Leïlah Mahi 1932 – Didier Blonde

Didier Blonde - Leïlah Mahi 1932 - Gallimard

Prix Renaudot Essai 2015, Leïlah Mahi 1932, sous-titré « enquête », se lit aussi facilement qu’un excellent roman où la quête d’un personnage mystérieux, d’une belle jeune femme inconnue, devient l’obsession de l’écrivain et du lecteur.

Difficile d’ailleurs de ne pas faire le rapprochement avec Dora Bruder, de Patrick Modiano, mais également dans une moindre mesure, avec d’autres livres où la recherche de l’écrivain se mêle avec le récit du personnage central, tel que Charlotte de Foenkinos (Charlotte Salomon) ou, plus romancé, Le Voyant de Jérôme Garcin (Jacques Lusseyran).

Qui est vraiment Leïlah Mahi ? Une danseuse, une femme de lettres, une femme libre et originale ? C’est en croisant sa photo au cimetière du Père Lachaise, avec la seule mention de sa date de décès que Didier Blonde fait sa connaissance. Attiré comme un aimant par cette jeune femme mystère disparue, il va mener l’enquête pour en savoir un peu plus, comme il l’avait déjà fait dans deux de ses précédents livres pour Suzanne Grandais et « l’inconnue de la Seine ».

Didier Blonde réussit à nous intéresser immédiatement à Leïlah Mahi, à son regard ombrageux, à sa singularité, à ce « h » qui ne se retrouve que rarement à la fin du prénom Leïla, à cette inconnue dont on devine l’originalité, trop tôt disparue, qu’il illumine et éclaire d’un nouveau rayon de lumière. Il le fait avec douceur et respect, avec beaucoup de délicatesse, comme s’il devinait que ce portrait cachait celui d’une fragilité.

Son style est agréable, fluide et d’une grande sincérité. C’est d’ailleurs grâce à cette sincérité, grâce à cette franchise dans les mots et les doutes, sans fard, que l’histoire passionne autant. L’écrivain, Didier Blonde, devient presque lui aussi, dans son rôle d’écrivain pugnace et mélancolique, un personnage aussi intéressant que Leïlah Mahi elle-même.

Le sentiment de marcher à ses côtés est réel, tout comme l’état d’impuissance devant lequel il se trouve devant ses échecs, ses attentes déçues et de joies devant ses découvertes. Cette simple proximité renforce la fascination que le lecteur développe pour l’héroïne, comme pour son enquêteur.

Ce livre a également le mérite de commencer par un hommage discret à J.B. Portalis (que j’admire beaucoup) disparu en janvier 2013, qui a vécu la naissance de ce projet, a participé à son développement et a su donner le souffle à Didier Blonde pour le terminer. Et il a sacrément bien fait.

Les avis de Jérôme, Galéa et Alphonsine.

Prix LittérairesPrix Renaudot Essai 2015
Sélection Prix Médicis 2015

Les premières lignes :

Je l’ai vu pour la dernière fois en octobre 2012, un mardi, comme mon ancien agenda en conserve la trace. Nous nous sommes retrouvés dans le petit bureau bas de plafond qu’il occupait au dernier étage de la maison d’édition, auquel on accédait par un étroit escalier en colimaçon et qui donnait sur le jardin intérieur, quelques arbres, avec, au fond, le pavillon de la Pléiade.

La 4e de couverture des éditions Gallimard :

Au détour des allées du Père-Lachaise, le narrateur découvre sur une plaque funéraire du columbarium un portrait photographique qui l’attire irrésistiblement. Il représente une femme énigmatique, coiffée d’un turban. Sous la photo, un nom : Leïlah Mahi et une date unique : 12 août 1932. Obsédé par cette vision, le narrateur décide de retrouver sa trace.
Enquête littéraire, Leïlah Mahi 1932 est aussi une réflexion sensible sur la perte et l’inépuisable pouvoir de fascination des images.

Didier BLONDE
Leïlah Mahi 1932
Gallimard, Octobre 2015, 128 pages

17 réflexions au sujet de « Leïlah Mahi 1932 – Didier Blonde »

      • Je suis tout à fait d’accord avec Micmelo (que je remercie de m’avoir citée !) : il ne faut surtout pas s’arrêter à la classification « Essai ». C’est bien plus un roman ou une flânerie littéraire si l’on veut. C’est même ce qui m’a personnellement déçue : j’aurais voulu trouver un essai et c’était trop libre et fantaisiste par rapport à mes attentes. Mais donc, pour les allergiques aux essais, ça peut valoir le coup… d’essayer :D

  1. Entièrement d’accord avec ton billet et tes réponses aux commenteras; tu as raison de dire que c’est une enquête bienveillante, et clairement il se met dans les pas de Modiano Didier Blonde, j’ai hâte d’en lire d’autres de lui ;-)
    des bises

    • Je me suis dit que j’allais aussi en lire un autre, ça me dit bien l’inconnue de la Seine, j’aime déjà beaucoup le titre et j’imagine qu’on retrouve la même ambiance. Bises

  2. J’ai lu deux avis positifs et ai eu envie de le lire.
    J’ai acheté le Laurent Binet car impossible de le réserver à la médiathèque car il y a 5 réservations dessus. Je n’ai pas commencé Les Assassins. Je suis en train de lire Manderley for ever. Mais là, je n’ai pas trop la tête à la lecture malheureusement.

  3. Ton avis m’a donné envie de me plonger dans la vie de cette femme. Le fait que tu compares ce livre à « Charlotte » et « Dora Bruder » me donne d’autant plus envie de le lire.

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