Les mots qu’on ne me dit pas – Véronique Poulain

Veronique Poulain - Les mots qu'on ne me dit pas - Stock

Rentrée littéraire 2014 – Premier « roman » -

Véronique Poulain est née de parents sourds-muets, alors qu’elle même ne l’est pas. Elle raconte dans un petit récit ce rapport difficile d’entendante avec ses parents handicapés.

Le sujet laissait présager un livre passionnant, entraînant de grandes attentes, qui ne sont malheureusement pas remplies.

Certains côtés restent cependant intéressants, comme les quelques développements sur les difficultés de communication, sur l’envie d’un enfant de communiquer oralement avec ses parents, ce qu’il ne peut pas faire.

On apprend aussi que les mots étant plus limités dans le langage des sourds, les discussions sur la sexualité sont plus directes et plus crues, pour aller directement à l’essentiel, et les discussions de manière générales plus concrètes et essentielles.

Mais ce qui est dommage, c’est que le livre ne développe pas réellement ces sujets, les survole seulement, et n’en tire aucune analyse, mais des constats purement factuels.

En fait, il ne s’agit pas d’un livre de réflexions ou d’un livre très profond, pas du tout, mais plus d’un livre de souvenirs, très facile à lire, avec des phrases très courtes et peu littéraires. L’intérêt n’est donc pas dans le style.

L’intérêt n’est pas non plus dans la beauté de la relation enfants/parents, qui semble peu existante ou peu traitée, et lorsque Véronique Poulain en parle, ces parties laissent un goût amer, avec une impression étrange de mépris larvé d’une adolescente immature envers ses parents.

En effet, Véronique Poulain parle beaucoup de tous ses agacements envers ses parents, sur les bruits qu’ils font au quotidien (quand ils mangent, vont aux toilettes, etc.) et dont ils ne se rendent pas compte, sur leur façon dérangeante de parler à haute voix, sur leur manque de vocabulaire, sur leur comportement en public.

Elle développe aussi les bêtises et comportements d’enfants entendants envers leurs parents sourds-muets (mettre la musique à fond, crier par la fenêtre, faire venir des amis à la maison pendant la nuit, etc), comportements qui semblent bêtes et méprisants.

Au final, ce livre très factuel est un récit raconté de manière brute, sans finesse littéraire, avec un regard qui paraît étrangement détaché et extérieur, voire même bizarrement un peu méchant, qui se lit très bien certes, mais ne touche pas vraiment.

Il ne faut absolument pas s’attendre à lire un deuxième Le cri de la mouette, le livre d’Emmanuelle Laborit.

Les premières lignes :

Mes parents sont sourds.
Sourds-muets.
Moi pas.

Présentation par les éditions Stock (4e de couverture) :

« “ Salut, bande d’enculés ! ”
C’est comme ça que je salue mes parents quand je rentre à la maison.
Mes copains me croient jamais quand je leur dis qu’ils sont sourds.
Je vais leur prouver que je dis vrai.
“ Salut, bande d’enculés ! ” Et ma mère vient m’embrasser tendrement. »

Sans tabou, avec un humour corrosif, elle raconte.
Son père, sourd-muet.
Sa mère, sourde-muette.
L’oncle Guy, sourd lui aussi, comme un pot.
Le quotidien.
Les sorties.
Les vacances.
Le sexe.
D’un écartèlement entre deux mondes, elle fait une richesse. De ce qui aurait pu être un drame, une comédie.
D’une famille différente, un livre pas comme les autres.

Challenge RL 2014Véronique POULAIN, Les mots qu’on ne me dit pas
Parution : 20 août 2014 – Stock

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(Dernière mise à jour : 22/08/2014)

18 réflexions sur « Les mots qu’on ne me dit pas – Véronique Poulain »

  1. Bonjour Laure, c’est sûr que c’est un livre factuel mais cela reste plaisant. Je n’ai pas trouvé les enfants « méchants » mais humains tout simplement. Bonne fin d’après-midi.

    • Bonjour Dasola, je sais que je fais partie des rares qui n’ont pas accrochés à ce livre, et je n’ai pas ressenti d’humanité, mais de la méchanceté – bien qu’enfantine. Je suis passée à côté du message de l’auteur. Bonne soirée.

  2. Ah ben dis donc, dur dur de se décider car je lis ton avis après celui de Eva : ils ne pourraient pas être plus radicalement différents ;-) Bon, ça sera plutôt une lecture de la médiathèque si l’occasion se présente ;-)

    • Oui, c’est intéressant de voir comment un même livre peut être ressenti de manière si opposée. Si tu te décides, je serais curieuse de voir de quel côté ton avis balance ;-)

  3. Vous écrivez exactement mon ressenti sur ce livre. Je ne lisais que des louanges et j’en étais étonnée car, pour moi, ce livre est une caricature méprisante et désobligeante du monde des sourds.

    • En effet Annie, nous avons ressenti la même chose, et j’ai été étonnée comme vous de lire des louanges sur ce livre, alors que pour moi, le côté méprisant ressenti était très gênant.

      • Je serais curieuse de savoir si ce sont des sourds ou des entendants qui lisent ce livre et qui le commentent avec autant de bienveillance… Le début présageait un livre tendre mais très vite il se transforme en sketch à la Guy Bedos (les critiques nous informent sans cesse que Véronique Poulain était son assistante) dans un style sec, brutal, blessant et irrévérencieux. Je n’ai pas ressenti d’amour et surtout pas de drôlerie à sa lecture bien au contraire.

        • Annie, nous avons donc ressenti exactement la même chose. Je ne connais pas de personnes sourdes qui ont lu ce livre, je ne peux donc pas répondre pour elles, mais en tant que lectrice « entendante », j’ai trouvé ce livre en effet irrévérencieux, et il ne m’a pas fait rire du tout

          • J’ai lu une critique sur le site « Babelio » qui correspond à celle-ci mais il y en a 1 sur 44. Quelle tristesse ! Je ne comprend pas l’engouement des lecteurs pour ce livre .

  4. Je ne peux que partager tout ce que tu dis, tout est vrai…. c’est juste que puisque moi j’ai lu entre les lignes de la bienveillance, tout m’a semblé plutôt drôle derrière le récit factuel et corrosif… et j’ai vraiment bcp aimé :)
    Mais c’est bien que nous n’ayons pas tous les mêmes ressentis !
    Des bisous
    Cajou

    • C’est vrai que j’ai été gênée par mon ressenti de mépris.
      Et, je trouve ça toujours très intéressant moi aussi que les ressentis soient différents :-)

    • Tu as tout compris. Je l’ai assez vite perdu l’intérêt, et je ne l’ai pas retrouvé …peut-être que je n’ai pas assez bien cherché ;-)

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