Les règles d’usage – Joyce Maynard

joyce-maynard-les-regles-dusage-philippe-rey

Pas facile de revenir sur le 11 septembre 2001. Joyce Maynard réussit pourtant, avec Les règles d’usage, un roman touchant sur l’adolescence, à travers le regard de Wendy, 13 ans, qui va voir sa vie bouleversée par la mort de sa mère dans cette tragédie.

Avant le drame, le lecteur va d’abord faire la connaissance de Wendy et de sa famille recomposée, heureuse, pleine de peps et de vie. Son (demi) frère Louie est adorable et le petit ami de sa mère, Josh, considère Wendy comme sa propre fille. L’argent n’est pas toujours là, mais le bonheur est, lui, bien présent.

Une nouvelle fois, Joyce Maynard traite des rapports familiaux avec justesse et tendresse. Ses personnages sont attachants, elle réussit à se mettre dans la peau de l’adolescente Wendy avec une facilité déconcertante et on se prend vraiment d’affection pour cette famille sympathique. A chaque roman, Joyce Maynard explore la psychologie enfantine, et féminine, avec une réelle bienveillance, sans pour autant décrire des personnages sans saveur.

Une nouvelle fois également, un drame vient bouleverser l’équilibre familial. Ici, il vient également chambouler « les règles d’usage » (mais pas trop quand même). Choisir le 11 septembre 2001 comme événement dramatique n’était pas d’une grande originalité. Peut-être, mais c’est l’un des plus grands drames du XXIe siècle. Difficile de passer à côté et elle réussit son choix. Sa description du drame, de l’attente, de l’espoir, à travers tant du regard de Josh, de Wendy que de sa meilleure amie Amélia, est extrêmement bien réussie. Ce passage se lit en apnée, avec des frissons et la chair de poule.

La partie du roman en Californie, lorsque Wendy retrouve son père, est plus conventionnelle. Elle tente de faire sa place dans cette nouvelle vie, cette nouvelle famille, en se souvenant des bons et moins bons moments passés avec sa mère. Certains passages sont un peu moins prenants, peut-être en raison du procédé visant à lui faire rencontrer un peu systématiquement différentes personnes (dont des adolescents rencontrant des difficultés) comme étapes de son évolution personnelle. Après la prouesse de Jonathan Safran Foer et son brillant Extrêmement fort et incroyablement près sur le même thème, la comparaison se fait nécessairement.

Ceci étant, un roman d’apprentissage agréable, une veine dramatique présente sans être pesante, et pour les lecteurs connaissant l’oeuvre de Joyce Maynard, pas de tension ou de suspens comme dans Un long weekend ou L’homme de la montagne, ce qui n’empêche nullement le plaisir de lecture.

Le Mois americain

Lu dans le cadre du mois américain organisé par Martine.

D’autres lecteurs ont choisi d’autres titres autour de Joyce Maynard.




Les premières lignes :

L’origine de son nom, Wendy en connaissait bien l’histoire. Ton père voulait t’appeler Sierra, commençait toujours sa mère, parce que tu as été conçue dans les monts de la Sierra Nevada, où on était allés camper. Pour pêcher la truite, bien sûr. Mais depuis toute petite, j’ai toujours dit que si j’avais une fille je l’appellerais Wendy.

La présentation de l’éditeur Philippe Rey :

Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération. Le lecteur suit la lente et terrible prise de conscience de Wendy et de sa famille, ainsi que leurs tentatives pour continuer à vivre. Le chemin de la jeune fille la mène bientôt en Californie chez son père biologique qu’elle connaît à peine – et idéalise. Son beau-père et son petit frère la laissent partir le coeur lourd, mais avec l’espoir que cette expérience lui sera salutaire. Assaillie par les souvenirs, Wendy est tiraillée entre cette vie inédite et son foyer new-yorkais qui lui manque. Elle délaisse les bancs de son nouveau collège et, chaque matin, part à la découverte de ce qui l’entoure, faisant d’étonnantes rencontres : une adolescente tout juste devenue mère, un libraire clairvoyant et son fils autiste, un jeune à la marge qui recherche son grand frère à travers tout le pays. Wendy lit beaucoup, découvre Le Journal d’Anne Frank et Frankie Addams, apprend à connaître son père, se lie d’amitié avec sa belle-mère éleveuse de cactus, comprend peu à peu le couple que formaient ses parents – et les raisons de leur séparation. Ces semaines californiennes la prépareront-elles à aborder la nouvelle étape de sa vie ? Retournera-t-elle à Brooklyn auprès de ceux qui l’ont vue grandir ?

Émouvante histoire de reconstruction, Les règles d’usage évoque avec brio la perte d’un être cher, l’adolescence et la complexité des rapports familiaux. Un roman lumineux.


Joyce MAYNARD
Les règles d’usage
Traduit de l’anglais (États-Unis) par Isabelle D. Philippe
Philippe Rey, septembre 2016, 480 pages.

6ème lecture du Challenge 1% Rentrée Littéraire 2016

20 réflexions au sujet de « Les règles d’usage – Joyce Maynard »

  1. Tiens tu me donnes envie de lire le Jonathan Safran Foer « Extrêmement fort et incroyablement près » qui a l’air supérieur à celui-ci même si, d’après ce que tu en dis et malgré la dernière partie, c’est un bon roman. j’ai lu « Les filles de l’ouragan » et elle ne m’avait pas entièrement convaincue.

    • Même si j’ai aimé Les règles d’usage, « Extrêmement fort et incroyablement près » est en effet pour moi supérieur. C’est un livre très marquant, j’en garde vraiment un excellent souvenir.

    • Il n’est pas parfait, et tu pourrais trouver quelques longueurs, mais il reste bien plus ancré dans la réalité que L’homme de la montagne, il est plus « vrai ».

  2. J’ai formulé un bémol également. J’ai trouvé qu’il y avait quelques longueurs (notamment quand elle parle de sa mère). Ce n’est pas mon préféré de l’auteure mais je suis tout de même contente de l’avoir lu.

    • Je n’ai pas eu le temps pendant le weekend, mais je vais aller lire ton avis dans la journée. Ce n’est pas mon préféré non plus, mais moi aussi, je suis contente de l’avoir lu.

  3. je voulais le lire pour cette LC mais pas eu le temps…je note tes bémols mais Joyce Maynard est une auteure que j’aime bien, je lirai donc ce livre un peu plus tard

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>