Le crime du comte Neville – Amélie Nothomb

Amélie Nothomb - Le crime du comte Neville - Albin Michel

Pffff, difficile dès la première ligne. Le pitch en deux mots. Le comte de Neville va récupérer sa fille (fugueuse ou amoureuse de la forêt, allez donc savoir) chez une voyante qui l’a recueillie. Cette dernière annonce à cet homme une prédiction fatale : il va tuer un invité lors de sa prochaine réception.

Franchement, le début est tentant et l’idée est bonne, mais alors, ça ne dure vraiment pas longtemps. On passera sur les habitudes d’Amélie Nothomb de donner des noms à coucher dehors à ses personnages. La fille fugueuse s’appelle Sérieuse, et les deux aînés Oreste et Électre. C’est l’originalité classique d’Amélie, ok.

Le problème est ailleurs. Ce livre n’est pas intéressant, la construction narrative ne permet aucun suspens, les dialogues sont plats, il est difficile de croire en l’histoire en elle-même et carrément impossible d’entrer dans ce texte. Outre bien sûr que le style n’est pas littéraire, mais ça aussi, comme pour les personnages, c’est la caractéristique d’Amélie, et elle sait écrire et a déjà écrit des livres prenants et originaux sans faire de la grande littérature.

Et puis enfin, alors que le livre est tout petit et écrit gros, on le trouve trop long tellement l’ennui s’installe rapidement. En réalité, ce livre contient énormément de longues digressions sur les inconvénients d’être né aristocrate, de vivre dans un château quand la famille est ruinée, et pléthore de considérations du même genre – qui paraissent d’ailleurs bien plus personnelles à Amélie Nothomb qu’au personnage lui-même – qui n’apportent absolument rien au récit, et l’alourdit, sauf à considérer que c’est le sujet même du livre, et alors dans ce cas, l’idée du crime n’a rien à faire là.

Bref, Le crime du comte de Neville est le premier livre de la rentrée littéraire qu’il n’est absolument pas nécessaire de lire, plutôt nécessaire de contourner. Ou alors, pour les lecteurs qui recherche la rareté seulement. Car oui, il est rare d’être déçue à ce point, d’autant plus quand l’auteur est un auteur qu’on aime et dont on a lu tous les livres.

Une hésitation, on ne dit pas « je n’aime pas », mais « je pense que le livre est très mauvais » ?

L’avis de Caroline.

Les premières lignes :
(ou lire un extrait plus long)

Si l’on avait annoncé au comte Neville qu’il se rendrait un jour chez une voyante, il ne l’aurait pas cru. Si l’on avait précisé que ce serait pour y chercher sa fille qui aurait fait une fugue, cet homme sensible se serait évanoui.

La 4e de couverture des éditions Albin Michel :
(ou lien direct Albin Michel)

« Ce qui est monstrueux n’est pas nécessairement indigne. »

Challenge RL 2015Challenge petit bac 2015Amélie NOTHOMB
Le crime du comte Neville
Albin Michel, Août 2015, 144 pages

36 réflexions au sujet de « Le crime du comte Neville – Amélie Nothomb »

  1. bonjour ; et bien moi je vais tous vous surprendre mais j’ai beaucoup aimé ce livre ; je ne me suis mis que tard à la découverte de ce personnage (apres un reportage vu a la télé sur son retour au Japon) et de ses oeuvres, mais je dois dire qu’elle ne me déçoit pas. Tres sympathique apparition aussi sur le plateau de la Grande Librairie hier 04/09/15. Ce livre se lit vite, il y a de la malice, du loufoque et quelques pistes de réflexion intéressantes sur des sujets comme l’adolescence, etc

    • Bonjour, je ne suis pas surprise, je suis même très contente que ce livre trouve ses lecteurs !
      J’adore Amélie Nothomb, outre ces livres, j’adore l’écouter, je la trouve fine et brillante (d’ailleurs, je suis entièrement d’accord sur son intervention de LGL). En fait, ma surprise, c’est de n’avoir pas aimé ce roman, c’est le premier auquel je n’accroche pas du tout.

