j’ai beaucoup aimé cette lecture, thèmes et ton.
    ( sinon, le coup du pas-de-coeur, ça ne passe pas. Va falloir que tu trouves plus convaincant :-) )

  7. Oh ben non alors !
    Comme je suis déçue d’apprendre que ce livre peut à ce point là ne pas plaire ! :-(
    Moi j’ai été transportée ! (mais je découvrais Montéro, cela joue peut-être?)
    J’ai adoré le côté digressif, faussement décousu ; et quant aux hashtags, au début je me suis dit « oh ça va vite m’énerver ce truc là … » et puis en fait comme il y a toujours un petit côté second degré , finalement c’est très bien passé ;-)

      • un peu quand même : tu en parles un peu… « placidement » alors que c’est un livre bouillonnant d’énergie et de goût de la vie (ce qui peut « saoûler », je le conçois bien, ce petit côté survolté espagnol avec diction en mitraillette comme dans les films d’Almodovar ;-) En fait tu n’as pas accroché si tu n’en es pas sortie frangine avec Rosa, Marie , et les autres, veux tu que je te dise ! Ah mais .
        #cestpasparcequonnestplusjuréespourELLEquonnevaplussempoigner

      • un peu quand même : tu en parles un peu… « placidement » alors que c’est un livre bouillonnant d’énergie et de goût de la vie (ce qui peut « saoûler », je le conçois bien, ce petit côté survolté espagnol avec diction en mitraillette comme dans les films d’Almodovar ;-) En fait tu n’as pas accroché si tu n’en es pas sortie frangine avec Rosa, Marie , et les autres, veux tu que je te dise ! Ah mais .
        #cestpasparcequonnestplusjuréespourELLEquonnevaplussempoigner

  8. Comme j’hésitais et que nous sommes souvent agacées par les mêmes livres, je n’en ferai pas une priorité (doux euphémisme connaissant le nombre élevé et en croissance constante de livres prioritaires !)

  9. J’ai les mêmes réserves que toi ; j’aurais préféré un livre entièrement sur Marie Curie et l’utilisation des hashtags est insupportable, j’aimerais d’ailleurs savoir qu’elle utilité l’auteur peut bien leur trouver dans le texte. Ceci dit, je l’ai lu facilement et avec plaisir quand même (pas encore fait de billet).

  10. Tu n’as pas de cœur, bien sûr, bien sûr. Bref, je m’égare…
    Franchement, je me demandais si j’y trouverais mon compte. A te lire je crois que non. Définitivement non.

    • Tu n’oserais pas mettre ma parole en doute tout de même ! ;)
      Il plaît beaucoup ce roman, je pense que les coeurs tendres y trouveront leur compte. Et tu es un coeur tendre.
      Malgré mes bémols, c’est un roman qui reste intéressant pour le portrait qui est fait de Marie Curie.

  11. je l’avais repéré chez Mior, et j’ai très envie de le lire (même si je pense que comme toi, je vais être agacée par ce genre de clichés et le tic du hashtag…)
    tiens c’est marrant cette histoire d’index, j’ai bien sûr vérifié immédiatement sur moi ^^ (flagrant à la main gauche, et pas du tout à la main droite, bizarrement)

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>