Les Regrets sonnet 12 – Joachim du Bellay

Joachim du Bellay - Les Regrets - GallimardCoup de coeur !

Tout le monde connait, peut-être même sans le savoir les Regrets de Joachim du Bellay, et surtout le sonnet 31. C’est celui qui commence par « Heureux qui, comme Ulysse, a fait un beau voyage ».

Dans le sonnet 12, beaucoup moins connu, Joachim du Bellay s’adresse à un autre poète français, son ami Olivier de Magny (1529? – 1561), et lui parle de ses sentiments et notamment de la douleur qu’il ressent à Rome, éloigné de la France.


Quelques mots :

Joachim du Bellay a écrit Les Regrets pendant son voyage à Rome (entre 1553 et 1557), où il part pour être le secrétaire de son oncle, le cardinal Jean du Bellay. Etant très déçu de ce voyage, il rédigera deux recueils de poèmes pendant cette période, Les Regrets et Les antiquités de Rome.

Dans Les Regrets, du Bellay traite principalement de la difficulté d’être exilé loin de son pays. Le recueil de poèmes comprend 191 sonnets en alexandrin, est habituellement découpé en trois parties, Le Regrets élégiaques proprement dits, les poèmes satiriques, puis les louanges aux grands de ce monde. Le recueil sera publié en 1558, après son retour en France.

Pourquoi le choix du sonnet 12 ?:

Tout simplement, parce qu’il s’agit de mon sonnet préféré de Les Regrets de Joachim du Bellay. Et je serai bien en mal d’expliquer pourquoi. Quand je l’ai lu la première fois, je me suis arrêtée, je suis revenue en arrière, et puis je l’ai relu et relu et relu. Il opère sur moi un charme particulier, comme un envoûtement magique.

Peut-être parce qu’il est sincère, parce que ses mots sur les regrets du pays absent me touchent particulièrement, parce qu’il exprime des sentiments personnels et intimes, et qu’il les partage avec quelqu’un de proche, son ami Magny rencontré à Rome.

Les regrets, sonnet 12 :

Vu le soin ménager dont travaillé je suis,
Vu l’importun souci qui sans fin me tourmente,
Et vu tant de regrets desquels je me lamente,
Tu t’ébahis souvent comment chanter je suis.

Je ne chante, Magny, je pleure mes ennuis,
Ou, pour le dire mieux, en pleurant je les chante ;
Si bien qu’en les chantant, souvent je les enchante :
Voilà pourquoi, Magny, je chante jours et nuits.

Ainsi chante l’ouvrier en faisant son ouvrage,
Ainsi le laboureur faisant son labourage,
Ainsi le pèlerin regrettant sa maison,

Ainsi l’aventurier en songeant à sa dame,
Ainsi le marinier en tirant à la rame,
Ainsi le prisonnier maudissant sa prison.

La poésieJoachim du Bellay (1522-1560)
Les Regrets, 1558
Edition présentée :
1975, Gallimard, 330 pages
Extrait p.76-77

Rendez-vous du jeudi de la poésie chez Asphodèle.

14 réflexions au sujet de « Les Regrets sonnet 12 – Joachim du Bellay »

  1. Une redécouverte pour moi :-)
    J’aime beaucoup le rythme …. Si roche d’une chanson effectivement

     » Si bien qu’en les chantant, souvent je les enchante  »
    Bonne soirée

    • Oui, je l’imagine aussi très bien en chanson. D’ailleurs cela a été mis en musique par Michèle Reverdy, et on peut écouter la chanson sur son site, mais j’avoue que je n’aime pas du tout cette version, beaucoup trop « étirée » et lyrique à mon goût, et elle ne me touche pas du tout, Bon week-end !

  2. Alors, chantons pour nous enchanter au lieu de pleurer sur notre sort !
    Hum, c’est un peu dur à lire mais… Heureux qui, comme nous, avons relu du Bellay !
    Merci pour les explications qui éclairent ton choix.
    Bises de Lyon

    • Soène, c’est aussi la raison pour laquelle je suis touchée par ce sonnet, parce qu’il reflète exactement ce que je pense : faire ce qu’il faut pour s’enchanter et arrêter de pleurer inutilement sur son sort :-)

  3. Quelle bonne idée de remettre du Bellay en coup de coeur ! :D Il a laissé des poèmes inoubliables, merci de nous l’avoir rappelé ! Comme tu le dis, il y a une sincérité criante dans celui-ci ! ;)

  4. Joachim du Bellay! Encore un poète que j’aime! Et si je ne le cite pas dans mes poètes préférés, c’est une lacune, car il est toujours dans un coin de mémoire avec cette musique si frêle, si nostalgique, si particulière à la langue du XVI siècle!

    • Je suis bien incapable de citer mes poètes préférés, je connais tellement mal …. Peut-être qu’à la fin de l’année, je pourrais faire un podium :-)

    • Je pense que je ne l’ai pas étudié, ou alors, je ne m’en souviens plus du tout. Mon seul souvenir de lycée en poésie, n’est pas du tout une souffrance, j’y reviendrais un autre jeudi, c’est Ronsard « allons voir si la rose … »

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