  2. Bon ben ça c’est fait , un dezingage en bonne et due forme . J’ai en ai lu trois , supposés les meilleurs, sic, et ai définitivement lâché l’affaire. Pour moi , Amélie Nothomb c’est une fille sympathique qui s’est perdue à force d’être un personnage, de un ; et assez typiquement, un auteur lue par les gens qui ne lisent pas, ou très peu ( d’où les chiffres de vente étonnants, et la minceur des opus , une façon de rester de lecture très facile ) , de deux. Un peu navrant, quoi.

    • L’un de mes préférés, qui n’est en général pas considérés comme l’un des meilleurs, c’est Les catilinaires. Bon, Hygiène de l’assassin et Stupeur et Tremblements doivent déjà être dans ceux qui sont supposés être les meilleurs je pense. Ensuite, les auteurs qui sont beaucoup lus sont souvent des auteurs dont la lecture est facile …

  3. De toute façon pour moi Amélie Nothomb c’est… Je vais rester sur un simple « je n’aime pas ». Et puis tout le temps voir au mois de septembre le dernier Nothomb sur les rayonnages de ma librairie ça m’agace prodigieusement.

    • Amélie et moi, c’est comme Mary Higgins Clark et moi. Au fil du temps, ça ne s’améliore pas particulièrement (et c’est bien bien pire pour MHC !), mais ce sont des auteurs que j’ai découvert ado et je m’accroche toujours !!

  4. C’est sûr qu’elle a la régularité d’un métronome. Mais peut-on créer avec une telle constance en donnant toujours le meilleur de soi-même ? Elle semble nous démontrer bien malgré elle que c’est difficile…

    • Et en plus, il parait qu’elle en écrit des tas d’autres qui ne sont pas publiés. Je ne suis pas certaine qu’elle mette beaucoup de temps à écrire un livre en fait …

  5. Je ne les prends plus qu’en poche, d’occasion, et pas tous…à chaque fois j’ai l’impression de le faire escroquer et je trouve toujours les dialogues mauvais, plats, on nous a vendu AN pour une fille brillante mais je crois chaque fois lire un brouillon inachevé !

    • J’essaye de mettre de côté le rapport volume/prix (même si ce n’est pas toujours facile) et j’ai toujours prix du plaisir à la lire, plus ou moins selon les livres, et vraiment beaucoup pour certains, mais je dois reconnaître que mes préférés sont plus anciens …

  6. Je l’ai feuilleté en me disant qu’il devait se lire en 20 minutes vu la taille de la police et les interlignes monstrueux. On n’est pas loin du foutage de gueule, non ?

    • Jérôme, je dois avouer que ça fait plusieurs livres où j’ai été énervée d’avoir un format minuscule et des caractères énormes dignes des plus grands myopes pour un livre qui se lit en moins d’une heure, à un prix qui ne le justifie pas forcément. En bonne poire et bonne fan que je suis, je me dis qu’Amélie n’est pas responsable de la mise en forme éditoriale … Mais tu as raison, on n’est pas loin du tout du tout …

  7. J’ai eu ma période Nothomb. Je la dévorais, je l’adorais. Cela fait un moment que je ne la lis plus et elle a fini comme beaucoup par m’agacer. Mais je peux comprendre ta déception.

    • Je n’étais pas encore arrivée au stade de l’agacement, je suis comme toi, je lisais tout, et je pense même que cette déception ne m’empêchera pas de lire le ou les suivants … Je me dis que tout le monde peut faiblir.

  8. Ha. Je n’ai rien contre les noms à coucher dehors dans les romans d’AN, ça fait partie du jeu. Bah, ce que je lui reproche, c’est le côté vraiment vite lu, en une petite soirée.

    • Moi non plus, j’aime bien les noms à coucher dehors, et c’est peut-être la seule chose que j’ai aimé. Sinon, là, ta soirée sera minuscule, car tu ne mettras pas deux heures pour le lire.

  9. Ce qui est ahurissant c’est que peu importe la (non) qualité de ce qu’elle écrit, elle est dans les auteurs les mieux vendus à chaque rentrée…

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