Le mur invisible – Marlen Haushofer

Marlen HAUSHOFER - Le mur invisible - Actes Sud Babel Coup de coeur !

Ce classique de la littérature féminine autrichienne m’a époustoufflée ! Un roman post-apocalyptique apaisant, qui s’écoule comme une douce rivière, sans violence, avec de la beauté, du labeur, de la tendresse. Une rareté littéraire fantastique !

Une femme part en weekend avec Louise et Hugo dans un chalet située dans les Alpes, au milieu de la forêt. Le couple passe une soirée dans un village limitrophe. Le lendemain matin, ils ne sont pas rentrés. En tentant de rejoindre à pieds par la route, accompagnée du chien Lynx, elle se heurte à un Mur Invisible.

Elle se retrouve seule. Le monde d’un côté, inaccessible, avec ses codes, ses règles et sa technologie, et elle, de l’autre. Elle décide, un 5 novembre, de consigner par écrit son aventure et d’écrire un journal. Nous ne connaitrons pas le nom de la narratrice. Elle représente la Femme, seule, qui doit se battre pour survivre au milieu de la forêt et de la nature.

Le roman a été publié en version originale en 1963. On ne peut s’empêcher de penser à l’influence sur l’auteure Marlen Haushofer (1920-1970), de la construction du mur de Berlin, en août 1961, en pleine guerre froide, partageant le monde en deux.

Dans Le Mur Invisible, le monde aussi est partagé en deux. Celui des hommes et de la violence n’est plus accessible à la narratrice. Il est pétrifié et tombe en ruine. Elle va survivre grâce à sa volonté, grâce à ses mains, revenir à l’essentiel. En réalité, elle ne sera pas complètement seule, des animaux lui tiendront compagnie, le chien, la chatte, la vache Bella…

Le monde partagé en deux est aussi celui de l’accessible, du compréhensible, et de l’inconscient, ce qui permet l’écriture, ce qui permet ce qui s’écrit malgré soi.

Nous ne connaitrons pas la raison de ce Mur, ce n’est pas l’important. L’important, c’est la nouvelle vie qui se créée, la femme qui s’épanouit, trouve une nouvelle raison de vivre qui n’est plus celle de l’épouse, qui n’est plus celle de la mère.

J’ai adoré la beauté et la douceur qui se dégage de ce livre en forme de huis clos, je me suis profondément attachée à cette « Robinsonne ». Mes lectures de romans post-apocalyptiques avec un personnage solitaire ou presque sont surtout des romans masculins violents. Je pense à La route (McCarthy), Je suis une Légende (Matheson). Le Mur Invisible aurait plus de ressemblance avec Dans la forêt (Hedland) avec son duo de soeurs et la rapport à la nature. Dans le Mur Invisible, aucune violence. De la bienveillance, de la ténacité, le travail répétitif et bien fait, la tendresse, la fatigue, la satisfaction de trouver un sens à ces journées.

Un aveu ? A un moment, je me suis demandée s’il allait se « passer quelque chose », « autre chose » que ce quotidien de la fenaison, traire la vache, donner du lait au chat … Ce n’est pas un livre d’action, ce n’est pas un livre d’aventures, c’est un livre d’intériorité, qui dégage de la sérénité, l’impression d’appartenir à la terre, à la nature, qui dégage la beauté des petites choses et de la vie. Et qui sonne par un dénouement inattendu, mais finalement, si compréhensible.

Un livre qui accroche et qui marque déjà une marque profonde en moi.
Merci à ma chère Béa pour ce magnifique cadeau.


Présentation des éditions Actes Sud :

Voici le roman le plus célèbre et le plus émouvant de Marlen Haushofer, journal de bord d’une femme ordinaire, confrontée à une expérience-limite. Après une catastrophe planétaire, l’héroïne se retrouve seule dans un chalet en pleine forêt autrichienne, séparée du reste du monde par un mur invisible au-delà duquel toute vie semble s’être pétrifiée durant la nuit. Tel un moderne Robinson, elle organise sa survie en compagnie de quelques animaux familiers, prend en main son destin dans un combat quotidien contre la forêt, les intempéries et la maladie. Et ce qui aurait pu être un simple exercice de style sur un thème à la mode prend dès lors la dimension d’une aventure bouleversante où le labeur, la solitude et la peur constituent les conditions de l’expérience humaine.


Marlen HAUSHOHER (1920 – 1970)
Le mur invisible
Traduit de l’allemand par Liselotte Bodo et Jacqueline Chambon
Actes Sud, 1985, 352 pages
VO : Die Wand (1963)

8 réflexions sur « Le mur invisible – Marlen Haushofer »

  1. Bonsoir Micmelo, un roman magnifique lu il y a très longtemps. Et je te conseille l’adaptation ciné qui n’est pas mal non plus. Bonne soirée.

    • En effet, l’ambiance est étrange, mais sans verser dans le surnaturel et la science-fiction. Elle reste très réelle, très douce, en dépit de la violence induite de l’arrivée du Mur Invisible.

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