Les endormeurs – Anna Enquist

Anna Enquist - Les endormeurs - Actes Sud

Avec Les endormeurs, on plonge en plein dans le milieu médical néerlandais, dans l’anesthésiologie, la psychanalyse, la psychothérapie, dans l’urgence et la détresse. Attention, ce n’est pas un livre gai, c’est plutôt lourd et pesant, mais superbe.

Drik de Jong est psychothérapeute et décide de reprendre le travail. Il avait suspendu ses consultations quelques mois, afin d’être totalement présent aux côtés de sa femme Hanna, lors de ses derniers instants. Ces moments difficiles l’ont rapproché de sa soeur Suzanne, anesthésiste et de son mari Peter, psychanalyste.

La difficulté et la beauté de la profession médicale, avec ses doutes et ses satisfactions, est ici très bien rendue, et c’est en réalité le propos du livre. Pour permettre des comparaisons entre les deux, on suivra également un jeune interne en médecine, Allard Schuurman, qui cherche sa voie, entre psychanalyse et anesthésiologie.

Ce livre n’est pas du tout écrit dans un rythme haletant et rapide, il ne s’agit pas ici d’un double Réparer les vivants (superbe livre de Maylis de Kérangal). C’est au contraire assez lent et l’ambiance est douloureuse, empreinte de questionnements intérieurs, de doutes, de dépressions, de mal-être.

La question de l’amour et du désir sera aussi présente, avec toutes les interrogations qui l’accompagnent lorsqu’un mariage existe, lorsque la différence d’âge est trop grande, lorsqu’on a des enfants, lorsque l’on sort des cadres sociaux bien définis.

Ce qui est vraiment nouveau et intéressant, c’est de se retrouver dans la tête de ces médecins, comme Drik, qui doute de ses capacités à aider son patient Allard Schuurman dans le cadre de son analyse didactique (passage obligatoire pour devenir psychanalyste). On va parler de refoulement, des mécanismes de défense, d’abandon et de mort aussi.

Le livre a été écrit par Anna Enquist en sa qualité de psychanalyste, qui a participé au projet « un écrivain dans le service » d’un hôpital ; elle a choisi le service d’anesthésiologie pour étudier et retranscrire ce contraste qui la fascine entre la psychanalyse et l’anesthésiologie.

C’est d’ailleurs bien sur ce thème que son livre est très intéressant et qu’elle excelle. Malgré les petites réserves qu’on pourrait émettre sur la partie romancée, c’est accessoire. Ce livre reste ancré et très présent, plusieurs jours après l’avoir terminé.

Le côté « dépressif » du livre est quand même assez insistant, et il faut être prêt à entrer dans cet univers, au risque de plonger dans une profonde déprime !

Challenge rentrée d'hiver 2014

Cette lecture fait partie du challenge de la rentrée d’hiver 2014.



Anna ENQUIST, Les endormeurs
Traduit du néerlandais (Pays-Bas) par Arlette Ounanian
Parution : Février 2014 – Actes Sud
Original : De Verdovers – 2011

4 réflexions au sujet de « Les endormeurs – Anna Enquist »

  1. une partie de ton billet me donne envie de lire ce livre (le sujet me tente)…et l’autre partie pas du tout! (le côté déprimant me fait peur!)

    • C’est pour ça que je préviens ! Je te le prête et au pire, tu abandonnes si tu trouves que c’est trop déprimant

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