Le festin du lézard – Florence Herrlemann

Florence Herrlemann - Le festin du lézard - Antigone14

Premier roman de Florence Herrlemann. Dans une grande maison, face à un vieux Cèdre, Isabelle vit dans des conditions étranges, semble-t-il cachée ou recluse, en tout état de cause, de manière très mystérieuse, comme le titre de ce roman, Le festin du lézard.

Isabelle s’adresse au lecteur, raconte son expérience à la première personne, comme un témoignage, comme un exutoire, avec beaucoup d’exclamations et d’interrogations, sorte de monologue qu’elle se projette ou qu’elle partage avec son ami Léo (avec le lecteur peut-être ?), dont on se demande vite de qui il s’agit.

Ce qui mérite vraiment d’être noté, c’est la facilité avec laquelle Florence Herrlemann réussit à instaurer une ambiance anxiogène, étrange, parfois à la limite du mystique ou du surnaturel, mais qui paraît en même temps, d’un autre côté, si réel. Pourtant, l’onirisme n’est jamais loin, on s’en rapproche, s’en éloigne, sans jamais trop savoir.

L’absence de référence géographique ou temporelle claire renforce cette atmosphère nuageuse et floue, tout comme un style certain et une jolie plume, derrière laquelle les mots se jouent de la ponctuation et des sonorités, une manière d’écrire particulière et travaillée qui ne peut laisser insensible.

Malgré quelques longueurs parfois, liées probablement au choix de vouloir laisser un peu trop longtemps le lecteur dans l’attente du dénouement, ce premier roman mérite vraiment le détour, aussi bien pour l’ambiance assez stressante, liée à l’impression sclérosante de l’enfermement, que pour son écriture finement ciselée.

Florence Herrlemann, à suivre.


Les premières lignes :

Savez-vous pourquoi j’aime tant me contempler dans ce petit miroir de poche ?
Vous pensez qu’il s’agit d’une mauvaise manie ?
Mère en fait tout autant vous savez, comme pour vérifier que rien ne manque à sa beauté, au cas où le temps, en cachette, lui aurait ajouté une ride au coin des yeux !

La présentation des éditions Antigone 14 :

La nuit est tombée sur la grande et mystérieuse maison. Au fond du parc, la lourde grille reste obstinément femée sur l’autre monde. De la salle à manger montent des voix. Avec son fidèle Léo, Isabelle se prépare à descendre dîner. Tout semble normal.
Normal ? Pas si sûr…
Très vite, le doute s’installe : qui sont-ils, cette Mère qui terrorise Isabelle et règne sans partage sur ce monde comme replié sur lui-même ? ce Léo, qui jamais ne parle, ni ne répond ? ces visiteurs, dont Isabelle semble tant redouter la présence ? Et pourquoi ces barreaux, aux fenêtres de sa chambre ? Qui donc est Isabelle ?
Dans cette fresque allégorique de l’écrasement et de la toute-puissance matricielle, Isabelle raconte, se raconte : les mots sont sa nomination du monde, sa revanche, sa seule et dérisoire forteresse… Des mots qu’elle lance comme un S.O.S., des mots que l’on reçoit comme une pierre dissimulée dans une boule de neige…
Le Festin du Lézard : un texte lumineux comme un ciel d’orage, onirique et poignant.


Florence HERRLEMANN
Les festin du lézard
Antigone14, Avril 2016, 160 p.

6 réflexions au sujet de « Le festin du lézard – Florence Herrlemann »

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>