Les jours de mon abandon – Elena Ferrante

Elena Ferrante - Les jours de mon abandon - Gallimard

Les jours de mon abandon n’est pas un énième livre sur la fin d’un couple, le départ du mari laissant sa femme seule avec ses deux enfants et son désespoir, car l’histoire de cette séparation possède une profondeur littéraire et intime qui en fait toute la beauté et tout l’intérêt.

C’est après le déjeuner que Mario annonce un jour à Olga qu’il va la quitter. Il a rencontré une autre femme, plus jeune, et va vivre avec elle. Il ne lui dit pas tout immédiatement, Olga le saura plus tard, quand elle tentera de tout découvrir et de tout comprendre. Et puis, elle saisira surtout qu’il n’y a rien d’autre à comprendre que la vie qui suit son cours, avec ses joies et ses désillusions.

Ce qui m’a particulièrement plu dans ce roman, à part la grande qualité littéraire et narrative d’Elena Ferrante (découverte récemment avec le sublime L’amie prodigieuse), c’est l’absence de larmoiement et d’auto-complaisance, que je craignais un peu en raison du sujet de la femme abandonnée, au bénéfice d’une description intérieure juste et assez fine des conséquences d’une séparation qu’Olga n’avait pas vu venir.

J’ai trouvé que les étapes par lesquelles Olga va passer pour accepter la situation sont extrêmement bien décrites et réelles, comme si Elena Ferrante racontait un événement qui lui était personnellement arrivé. Son regard sur elle-même, sur son rôle de mère, sur sa féminité et sur les années qui passent, est criant de vérité, sans oublier également les développements sur la présence et le poids des enfants qui réclament l’attention qu’elle n’est plus en mesure de leur donner, étant totalement accaparée par l’ouragan qui vient de la dévaster.

♡♡♡ Pas de « WonderWoman » ici, mais une femme totalement démunie, qui tente tant bien que mal (plutôt mal d’ailleurs), de s’en sortir, en faisant mine d’endosser de manière assez touchante le rôle de la femme forte, celui de maman qui gère tout, de femme au foyer qui assume sans problème, ou de femme à l’aise avec sa sexualité, alors que toute son énergie ne semble vouée qu’à accumuler désastre sur désastre.

Une minuscule réserve au milieu du roman, sur la description d’une journée catastrophe, qui m’a parue un peu trop exagérée, mais qui n’entame pas du tout l’intérêt de cette belle lecture. A éviter peut-être pour les femmes qui sortent depuis trop récemment d’une séparation difficile.

Lire aussi l’avis d’Eva, avec qui j’ai lu ce livre sur les excellents conseils de Coralie.


Les premières lignes :

Un après-midi d’avril, aussitôt après le déjeuner, mon mari m’annonça qu’il voulait me quitter. Il me le dit tandis que nous débarrassions la table, que les enfants se chamaillaient comme à l’ordinaire dans une autre pièce, et que le chien rêvait en grognant devant le radiateur.

La 4e de couverture des éditions Gallimard :
(ou lien direct site Gallimard)

Olga, trente-huit ans, un mari, deux enfants. Un bel appartement à Turin, une vie faite de certitudes conjugales et de petits rituels domestiques. Quinze ans de mariage. Puis, un après-midi d’avril, une phrase de son mari met en pièces cette existence sereine et transforme Olga en femme abandonnée. Une femme rompue. Lâchée, brisée. Una poverella, comme cette voisine de son enfance napolitaine dont elle croit encore entendre les pleurs la nuit.
Frappée de stupeur, Olga ne comprend rien au prétendu «vide de sens» de l’homme qu’elle a suivi à Turin, et pour qui elle a abandonné l’écriture. L’homme avec qui elle voulait vieillir est devenu l’homme qui ne veut plus d’elle. Olga n’existe plus. Ou seulement dans sa lente déchéance, dans cette descente aux enfers où la terre semble se dérober sous ses pieds, et les événements se liguer contre elle : un repas de réconciliation se termine dans le sang, son garçon tombe malade, le téléphone est coupé sans raison, le berger allemand agonise, sans doute empoisonné, puis la porte de l’appartement se bloque de l’intérieur et Olga se retrouve enfermée…
Le livre d’Elena Ferrante nous projette littéralement dans l’intimité d’Olga et nous embarque pour un voyage aux frontières de la folie. Par la justesse de son ton et son rythme haletant, Les jours de mon abandon constitue une variation parfaitement maîtrisée et originale sur le thème de la femme abandonnée.


Elena FERRANTE
Les jours de mon abandon
Traduit de l’italien par Italo Passamonti
Gallimard, avril 2004, 240 pages
VO : 2002, I giorni dell’abbandono

20 réflexions au sujet de « Les jours de mon abandon – Elena Ferrante »

  1. Je viens de découvrir ton blog, et en même temps de belles idées de lecture ! Je ne connais pas ce roman, mais à ta façon d’en parler, je sais que je vais aimer.
    Si j’étais raisonnable, je quitterais ton blog avant qu’il ne soit trop tard et que ma wish list ne gonfle trop, mais je suis un peu maso en ce qui concerne les livres, alors je vais rester ;)

    • Merci pour ce gentil message. J’ai découvert Elena Ferrante très récemment, et je suis contente que tu aies envie de la découvrir aussi ! Si tu voyais la taille de ma dernière wish list … Une chose est certaine, je dois être aussi maso que toi, et je te comprends très très bien ;-)

    • C’est vrai qu’une belle écriture comme ça, il faut noter le pseudo de l’auteur. Et j’aimerais vraiment savoir si cette inconnue a vécu ce qu’elle raconte ou si c’est de la pure création, car elle est vraiment bluffante.

  2. Tu es très convaincante (alors que juste le sujet, ça me laissait froide, toujours un mari qui quitte sa femme pour une plus jeune, du classique)

    • C’est exactement ce que je me suis dit au départ, mais c’est vraiment beaucoup en intériorité, et ça, on ne le voit pas souvent, ni de manière aussi bien écrite.

  3. Comme il va falloir attendre attendre la suite la suite de « L’amie prodigieuse »
    (Le deuxième tome de la série sortira en janvier 2016, et puis les deux suivants début 2017 et début 2018), je note celui-ci!

    • Merci Clara pour les infos, je n’étais pas allée les chercher. Je n’aurais pas le temps de lire suffisamment bien l’italien d’ici janvier 2016, donc je vais attendre ! Les jours de mon abandon est un bon cru pour patienter ;-)

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