Le Puits – Ivan Repila

Ivan Repila - Le Puits - Denoel Coup de coeur !

Le Puits est un conte pour adulte terriblement dérangeant et malsain, qui raconte la tentative de survie de deux frères au fond d’un puits. Ce texte est d’une cruauté à vous couper littéralement le souffle, à suffoquer de dégoût, mais également d’une telle beauté stylistique, d’une telle poésie littéraire, qu’on en reste perdu, les bras ballants, écoeurés, admiratifs et sans voix.

Les deux frères sont des enfants, le Petit, c’est le cadet et le Grand, c’est l’aîné. Ils n’auront pas d’autres noms, car ce qui compte dans ce livre, ce n’est pas leur identité individuelle, l’important, c’est ce qu’ils représentent, deux jeunes êtres humains, liés par leur lien fraternel, le Grand s’occupant du Petit, lui apprenant à survivre, lui faisant accéder à la connaissance.

Des êtres humains prisonniers d’un puits, sans lumière, coupés du monde des êtres vivants (et visibles), qui n’arrivent pas à en sortir, et doivent accéder à la connaissance, ce livre semble clairement être une adaptation contemporaine du mythe de la caverne de Platon.

Tout le conte aura ce fil conducteur de l’apprentissage, des épreuves à mener, de l’accès à la connaissance, à la réalité. Le premier jour, le Petit qui a faim, veut manger les provisions qu’ils ont dans le sac à dos, mais le Grand refuse, « les provisions dans le sac, c’est pour maman ». Il faudrait donc vivre, manger, boire, avec la volonté de ne pas céder, de ne pas manger ces provisions, sous l’emprise de cette force maternelle, et combattre chaque jour et chaque minute, avec l’espoir de s’en sortir.

La philosophie qui se dégage de ce livre est extrêmement bien menée, et je n’en dirais pas plus pour garder le mystère de ce livre. Mais l’autre point fort de cette fable humaine, c’est vraiment, la langue, les mots, les phrases, la richesse des champs lexicaux, la force des métaphores, la magnifique poésie qui se dégage de ce petit texte, en contradiction avec son contenu humainement, physiquement et psychologiquement parfois à la limite du soutenable. La puissance de ce texte est juste hallucinante.

Comme le dit Zoé Valdès qui préface de roman, c’est vraiment un GRAND petit livre, affirmant majestueusement une rare originalité et en même temps une sublime force littéraire : ce livre ne peut laisser aucun lecteur indifférent.

Dans les remerciements de la dernière page, on apprend que Iván Repila a déjà écrit un autre texte non disponible en français : vite, vite, à quand la traduction de ce premier livre.

Les avis moins enthousiastes de Cryssilda, Léa, Jérôme et Sandrine.

La première ligne :

- Impossible de sortir on dirait, dit-il. Puis il ajoute : Mais on sortira.

La présentation par les éditions Denoël (ou lien direct site) :

Deux frères, le Grand et le Petit, sont prisonniers au fond d’un puits de terre, au milieu d’une forêt. Ils tentent de s’échapper, sans succès. Les loups, la soif, les pluies torrentielles : ils survivent à tous les dangers. À leurs côtés, un sac de victuailles donné par la mère, mais ils ont interdiction d’y toucher. Jour après jour, le Petit s’affaiblit. S’il doit sauver son frère, le Grand doit risquer sa vie. Le Petit sortira-t-il? Le Grand survivra-t-il? Comment surtout se sont-ils retrouvés là?

Le Puits est un conte brutal à la fin cruelle et pleine d’espoir. Une fable sur l’amour fraternel, la survie et la vengeance, un roman «qui a mérité sa place au panthéon des Jules Verne, Alain-Fournier et autres Antoine de Saint-Exupéry, selon Zoé Valdés. Un roman indispensable, alors que beaucoup d’entre nous avions déjà annoncé la défaite de l’imagination contre la quotidienneté médiocre et étriquée.»

Challenge RL 2014Iván REPILA, Le Puits
Traduit de l’espagnol par Margot Nguyen Béraud
Parution : Octobre 2014, Denoël, 112 pages
Original : 2013, El niño que robó el caballo de Atila

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(Dernière mise à jour : 25/11/2014)

18 réflexions au sujet de « Le Puits – Ivan Repila »

    • N’hésite vraiment pas, il se lit très vite en plus. Bon, tu as souvent le même avis que Jérome, mais peut être que cette fois-ci, tu partageras mon coup de coeur ! ;-)

    • Oui, et je trouve que c’est une grande qualité pour un texte, de ne pas laisser indifférent, dans un sens ou dans un autre d’ailleurs ; je me rends compte que j’aime beaucoup ce qui dérange finalement. C’est mon côté sombre comme dirait Eva :-)

  1. je sens que ton côté sombre a encore parlé :-)
    je ne sais pas pourquoi mais ton billet me fait penser au Grand Cahier, d’Agota Kristof, il y a des similitudes ou pas?

    • La grande similitude, c’est que le Grand Cahier est un gros coup de coeur ! Sinon, ce sont des textes très différents. Mais tu me donnes une envie de relecture là ;-)

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