Les enfants de Dimmuvik – Jon Atli Jonasson

Jon Atli Jonasson - Les enfants de Dimmuvik - Notabilia Noir sur Blanc

La narratrice est une vieille femme, qui assiste à l’enterrement de son frère. C’est l’occasion pour elle de revenir sur ses difficiles années d’enfant, lorsque sa famille vivait dans un coin reculé d’Islande, dans la crique de Dimmuvik, en 1930.

Ce petit roman, cette grande nouvelle ou cette Novella, a la grandeur de la concision extrêmement bien maîtrisée. Avec les mots simples de l’enfant qui revivent des années plus tard celles qu’elle aurait préféré oublier, la narratrice tranche dans le vif d’une vie familiale de misère.

Manger devenait le combat du quotidien, aller chercher du lait en haut de la colline, la tâche récurrente des enfants, à tour de rôle. Car derrière la corvée, c’était surtout l’attente de pouvoir boire gratuitement un ou plusieurs verres de lait entier, de se remplumer.

Un texte brut, direct, percutant, qui vient de loin, des profondeurs de la terre et de la mer, de l’austérité des familles sans tendresse, sans échange, des familles où chacun tente de survive dans ce groupe imposé qu’il est impossible d’éviter. Entre la douleur de la mère, le désappointement du père, les gamins survivent dans cette misère du bout du monde, du brouillard et de l’abandon.

Pas de description inutile, pas de place pour le beau, ni pour le superflu. Le silence prend toute la place, dans cette vie de tristesse, la malédiction semble être un membre de la famille. Il est très rare de ressentir avec autant de puissance la sensation de manque, la sensation de faim qui ne quitte pas le corps de ses êtres décharnés, Jon Atli Jonasson va bien plus loin que Steinbeck, aux profondeurs de ce qui est viscéral.

Ce livre au dépouillement extrême reste dans le factuel, dans la narration du souvenir, sans pleurnicherie, sans complainte, jamais, il va à l’essentiel, tout simplement car c’était ainsi, c’était la vie des enfants de Dimmuvik.

Les avis de Clara et Jérôme m’ont convaincue de découvrir ce texte poignant et magnifique, merci à vous deux.

Les premières lignes :

En 1930, j’avais douze ans. Du fait que me voilà à présent assise dans cette vieille église pour dire adieu à mon frère, je ne peux que revenir en arrière dans ma tête. Mon petit-fils aurait vite fait de me conduire jusqu’à la crique, mais je ne veux même pas y penser.

La 4e de couverture des éditions Noir sur Blanc :
(ou lien direct site Noir sur Blanc)

Le jour de l’enterrement de son frère, une vieille femme se remémore leur enfance misérable au bord d’une crique, quelque part en Islande, où l’on enterrait les mort-nés dans des champs de lave. C’était un pays maudit baigné d’une mer vide, écrasé par des montagnes aux cimes déchiquetées. Un pays aux hivers rudes où trois enfants malingres sont réduits à manger du lichen ou des chiens errants. La vieille femme se souvient de sa mère qui un jour perdit la raison et se tourna vers un mur, cessant de parler et de voir. Elle se souvient de son père qui, à la lueur d’une bougie, leur lisait le soir des pages de la Bible. C’était en 1930, la vieille femme avait alors douze ans. Elle se rappelle la faim, qui les torturait, et le crucifix où pendait un jésus efflanqué à la tête énorme, un christ aussi difforme qu’eux, qui n’avait rien à leur dire.
Dans Les enfants de Dimmuvík, Jón Atli Jónasson raconte une histoire d’autant plus terrible que la vérité y apparaît comme un os mis à nu : il y a parfois, simplement, trop de bouches à nourrir. C’est aussi en filigrane une méditation angoissée sur la tentation d’abandonner les siens à leur misère pour sauver sa peau.

Challenge petit bac 2015Jon Atli JONASSON
Les enfants de Dimmuvik
Traduit de l’islandais par Catherine Eyjolfsson
Noir sur Blanc (Notabilia), Avril 2015, 90 pages
VO : 2013, Börnin i Dimmuvik

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