Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette

Sandrine COLLETTE - Les larmes noires sur la terre - Denoel Coup de coeur !

Une nouvelle fois, Sandrine Collette réussit un roman noir et profond autour d’une femme qui sombre du rêve à la misère. Avec Les larmes noires sur la terre, vous allez suivre l’aventure de la jeune Moe qui va de mauvais choix en catastrophes. Quand on croit que le pire est là, ce n’est pas toujours le pire …

Totalement démunie et à la rue, avec son gamin sous le coude, Moe – qui va vite regretter d’avoir quitté Tahiti, pour suivre un homme qui n’est pas le Prince Charmant et ne va pas lui faire vivre la vie idéalisée – chute et glisse jusqu’à la Casse.

La Casse, c’est là toute la réussite et l’originalité de ce roman. Est-ce qu’il s’agit d’un lieu réel ou d’un endroit imaginé aux accents post-apocalyptiques ? Sandrine Collette flirte avec cette question et explore le monde de l’extrême pauvreté, celui des bidonvilles, des favelas, des camps de migrants et pire. Pourtant, elle explique dans une interview intéressante, qu’elle ne pensait pas à cela en choisissant un cimetière de voitures comme lieu de son roman, simplement que son regard croisa un jour des voitures abandonnées. Elle a sacrément bien fait de se laisser guider par son intuition.

Nous allons alors découvrir, au côté de Moe et de son fils, les histoires individuelles d’autres femmes, qui vont l’aider, la soutenir dans un microcosme de solidarité féminine. Sandrine Collette explore ainsi des histoires parallèles de vies abîmées, notamment celles de Poule, Ada, Marie-Thé et Jaja. Les destins de ces femmes sont terribles et poignants. Basées sur des existences réelles, ces héroïnes improbables et touchantes mêlent autant de douleur et d’humanité qu’un optimisme et un sentiment d’espoir permanents toujours là, malgré et contre tout.

Sandrine Collette écrit un drame qui raisonne terriblement, avec beaucoup de style et de respect pour ces destins brisés, en continuant de fouiller dans la noirceur de l’âme humaine, dans des lieux désolés et isolés, comme elle l’avait déjà fait avec un immense talent avec Des noeuds d’acier et Il reste la poussière.

Les avis de Jostein, Joëlle, Alex, Virginie.


Les premières lignes :

Et ce dont elle se souviendra sera si peu de chose. Peut-être le sentiment d’une gigantesque erreur, mais peut-être pas, car ses pensées, ses gestes, sa conscience, tout part à vau-l’eau dans un émiettement une fragmentation qu’elle croyait impossibles, les mots muets à l’intérieur d’elle alors qu’il faudrait hurler et appeler à l’aide, et elle, juste ce bruit de gorge qu’elle ne reconnaît pas, cette raucité cette plainte, un animal sans doute, elle devrait tourner la tête et regarder, mais sa tête ne tourne pas et ses yeux ne voient plus.

La présentation des éditions Denoël :

Il a suffi d’une fois. Une seule mauvaise décision, partir, suivre un homme à Paris. Moe n’avait que vingt ans. Six ans après, hagarde, épuisée, avec pour unique trésor un nourrisson qui l’accroche à la vie, elle est amenée de force dans un centre d’accueil pour déshérités, surnommé «la Casse».
La Casse, c’est une ville de miséreux logés dans des carcasses de voitures brisées et posées sur cales, des rues entières bordées d’automobiles embouties. Chaque épave est attribuée à une personne. Pour Moe, ce sera une 306 grise. Plus de sièges arrière, deux couvertures, et voilà leur logement, à elle et au petit. Un désespoir.
Et puis, au milieu de l’effondrement de sa vie, un coup de chance, enfin : dans sa ruelle, cinq femmes s’épaulent pour affronter ensemble la noirceur du quartier. Elles vont adopter Moe et son fils. Il y a là Ada, la vieille, puissante parce qu’elle sait les secrets des herbes, Jaja la guerrière, Poule la survivante, Marie-Thé la douce, et Nini, celle qui veut quand même être jolie et danser.
Leur force, c’est leur cohésion, leur entraide, leur lucidité. Si une seule y croit encore, alors il leur reste à toutes une chance de s’en sortir. Mais à quel prix ?


Sandrine COLLETTE
Les larmes noires sur la terre
Denoël, Février 2017, 336 pages.

13e lecture de la Rentrée Littéraire Janvier 2017.

8 réflexions au sujet de « Les larmes noires sur la terre – Sandrine Collette »

  1. Je me demandais si tu l’aimerais ! . Moi sur ce coup j’ai trouvé qu’elle allait trop loin, comme si elle se caricaturait elle-même.. Je n’ai même pas pu finir :/

    • Oh zut … Je lui ai trouvé des mini défauts, dont je n’ai pas eu envie de parler car ils me paraissaient infimes, mais je l’ai dévoré !

  2. On l’avait mis au programme des Bibliomaniacs, mais les deux premières qui l’avaient lu n’ont pas aimé, donc on a changé l’affiche…

  3. Je ne lis pas beaucoup de romans noirs mais j’ai très envie de découvrir cette auteure, je viens d’emprunter son précédent roman.

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